« Quelle est la plus haute faculté de l’âme ? Est-ce que ce n’est pas le génie ? Non, c’est la bonté. »

Victor Hugo

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OSER ÊTRE BON, UN NOUVEAU COURAGE

C’est un pari. Sur nous-même, sur autrui, sur l’avenir. Dans un monde brutal où la tendresse n’est pas toujours de mise, s’ouvrir à l’autre et accepter le risque qu’il profite de nous, c’est faire preuve de bravoure.

Être gentil, c’est être bête : méchanceté et réussite sont étroitement associées, dans ce monde de compétition qui nous incite à triompher par tous les moyens, y compris les plus déloyaux. La séduction qu’exercent sur nous les chroniqueurs les plus caustiques, les héros cyniques et désabusés, et même ceux d’entre nous qui n’hésitent pas à écraser leur prochain pour arriver à leurs fins le rappelle quotidiennement. Sans oublier les faux gentils, qui tentent de manipuler les autres sous des dehors tout miel…

Selon une idée reçue fort répandue, l’intelligence ne saurait se passer d’une dose de méchanceté. Ne soyons pas dupes : pour la psychanalyse, « méchanceté » renvoie surtout à « sentiment de frustration » et angoisse d’être perçu comme vulnérable.

Dans cette optique, les méchants sont des insatisfaits, qui tentent d’échapper à leur mal-être en se vengeant sur leurs semblables. Rien de très glorieux ni d’admirable ! D’ailleurs, il n’y a pas si longtemps, « bête » était plutôt associé à « méchant ». Et, dans cet univers de brutes,la gentillesse est plutôt l’intelligence de celui qui peut se permettre de voir son image mise en cause sans s’effondrer, et qui préfère s’ouvrir à autrui que vivre centré sur ses propres intérêts. Un nouveau courage, un nouvel héroïsme du quotidien, à contre-courant du cynisme ambiant.

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Un pari !

En étant gentil, je prends en effet le risque de me « faire avoir » : oser la gentillesse est un pari ! L’autre peut abuser, profiter de moi. Aucune garantie… Surtout s’il baigne dans un environnement dominé par les rapports de force, qui a ancré en lui la conviction qu’un gentil est forcément un faible – « Sinon, il ne serait pas aussi gentil, il m’écraserait avant que je l’écrase », pense-t-il.

Souvenons-nous alors qu’être gentil n’exclut ni la fermeté, ni le respect de soi-même. La gentillesse ne doit pas nous conduire au sacrifice ! Cessons surtout de croire que l’autre est l’ennemi, qu’il cherche en permanence à nous nuire. L’immense majorité de nos échanges, chacun peut le constater, n’est pas sous-tendue par la cruauté ou le sadisme, mais plutôt par une sorte de neutralité qui nous préserve.

Le mépris, la méfi ance et l’agressivité sont des comportements coûteux qui épuisent le psychisme. Et qu’y gagnons-nous ? Un sentiment d’isolement, de l’angoisse, du stress… Sans compter la culpabilité qui nous étreint quand nous prenons conscience du mal causé à autrui. Nous sommes des animaux sociaux. Notre bien-être dépend de la qualité des relations que nous sommes capables d’établir. Et c’est vrai aussi de notre avenir en tant qu’espèce. Mieux vivre ensemble, c’est une question de survie.

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Gentillesse : des bienfaits scientifiquement prouvés

Laurent Bègue, professeur de psychologie sociale et directeur du laboratoire interuniversitaire de psychologie de Grenoble, a recensé pour nous les dernières études sur la gentillesse. Encourageant.

L’empathie commence au berceau

Quelques heures après leur naissance, les nourrissons se montrent déjà sensibles à la détresse d’autrui. Il leur suffit d’entendre les pleurs d’autres bébés pour se mettre à pleurer, et bien plus fort à l’écoute d’un enregistrement de leur propre chagrin ou d’un bruit de même intensité. Il est donc tentant de conclure, avec les chercheurs américains qui ont conduit cette étude (rapportée par Martin Hoffman dans Empathie), que l’empathie, même si elle peut être encouragée par l’éducation, est aussi – et peut-être surtout – une disposition innée.

Les macaques se serrent les coudes

Née en 1988 au Centre de primatologie du Wisconsin, aux États-Unis, Azalea, petite femelle macaque rhésus, présentait des mimiques particulières et des déficits moteurs qui ont conduit au diagnostic d’une forme de trisomie. La plupart des activités habituelles des singes – se nourrir, courir, sauter, grimper… – lui étaient difficiles, voire impossibles. Cependant, loin de la rejeter, sa famille et d’autres singes du groupe lui ont montré une attention particulière, notamment en la toilettant deux fois plus souvent que ses petits camarades. Cette observation (In Le Bon Singe, les bases naturelles de la morale de Frans de Waal (Bayard, 1997).) n’est pas une première. Les éthologues ont déjà constaté que les grands singes se montrent plus tolérants et plus attentifs aux besoins des animaux handicapés lorsqu’il y en a dans le groupe. Et si nous redevenions des grands singes ?

Aider les autres, c’est s’aider soi-même

Les enfants qui se montrent sociables, c’est-à-dire aimables et attentifs à autrui, sont non seulement plus appréciés que les autres, mais sont aussi meilleurs à l’école. Une étude ( In Prosocial Behavior de Hans-Werner Bierhoff – Psychology Press, 2002). auprès d’enfants partageant des diffi cultés scolaires comparables a montré que ceux qui se portaient volontaires pour aider les autres à faire leurs devoirs amélioraient encore plus leurs résultats. À niveau scolaire égal au départ, ceux qui se montrent aidants et sociables obtiennent de meilleures notes, deux années plus tard, que ceux qui n’ont travaillé que pour eux-mêmes. Meilleure estime de soi et image positive de l’école : ou comment aider les autres revient à s’aider soi-même…

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Pardonner est bon pour le coeur

Et si le pardon était bon pour le système cardio-vasculaire ? Des volontaires ont été mis en situation d’évoquer deux réactions opposées à la suite d’une agression (Granting forgiveness or harboring grudges de C.V.O. Witvliet et al., in Psychological Science – 2001). Dans un premier temps, on leur demandait d’imaginer qu’ils se vengeaient. Pour alimenter leur ressentiment, ils devaient songer à leurs blessures, aux douleurs subies… Dans un second temps, ils étaient invités à pardonner, à se dire que l’agresseur était un être humain comme eux, avec ses difficultés… bref, à se montrer empathiques. Le verdict des électrocardiogrammes et des mesures physiologiques effectués dans les deux situations a été sans appel : les émotions négatives et le ressentiment étaient corrélés à une élévation du rythme cardiaque et de la pression artérielle, alors qu’en état d’empathie, le stress physiologique des mêmes personnes s’abaissait illico. La rancune n’est pas bonne pour la santé !

La gentillesse engendre la gentillesse

Oui, les jeux vidéo pourraient influencer le comportement des enfants envers autrui. Après avoir proposé, de façon aléatoire, à des Japonais de 12 à 16 ans des jeux soit violents et antisociaux, soit neutres, soit participatifs et prosociaux, des chercheurs ont ensuite mesuré leur degré d’altruisme(Comfortably rumb : desensitizing effects of violent media on helping others de B.J. Bushman et C.A. Anderson, in Psychological Science (2009). La différence a été très nette : ceux qui avaient joué à des jeux participatifs ont fait preuve de plus de gentillesse que les autres.

Le bénévolat rend moins dépressif

Aller vers les autres en s’investissant dans des associations, c’est aussi engranger des bénéfices pour soi à long terme. Interrogées au cours de diverses études(Patients with Alzheimer’s disease have reduced activities in midlife compared with healthy control-group members de R.P. Friedland et al., in Proceeding of the National Academy of Science – 2001). « Volunteer work and well-being » de P.A. Thoits et L.N. Hewitt, in Journal of Health and Social Behaviour (2001), les personnes ayant des activités bénévoles obtiennent en effet des scores supérieurs à la moyenne en termes d’évaluation du sentiment de bonheur, de la qualité de vie et de l’estime de soi. Moins dépressives, il semblerait qu’elles soient aussi moins touchées par la maladie d’Alzheimer, que leur état de santé général soit meilleur et leur mortalité plus faible. Attention cependant, ces bénéfi ces ne s’observeraient plus au-dessus d’un certain seuil, quand l’engagement va au-delà de cent heures par an. La limite entre don de soi et oubli de soi ?

Article complet : psychologies.com

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L’ART D’ÊTRE BON

À mille lieues des clichés et du discours moraliste habituel, un aperçu inédit de la bonté. Un best-seller vendu à 200 000 exemplaires en Suède et traduit dans quinze pays, écrit par un médecin aux qualités humaines et au parcours professionnel remarquables.

Stefan Einhorn adopte un parti provocant : et si la bonté, loin d’être un aveu de faiblesse ou de niaiserie, nous apportait non seulement le bonheur, mais aussi le succès dans notre vie quotidienne ?
À travers les témoignages de ses patients et de ses proches, puisant dans les dernières études des scientifiques et des sociologues, Stefan Einhorn nous démontre qu’être bon est bénéfique pour le moral, réduit le stress, préserve de l’anxiété et de la dépression, renforce nos défenses immunitaires, nous rend plus efficaces dans notre travail, plus affirmés dans nos relations.

Enfin un livre qui dit la nécessité urgente de la bonté, de l’empathie, du courage, comme un nouvel art de vivre. Après l’intelligence émotionnelle du psychologue américain Daniel Goleman, voici l’intelligence éthique, celle qui soigne le corps, apaise l’esprit, et nous aide à réussir notre vie.

l'art d'etre bon

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