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Dieu voit les âmes toutes nues, et dépouillées de ces enveloppes charnelles, de ces feuillages et de ces impuretés qui les cachent. C'est par son intelligence toute seule que Dieu touche aux seuls êtres qui soient émanés de lui, pour s'écouler et descendre dans leur condition actuelle. Si tu parviens en ceci à imiter l'exemple de Dieu même, tu te débarrasseras de bien des agitations qui te déchirent ; car celui qui ne tient pas compte de cette masse de chair où il est plongé, ne s'inquiétera guère, à plus forte raison, d'un vêtement, d'une maison, de la renommée qu'il peut avoir, ni de tout ce vain attirail et de toute cette mise en scène.

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Ou il n'y a dans le monde qu'une nécessité aveugle et un arrangement d'où l'homme peut sortir ; ou bien, il y a une Providence miséricordieuse ; ou enfin, il n'y a qu'une confusion infinie, sans cause supérieure. Si c'est une nécessité insurmontable, à quoi bon luttes-tu contre elle ? Si c'est une Providence, qui permet qu'on la fléchisse, rends-toi digne de recevoir l'appui de la divinité. Si c'est une confusion sans aucun maître qui la dirige, prends-en bravement ton parti, puisque toi du moins, dans cette affreuse tourmente, tu as le bonheur de porter en toi une intelligence qui peut te diriger. Si le flot t'emporte, qu'il emporte donc cette chair dont ton corps est formé, ce souffle qui t'anime, et tout le reste également ; mais, quant à ton intelligence, il ne l'emportera pas.

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Sache bien que les choses ne sont que l'idée que tu t'en fais. Or cette idée dépend toujours de toi ; supprime-la donc, quand tu le veux ; et, ainsi qu'un vaisseau qui a doublé un promontoire, tu trouveras une mer calme, une pleine tranquillité, et un port où les vagues ne pénètrent plus.

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Quand on fait une faute contre quelqu'un, on en commet une aussi contre soi-même ; en faisant tort à autrui, on se fait en même temps un tort personnel, puisqu'on se pervertit.

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Qu'une action cesse ; qu'un désir, qu'une idée s'arrêtent et s'apaisent ; que tout cela meure, peut-on dire, il n'y a pas là le moindre mal. A un autre point de vue, considère les âges divers de la vie, enfance, adolescence, jeunesse, vieillesse ; tous ces changements sont des morts successives de chacun de ces états. Est-ce donc si terrible ? Maintenant considère encore le temps de la vie que tu as passé sous la conduite de ton grand-père, de ta mère, de ton père ; et te rappelant encore bien d'autres vicissitudes que celles-là, bien d'autres changements, bien d'autres cessations de choses, demande-toi de nouveau : «Est-ce donc si terrible ?» Ainsi, le terme de la vie tout entière, sa cessation, son changement ne sont pas non plus davantage à craindre.

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Reviens bien vite, reviens en courant à la pensée du principe souverain qui te régit, du principe qui régit l'univers, et de celui qui régit l'homme à qui tu parles : à ton principe, pour en faire en toi une intelligence amie de la justice ; au principe souverain de l'univers, pour te rappeler de quel tout tu fais partie ; au principe qui conduit ton interlocuteur, pour savoir s'il agit par ignorance ou de propos délibéré, et ne pas oublier qu'il est de ta famille.

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Les choses de ce monde roulent toujours, en haut, en bas, dans le même cercle, qu'elles parcourent perpétuellement d'âge en âge. Ou bien, l'intelligence universelle s'occupe de chacune d'elles spécialement ; et alors, si cela est, tu dois adorer ce qu'elle a réglé elle-même ; ou bien, elle s'est contentée de donner une première impulsion, à laquelle toutes choses obéissent les unes à la suite des autres ; ou bien enfin, il n'y a que des atomes, c'est-à-dire des indivisibles. En un mot, Dieu existe, et dès lors tout est bien. Si tout va au hasard, toi du moins tu n'y es pas soumis. Bientôt la terre nous aura tous cachés dans son sein ; puis, elle-même changera comme nous ; ce qui succédera changera encore à l'infini, et ce changement sera éternel. Aussi, en considérant ces flots accumulés de révolutions et la rapidité de ces vicissitudes incessantes, on se sentira pris, pour tout ce qui est mortel, d'un bien profond dédain.

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Quelles âmes sont les leurs ! A quels objets appliquent-ils leurs soins les plus ardents ! Dans quelles vues prodiguent-ils leur amour et leur respect ! Essaie un peu de voir à nu leur cœur misérable. Quelle déception de s'imaginer que le blâme de telles gens puisse nous faire quelque tort, ou que leurs louanges les plus vives puissent nous servir à quelque chose !

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Epicure a dit : «Quand j'étais indisposé, je ne mettais jamais la conversation sur mon mal ; et je me gardais d'en souffler mot à ceux qui venaient chez moi. Mais je poursuivais l'entretien commencé sur les principes de la nature ; et je m'appliquais uniquement à ce que l'âme, qui participe cependant à ces émotions poignantes de la chair, n'en fût pas troublée, et conservât la jouissance du bien qui n'appartient qu'à elle. Je ne laissais pas même aux médecins, poursuit Epicure, la vanité de croire qu'ils faisaient quelque chose pour moi. Et ma vie n'en continuait pas moins son cours heureux et digne». Tu dois imiter cet exemple dans la maladie, si tu es malade, ou dans tout autre accident ; car il ne faut jamais déserter la philosophie, quelles que soient les circonstances ; pas plus qu'il ne faut perdre ses paroles en conversant avec l'ignorant, ou avec celui qui n'a point étudié la nature, préceptes excellents que recommandent toutes les écoles ; en un mot, on doit être tout entier à ce qu'on fait actuellement, et au moyen qu'on emploie pour le faire.

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Marc Aurèle