Pensée pour une petite Naomi de 12 ans qui s'est envolée aujourd'hui... Et si l'un parmi vous est faible -aidez le !
Semez le grain et il portera du fruit !
Jusqu'à présent, le blé a poussé vers le Ciel.
Le blé céleste retombera sur la terre.
Mais où est le Ciel ? Là-haut ? Ici-bas ?
En vérité, il se fait en vous-même...
Notre parole est Vérité,
et non consolation diluée et vaine.
Seul a besoin de consolation celui dont l'âme s'assombrit,
celui qui ne LE voit pas.
Mais vous -dont le cœur est plein,
dont les paroles et actes respirent la vie,
donnez-vous la main !
Et si l'un parmi vous est faible -aidez-le !
Lui, Il marchait sur la mer,
un jardin l'a vu pleurer pourtant.
Cette page de Jésus avec ses pouvoirs surhumains et ses larmes si humaines dans le jardin de Gethsémani me touche profondément. Nous sommes assis autour d'une table et -sans que nous l'ayons voulu -nos mains posées devant nous forment une croix.
Dialogue avec l'ange (un document recueilli par Gitta Mallasz)
Durant 17 mois, pendant la seconde guerre mondiale, quatre amis hongrois (Gitta Mallasz, Lili Strausz, Hanna Dallos et son mari Joseph Kreutzer) ont reçu un enseignement qu'ils disaient émaner d’"autre part", d’un maître intérieur ou d’un ange. Gitta Mallasz avait reçu une vague éducation catholique, les trois autres, d’origine juive, n’avaient pas reçu d'éducation religieuse particulière. Leurs professions, décoratrices pour Hanna Dallos et Gitta Mallasz, designer pour Joseph Kreutzer et professeur d’expression corporelle pour Lili Strausz, ne les inclinaient guère non plus à des préoccupations mystiques.
Mais cette époque troublée porte aux remises en questions, aux interrogations les plus brûlantes. Le contexte est la Hongrie de 1943. Jusqu’alors les juifs ont paradoxalement été plutôt protégés par le régime Horthy, pourtant allié des puissances de l’axe. Mais le climat est menaçant. Il devient franchement angoissant quand en mars 1944, les allemands envahissent la Hongrie. Commencent dès lors les déportations sous la direction d’Eichmann, d’abord en province, avant la mise en place d’un ghetto à Budapest. Et elles seront terribles : sur une population de 825 000 juifs, moins d’un tiers survivra à la Shoah.
En 1943, les quatre amis se retrouvent dans une petite maison louée par Hanna et Joseph à Budaliget dans les environs de la capitale, où ils essaient de trouver un peu de sérénité. Ils s’interrogent beaucoup, en discutant ou écrivant ce qu’ils pensent. Le 25 juin 1943, alors que Gitta avait lu à Hanna un texte de réflexion, celle-ci alerte « Attention ! Ce n’est plus moi qui parle » (p. 23). Commence alors le premier des 88 entretiens hebdomadaires qui forment les Dialogues avec l'ange.
Qui étaient Hanna, Gitta, Joseph et Lili ?
Gitta Mallasz avait un père général de l’armée hongroise. Elle avait un caractère indépendant et aventureux. Toute jeune, elle devint championne de natation, donc une gloire nationale, puis, jugeant que cette adulation était vaine et qu'il était dangereux de ne faire travailler que son corps, elle retourna à une carrière artistique. Hanna Dallos, qu'elle avait connu à l'École des Arts Décoratifs de Budapest et avec laquelle elle était restée très liée, lui réapprit à dessiner.
Des quatre, Hanna Dallos, était la plus profonde et la plus sensible. Elle avait épousé un ami d’enfance, Joseph Kreutzer, très réservé. Tous trois partageaient un atelier d'arts décoratifs.
Gitta Mallasz avait connu Lili Strausz quand elle pratiquait la natation. Enseigner l’expression corporelle n’était guère chose courante à cette époque. Dernière fille non désirée d’une famille nombreuse, elle avait souffert dans l’enfance d’un manque d’amour qui la marqua profondément.
Et les anges ?
Au début des entretiens, Hanna a juste le temps d'avertir Gitta, seule présente à ce moment-là : « Attention, ce n'est plus moi qui parle » (p. 23). Et Gitta confirme « C'est bien la voix de Hanna, mais je suis absolument sûre que ce n'est pas elle qui parle : celui qui parle se sert de sa voix comme d'une espèce d'instrument conscient » (p. 23). Gitta précise par ailleurs que « jamais Hanna n'a été en transe, ni dans un état particulier, ni même les yeux fermés pendant les entretiens[2] ». Dans la suite du livre, le mot "ange" apparait fréquemment dans les commentaires de Gitta, moins souvent dans le texte lui-même.
Gitta définit l'ange comme son « pareil de lumière[3] », en référence à la parole qui lui était destinée : « Tu es mon pareil plus dense » (p. 75). À la lecture des Dialogues, on peut s'apercevoir que les enseignements sont personnalisés, que chacun a "son ange". Celui de Lili, « celui qui aide » (p. 36) s’exprime avec tendresse, celui de Gitta, « celui qui rayonne » (p. 201) est beaucoup plus sévère.
À Budapest, alors que la déportation massive des juifs a commencé, les anges instructeurs, selon Gitta Mallasz, cédèrent la place au « chœur des anges (...) des êtres puissants, infiniment lointains[4] ».
Toujours, selon les explications de Gitta, les anges voyaient avec acuité ce qui se passait intérieurement chez les quatre amis, ils avaient des pouvoirs guérisseurs et leur enseignement pouvait être accompagné de visions. Mais elle affirme aussi que la nature de l’ange est difficile à saisir, qu’il est à la fois l’être le plus proche de l’humain, mais qu’en une seconde il peut se retrouver dans des régions inaccessibles. Alors que Lili demande au sien ce qu’est l’âme, il lui est répondu : « Tout est corps. Ce qui est insaisissable pour toi, l’"âme", pour moi est un mur épais » (p. 106).
L'enseignement [modifier]
Les thèmes des Dialogues sont multiples et pourtant le message peut se résumer à "Être un avec LUI" (traduction du pronom hongrois Ő qui n'est ni masculin ni féminin et qui peut être identifié à Dieu pour les croyants). Ces 88 entretiens, qui parlent de l’humain, du divin, de la lumière, de la force et de la mort, qui offrent un point de vue sur la marche de l’univers, ne semblent pas seulement s'adresser à la réflexion du lecteur mais solliciter d'autres niveaux de compréhension.
Évoquant l’amour divin et commençant comme un enseignement personnel pour les quatre amis, ces Dialogues s’achèvent par une série de psaumes prophétiques. Dans l’apocalypse de la seconde guerre mondiale, au cœur de l’Europe en feu, ils annoncent la fin d’un monde, mais aussi l’avènement d’une ère nouvelle. Dans les Dialogues, l’univers est en perpétuel devenir (« le germe est la mort du grain » (p. 149)) et l’homme en est le « grand transformateur » (p. 172).
En fait, les Dialogues semblent appeler leurs lecteurs à un accomplissement individuel - corps, âme et esprit - invitant pour progresser à s’orienter vers le bien (« n’aie soif que du bon et du nouveau » (p. 96)) plutôt que vouloir combattre le mal qui « est le bien en formation, mais pas encore prêt » (p. 173), tandis que « le monde nouveau ne peut être bâti que de beauté » (p. 138).
Deux verbes constituent la clé de voûte d'une éthique des Dialogues :
- « Demander » : c'est à l'homme qu'il revient de faire le premier pas en invoquant son ange, faute de quoi celui-ci ne peut pas répondre.
- « Donner » : sans autosatisfaction ni recherche d'un mérite quelconque, mais avec la conscience de participer librement au divin.
« Le plus grand don qu’Il nous a donné est que nous puissions DONNER. C’est ainsi que nous devenons et que nous sommes : LUI » (p. 298).
De quelle nature est cet enseignement ? Il ne se définit certainement pas comme une religion nouvelle et Gitta Mallasz se défendait avec véhémence d’être un gourou. Ce qui est frappant, en revanche, c’est son universalisme : certaines phrases pourraient être dites par un moine zen ou un maître du Védanta ; la symbolique de la menorah (le chandelier à sept branches des juifs) est développée tout au long des entretiens ; enfin, les références au christianisme sont nombreuses : les rencontres ont lieu le vendredi à 15 heures, heure de la mort du Christ, et chaque fête - Noël, Pâques, Pentecôte ou la Saint Michael - donnent lieu à des entretiens référencés. Jésus, est fréquemment cité, surtout dans les derniers entretiens, quand viendra l’heure du sacrifice.
Les Dialogues avec l'ange sont « un guide pratique pour notre période de transition[5] », disait Gitta Mallasz. Il s’agit d’un texte, aux accents messianiques, mais qui incite à l’éveil spirituel, en exaltant aussi les valeurs contemplatives : silence et joie.

