Il y a aura toujours en l'homme de la générosité, de l'humanité, il suffit de les chercher, car on les trouve partout, même dans les petites choses, au hasard d'une route. Parfois, un souvenir tout simple nous renvoie cette image de la bonté et vient nous réchauffer le coeur. Pour moi, c'est cet Albigeois, que je remercie, après tant d'années...

J'avais à peine plus de vingt ans, celui qui allait devenir le père de ma fille aînée, tout au plus 19 ans, nous n'étions pas encore parents et la vie pour nous était faite d'aventures, de rencontres. C'était l'époque hippie, aux beaux jours, on allait de-ci de-là, en stop, comme à présent on prendrait la voiture. Parfois avec notre petite chatte noire que nous emmenions partout, plus tard, occasionnellement, avec notre petite fille. On était insouciants, l'âge sans doute, un peu intrépides pour nos vingt ans, la vie faite simplement d'amour et d'eau fraîche nous plaisait, et sans doute aussi un peu trop naïfs, mais à vraie dire, nous n'avions jamais eu de véritables problèmes en faisant du stop. On aurait pu tomber sur des personnes tordues, des voleurs, quoique nous n'avions pas grand chose avec nous qui puisse attiser la convoitise ! Pourtant je ne garde que de bons souvenirs de ces rencontres avec les chauffeurs, quelquefois des couples chaleureux qui acceptaient de nous faire faire un petit bout de chemin avec eux. Et c'est une belle halte que le destin avait décidé pour nous ce jour d'été 1975 !

On avait prévu de traverser la France, de Lyon où l'on habitaient, jusqu'à la côte Atlantique, St-Jean-de-Luz ou une autre ville côtière, rien de moins, en stop ! On dormait à la belle étoile, chargés du minimum, duvets, affaires de toilette et victuailles, et rien ne nous manquait puisque le peu nous suffisait.

En direction d'Albi un chauffeur s'est arrêté. Il nous a proposé de nous amener dans sa ville -je ne sais plus si notre parcours devait en passer par là- et de nous la faire visiter. Il nous a invité chez lui où l'on a dormi. Pendant ces deux jours, il nous a offert le couvert chez lui, puis dans son restaurant attitré, tout en nous faisant découvrir sa belle ville d'Albi.

Comment ne pas apprécier les charmes d'une ville dans de si agréables conditions ? L'albigeois nous fit visiter, avec guide payant, je m'en souviens encore car je n'aurais jamais pensé que l'on puisse payer pour visiter un lieu saint, la cathédrale Sainte-Cécile, merveille des merveilles et qui méritait bien son guide. Ensuite ce fut le musée Toulouse Lautrec* que notre hôte nous fit découvrir. Cet artiste ne m'intéressait pas vraiment, car j'étais peu férue de peinture à cette époque, j'appris cependant avec grand intérêt sa vie, si particulière et si tourmentée, comme celle de beaucoup d'artistes finalement. Puis nous découvrîmes avec notre sympathique chauffeur qui était devenu à présent notre guide, un magnifique jardin albigeois dont je conserve encore quelques photos un peu défraichies, et enfin, le plus extraordinaire, qui m'est toujours resté gravé en mémoire, l'usine de verre que notre albigeois possédait en association (SCOP) avec d'autres employés.

Il nous la fit visiter de nuit, ainsi, malgré le bruit assourdissant du four qui fondait le verre et de la chaîne de bouteilles, nous découvrîmes avec des étoiles dans les yeux cette verrerie illuminée, dont cet amoureux de son patrimoine, nous rendit la visite captivante par son foisonnement d' explications. Il était passionné par son usine, nous en fournissant, petit à petit, avec des paroles de fierté que nous écoutions sans tout comprendre, tous les détails de son fonctionnement. Un souffleur de verre nous fit l'honneur d'une de ses belles œuvres, rien que pour nous, tout ceci par une douce nuit d'été ou le plaisir des yeux se joignait à celui de la reconnaissance pour ce gentil garçon qui nous avait fait un si beau et si inattendu cadeau. Il nous faisait partager son amour pour sa ville !

Il nous proposa de rester encore une nuit chez lui si on ne savait pas où dormir, mais nous étions pressés de gagner l'océan et nous avons refusé sa dernière offre pour repartir sur les routes de France le pouce levé pour d'autres rencontres.

Comme le chanterait Brassens, " Il est pour toi ce petit texte, toi l'Albigeois qui sans façon, nous avait offert le gîte et le couvert, l'émerveillement de nos vingt ans et la gentillesse d'un coeur simple, quand nous n'étions que deux jeunes stoppeurs comme tant d'autres, cheminant par les routes de France pour gagner l'océan. " Dommage, nous n'avions pas pensé à prendre son adresse, comme je le faisais souvent, parce que j'aimais écrire et j'avoue que maintenant je serais heureuse de savoir ce que cet albigeois est devenu.

Je lui dédie cette page avec toute ma reconnaissance.

jardin_eveche 

*On dit que Toulouse-LautrecToulouse-Lautrec est un artiste génial dont les remarquables capacités d’observation se sont accompagnées d’une sympathie profonde envers l’humanité. Il n’a jamais laissé voir quelque regret que ce fût en raison de sa difformité. Il vécut sa vie pleinement, se fit de nombreux amis et fut toujours accepté malgré sa taille étriquée.

vue_tarnp La cathédrale Sainte-CécileSainte-Cécile d'Albi, église cathédrale de l'archidiocèse d'Albi posée sur un piton rocheux qui domine le Tarn, est l'un des plus grands édifices en brique du monde. Deux siècles auront été nécessaires pour son édification, de 1282 à 1480. Elle est aujourd'hui l'une des cathédrales les plus visitées de France.
Église fortifiée, et à ce titre symbole du pouvoir temporel de l'"Église", elle exprime aussi un renouveau catholique après la crise cathare.
L'aspect extérieur du monument donne une sensation de sobriété, de puissance voire d'austérité, et tranche d'autant plus avec la richesse intérieure du monument.