Paralysée à vie, elle retrouve l’usage de ses membres après une chute !
En 2008, Monique Van der Vorst est renversée par une voiture et touchée à la colonne vertébrale. Elle perd alors complètement l’usage de ses jambes et n’a d’autre choix que le fauteuil roulant.
Cependant, cette Nérlandaise ne veut pas renoncer pour autant pas à sa passion pour le sport. Elle participe à de nombreuses activités handisport et se découvre une passion pour le vélo à mains.
Elle devient vite experte dans cette discipline et empoche deux médailles aux Jeux paralympiques de Pékin en 2008, l’argent en course sur route et au contre-la-montre.
Ce n’est pas tout : elle remporte aussi le championnat européen de triathlon (natation, fauteuil roulant et vélo à mains) à Holten (Pays-Bas), puis le demi-Ironman d’Anvers et de d’Hawaï, raconte Gentside.
Joli palmarès !
Mais voilà, l’année dernière, elle fait une mauvaise chute en vélo à mains lors d’une compétition.
En effet, elle s’est rendue compte qu’elle parvient à remuer les pieds. L’espoir renaît chez elle Et c’est quand même après de nombreux efforts qu’elle parvient à retrouver l’usage de ses jambes. A ce jour, les médecins n’arrivent pas à s’expliquer ce phénomène…
Dans quelques jours, les Etats-Unis pourraient faire voter une nouvelle loi qui autoriserait l'utilisation des bombes à sous-munitions -- une arme meurtrière interdite qui tue les enfants dans les cours de récréation des années après la fin des conflits. Mais si nous lançons maintenant une campagne massive, nous pouvons persuader d'autres gouvernements de stopper les Etats-Unis et empêcher l'utilisation de ces armes. Signez la pétition urgente pour sauver nos enfants!
Ahmad a ramassé un objet métallique brillant dans le parc au Liban où il fêtait son 5ème anniversaire. C'était une bombe à sous-munitions active: elle lui a explosé à la figure, le tuant lentement devant sa famille.
Il y a trois ans, la pression publique avait permis de faire voter l'interdiction de ces bombes cruelles. Mais à présent, les Etats-Unis font pression sur des nations pour qu'elles signent discrètement une nouvelle loi qui permette leur utilisation -- signant ainsi l'arrêt de mort de milliers d'autres enfants. La plupart des Etats demeurent indécis en vue du vote. Sonnons l'alarme dans le monde entier pour couvrir de honte nos gouvernements afin qu'ils s'opposent à cette décision meurtrière.
Les Etats sont en train de définir leur position sur le sujet. Nous n'avons que quatre jours avant qu'ils se réunissent pour envoyer à nos dirigeants un message fort: défendez l'interdiction des bombes à sous-munitions et gardez nos enfants en sécurité. Cliquez ci-dessous pour signer la pétition -- elle sera remise en mains propres aux représentants des Etats à la conférence de Genève:
Des milliers de personnes -- des enfants pour la plupart -- ont été mutilés ou tués par ces bombes. Quand on les lance, elles font jaillir de petits projectiles explosifs sur une large zone, dont beaucoup n'explosent pas. Des années plus tard, des personnes les remuent dans leurs champs ou dans des cours d'école, ne sachant pas ce que c'est, et elles explosent.
En 2008, plus de la moitié des gouvernements du monde entier avaient déclaré ces bombes illégales en signant la Convention sur les armes à sous-munitions. Mais à présent, des pays comme la France, l'Allemagne, l'Italie, la Suède et le Royaume-Uni, qui ont tous signé la Convention, font l'objet d'une pression scandaleuse des Etats-Unis, de la Chine et de la Russie pour contourner l'interdiction par la signature d'un accord distinct qui leur permettrait d'utiliser des sous-munitions. Seules la Norvège, le Mexique, l'Autriche et quelques autres pays luttent contre cette horreur.
Les pays qui avaient négocié la Convention sur les armes classiques se réunissent à Genève la semaine prochaine. La plupart des gouvernements ne veulent pas vraiment ce protocole et n'ont pas indiqué dans quel sens ils allaient voter, mais ils font l'objet d'une forte pression des Etats-Unis pour qu'ils coopèrent, et ne s'y opposeront que si les citoyens du monde les en persuadent.
Il n'y a pas de temps à perdre -- la conférence commence lundi. Appelons nos gouvernements à résister à cette campagne meurtrière et cynique des Etats-Unis visant à légaliser la tuerie des armes à sous-munitions. Cliquez ci-dessous pour signer la pétition et diffusez largement cet e-mail -- nous avions réussi par le passé, rééditons ce succès:
Les bombes à sous-munitions et les mines antipersonnel avaient été interdites parce que les citoyens avaient sonné l'alarme dans le monde entier -- les victimes et les survivants ouvraient alors la marche. Par égard pour eux et pour épargner d'autres vies, ne laissons pas revenir ces armes cruelles et rassemblons-nous aujourd'hui pour réclamer un monde plus pacifique.
Avec espoir,
Alex, Stephanie, Alice, Ricken, Laura, Nicholas, Wissam, et toute l'équipe d'Avaaz
Avec Sexe, amour & handicap, le cinéaste Jean-Michel Carré a
réalisé un nouveau film poil à gratter.
Jean-Michel Carré et les films Grain de sable réalisent des films qu’on prend en pleine tête, en plein cœur aussi. Qu’il s’agisse de parler de l’enfance, des femmes, de prostitution, des prisons, d’alternatives à la psychiatrie, de toxicomanie, de syndicalisme ou de politique internationale, les documentaires de Jean-Michel Carré ne font pas dans le consensus mou. On se souvient de titres comme Alertez les bébés (1978), Votre enfant m’intéresse (1981), Femmes de Fleury (1991), Galères de femmes (1993), Visiblement je vous aime (1995), Charbons ardents (1999), Koursk, un sous-marin en eaux troubles (2004), Le système Poutine (2007) et d’un superbe reportage qui a fait couler pas mal de salive, Les travailleu(r)ses du sexe - et fière(e)s de l’être (2009)…
Dans Sexe, amour & handicap, avec respect et complicité, Jean-Michel Carré parle du désir d’amour, de sensualité et de sexualité des personnes handicapées, hommes et femmes, jeunes et moins jeunes. Atteintes de maladies dégénératives, handicapées moteur ou déficientes intellectuelles, ces personnes sont confrontées tout au long de leur vie à la plus haute des solitudes. Une réalité insupportable quand on songe que certaines personnes n’ont même pas la capacité physique de se masturber… Les coincés qui voudraient réduire ce grave sujet à de la gaudriole seront vite remis à leur place. « Ce n’est pas une affaire de cul, clame Marcel Nuss, fondateur de la coordination Handicap et autonomie. C’est un problème d’humanité. C’est un problème d’humanisation de la personne. C’est un problème de réappropriation de corps qui sont complètement déstructurés. »
Il est inimaginable que des êtres humains ne puissent jamais connaître le plaisir des corps ni aucun de ces moments libérateurs qui mettent des « rayons de soleil dans la tête, là où il y avait un trou noir », comme l’explique un interviewé en fauteuil roulant. Mais la sexualité des personnes handicapées est taboue et réprimée. Les familles, les institutions spécialisées, les administrations, les responsables politiques nient ces besoins vitaux pour tout être vivant.
Au Danemark, en Hollande, en Allemagne, en Suisse allemande et maintenant en France, des personnes valides ont décidé d’aider des personnes handicapées à aimer et à s’aimer à contre-courant. Ainsi, peu à peu, les contours d’un nouveau métier appelé assistant sexuel apparaissent audacieusement. Laissons les esprits pervers assimiler juridiquement cette profession à de la prostitution. « Nous vivons une époque qui déborde de bons sentiments, explique Jean-Michel Carré. On parle beaucoup de liberté sexuelle. On parle beaucoup aussi d’intégration des personnes handicapées. Quandces deux domaines sont pris séparément, cela marche à peu près. Mais réunis c’est autre chose… Heureusement, des gens d’une générosité rare, exemplaire, qu’ils soient en situation de handicap ou valides se battent pour faire respecter un des droits essentiels des êtres humains. »
Sexe, amour & handicap donne la parole aux adultes touchés par un handicap (physique, mental, sensoriel, psychique, relationnel), à des couples que les soi-disant bien-pensants catalogueront de « hors-normes » et à de belles personnes qui œuvrent pour le bien-être intime et sexuel de toutes et de tous sans discrimination. Nous entendons la sexopédagogue suisse Catherine Agthe et la sexologue Sheila Warembourg. Nous entendons des assistant-e-s sexuel-les parler de leur formation et de leur pratique (parfois bénévole) par le biais de massages, du naturisme… Nous entendons un couple « mixte » qui expose sans tabou son intimité sur un blog. Nous entendons les représentants d’associations (Choisir sa vie, Sexualité handicaps pluriels) qui militent pour la reconnaissance des assistant-e-s sexuel-les. Des témoignages poignants que l’on écoute entre émotion et colère, et parfois avec le sourire parce que, a priori, « la sexualité est quelque chose de fun », comme le rappelle un relaxologue.
Sexe, amour & handicap, un film de Jean-Michel Carré (70') produit par les Films Grain de Sable avec la participation de France Télévisions.
Pour en savoir plus sur :
Plus d’informations sur le site des films Grain de Sable (photos et extraits) : http://www.films-graindesable.com/actualites/sexe-amour-et-handicap/
Pour en savoir plus sur :
- Choisir sa vie (Aubagne) : http://www.choisirsavie13.fr/
Imagine-t-on aujourd’hui un patron de maçonnerie
se débattre pour que son ouvrier, devenu paraplégique à la suite d’un
accident domestique, se réinsère et choisisse une activité qui lui
soit adaptée ? C’est possible !
Pascal Bonnier revient de loin. Cet ancien maçon de 28 ans est
devenu paraplégique à la suite d’un accident domestique. Depuis, il
s’est reconverti en tailleur de pierre. Aujourd’hui, il dispose d’un
atelier de plain-pied, chauffé, de 100 m2. « Mon patron m’apporte le
bloc de pierre à l’entrée. Il y a une table élévatrice, tout fonctionne
par télécommande. Après, je suis autonome. » Pascal Bonnier s’est
réinséré avec l’aide et, peut-être même, l’insistance de Vincent
Blanchard qui dirige une société à Châtelus (Loire) près de
Saint-Étienne. « Les gens qui viennent voir nos oeuvres sont bluffés par
le fait qu’une personne handicapée puisse tailler des pierres tout en
restant assise. Pour le public, en général, une personne handicapée
finit sa vie dans un centre ». Ils attendaient 500 personnes à leur
journée porte ouverte au printemps dernier. Ils en ont reçues 1 800 !
Projet humain
En septembre 2008, Pascal, qui était le salarié de Vincent, tombe d’un
mur, chez lui. Sa vie bascule. Vincent expliquera qu’il avait toujours
eu envie de réaliser un projet humain. Alors, il décide de tout tenter
pour l’aider à s’en sortir. « Je savais que c’était un bon maçon.
J’avais envie de le soutenir, mais je ne savais pas s’il allait suivre.
Après son accident, j’ai rencontré son entourage, j’ai laissé mon
entreprise tourner sans moi et j’ai commencé à le visiter régulièrement.
Il ne voulait voir personne. Je lui ai dit que je ne le laisserais pas
tomber, qu’on trouverait une solution. Il m’a traité de fou. Je me suis
obstiné. Je lui ai fait plusieurs propositions de réinsertions qui
s’intégraient dans nos activités. Il était sceptique. Puis il m’a
suggéré son idée : devenir tailleur de pierre. »
« Au début je me suis dit que j’étais foutu, se souvient Pascal. Le
plus dur, c’était le regard des autres. Petit à petit, Vincent est venu
tous les jeudis. Quand j’ai appris qu’il existait d’autres ouvriers
handicapés comme moi, ou plus handicapés encore, qui pouvaient continuer
à travailler dans le bâtiment, j’ai remonté la pente. Je possède aussi
une grosse force de caractère. J’ai bénéficié de l’aide de mon
entourage, de ma famille et de celle de Vincent
qui reste néanmoins mon patron. Oui, j’aurais peut-être mis plus
longtemps sans son intervention, je ne sais pas. Si je me compare aux
autres patients que j’ai rencontrés, ma réinsertion m’a semblé plutôt
rapide. »
Réalisable
Le projet de Pascal fait son chemin. Mais il faut prévoir des aménagements lourds.
« C’était difficile mais réalisable, convient Vincent. Il fallait
chercher une formation, trouver un centre qui accepte Pascal et réaliser
un nouveau bâtiment totalement adapté. Je me suis dit qu’il fallait
aussi que l’environnement de Pascal lui convienne. Tous les aspects
de sa vie devaient être adaptés : maison, véhicule, etc. » Il fait une
pause et anticipe la question : « je suis un perfectionniste. Beaucoup
m’ont dit que je me mêlais de ce qui ne me regardait pas. En même temps
ça a marché. Malgré l’accident, Pascal a conservé son amie. On les a
mariés récemment. On a bouclé ce projet par une signature devant le
maire ! Et ce n’est qu’un début. » blanchard-tailledepierre
Une équipe qui gagne
Le souhait de réorientation de Pascal Bonnier et la détermination de
son patron ont fini par convaincre. Après sa sortie de l’hôpital, Pascal
est envoyé en formation. Parallèlement, une étude est réalisée pour
préparer son futur poste de travail. Le projet a été validé par le
service d'aide au maintien dans l'emploi des travailleurs handicapés
(Sameth) et le médecin du travail. Ces derniers et l’ergonome ont
apporté leur caution pour obtenir les financements. La formation est
prise en charge par le Fongecif, mais l’Agefiph a participé
à l’hébergement. L’entreprise participe elle aussi : les aides de
l’Agefiph concernent les dépenses liées à la compensation du handicap.
Tout ce qui relève de l’investissement reste à la charge de
l’entreprise. Sources : Agefiph
Article paru en partie dans le journal de la FNATH, "A part entière" (Janvier 2011). Pour en savoir plus : www.fnath.org
"il faut se ressembler un peu pour se comprendre, mais il faut être un peu différent pour s'aimer." Paul Géraldy.
Ma fille Marie a raconté à ses camarades d'école qu'elle avait deux frères handicapés. Elles n'ont pas voulu la croire. Elles lui ont dit que ce n'était pas vrai, qu'elle se vantait.
On entend certaines mères, devant le berceau de leur enfant dire : " On ne voudrait pas qu'il grandisse, on voudrait qu'il reste toujours comme ça. " Les mères d'enfants handicapés ont beaucoup de chance, elles joueront à la poupée plus longtemps.
Mais un jour, la poupée pèsera trente kilos et elle ne sera pas toujours docile.
Les pères s'intéressent aux enfants quand ils sont plus grands, quand ils sont curieux, quand ils commencent à poser des questions.
J'ai attendu vainement ce moment-là. Il n'y a jamais eu qu'une seule question : " Où on va, Papa ? "
Le plus beau cadeau qu'on puisse faire à un enfant, c'est de répondre à sa curiosité, lui donner le goût des belles choses. Avec Mathieu et Thomas, je n'ai pas eu cette chance.
J'aurais bien aimé être instituteur, apprendre des choses aux enfants sans les ennuyer. j'ai fait pour les enfants des dessins animés que les miens n'ont pas vus, des livres qu'ils n'ont pas lus.
J'aurais aimé qu'ils soient fières de moi. Qu'ils disent à leurs camarades: " Mon père, il est mieux que le tien. "
Si les enfants ont besoin d'être fiers de leur père, peut-être que les pères, pour se rassurer, ont besoin de l'admiration de leurs enfants.
Dans un sketch inoubliable, Pierre Desproges se venge de ses jeunes enfants et des horreurs qu'ils lui offrent pour la fête des Mères et des Pères. Moi, je n'ai pas eu a me venger. Je n'ai jamais rien eu. Pas de cadeau, pas de compliment, rien. Ce jour-là, pourtant, j'aurais donné cher pour un pot de yaourt que Mathieu aurait transformé en vide-poches. Il l'aurait habillé avec de la feutrine mauve et il aurait collé dessus des étoiles qu'il aurait découpées lui-même dans du papier doré.
Ce jour-là, j'aurais donné cher pour avoir un compliment mal écrit par Thomas, où il aurait réussi à tracer, avec beaucoup de difficulté : " Je t'ème bocou. "
Ce jour-là, j'aurais donné cher pour un cendrier biscornu comme un topinambour, que Mathieu aurait fait avec de la pâte à modeler et sur laquelle il aurait gravé " Papa ".
Comme ils ne sont pas comme les autres, ils auraient pu me faire des cadeaux pas comme les autres. Ce jour-là, j'aurais donné cher pour un caillou, une feuille séchée, une mouche verte, un marron, une bête à bon Dieu...
Comme ils ne sont pas comme les autres, ils auraient pu me faire des dessins pas comme les autres. Ce jour-là, j'aurais donné cher pour des animaux tordus comme des chameaux rigolos à la Dubuffet et des chevaux à la Picasso.
Ils n'ont rien fait. Pas par mauvaise volonté, pas parce qu'ils n'ont pas voulu, je pense qu'ils auraient bien voulu, ils n'ont pas pu. A cause de leurs mains qui tremblent, de leurs yeux qui ne voient pas bien clair et de la paille qu'il y a dans leur tête.
Quand on regarde un nouveau-né, on est admiratif. Comme c'est bien fait. On regarde ses mains, on compte ses doigts minuscules, on s'aperçoit qu'il y en a cinq à chaque main, même chose pour les pieds, on est sidéré, pas quatre, pas six, non juste cinq. C'est chaque fois un miracle. Et je ne parle pas de l'intérieur, encore plus compliqué. faire un enfant, c'est un risque à courir... On ne gagne pas à tous les coups. Pourtant, on continue à en faire. Chaque seconde sur Terre, une femme met un enfant au monde... Il faut absolument la retrouver et lui dire qu'elle arrête, a ajouté l'humoriste.
Si un enfant qui naît, c'est un miracle, un enfant handicapé, c'est un miracle à l'envers.
C'est bientôt Noël, je suis chez le marchand de jouets. Un vendeur
veut absolument s'occuper de moi, alors que je ne lui demande rien. " c'est pour des enfants de quel âge ? " Imprudemment, j'ai répondu. Mathieu à onze ans et Thomas neuf ans. Pour
Mathieu le vendeur m'a proposé des jeux scientifiques. Je me souviens
d'un coffret permettant de construire soi-même un récepteur de radio, il
y avait dedans un fer à souder et plein de fils électriques. Et pour
Thomas, une carte de France en puzzle, avec tous les départements et les
noms des villes découpés, qu'il fallait placer. Un moment, j'ai imaginé
un poste de radio assemblé par Mathieu et une carte de France composée
par Thomas, avec Strasbourg au bord de la Méditerranée, Brest en
Auvergne et Marseille dans les Ardennes. Il m'a proposé aussi le Petit
Chimiste, qui permet de faire des expériences à domicile, des feux et
des explosions de toutes les couleurs. Pourquoi pas le petit Kamikaze
avec la ceinture d'explosifs pour régler définitivement le problème... J'ai
écouté les explications du vendeur avec beaucoup de patience, je l'ai
remercié, puis je me suis décidé. J'ai pris, comme chaque année, une
petite boite de cubes pour Mathieu et des petites voitures pour Thomas.
le vendeur n'a pas compris, il a fait deux paquets-cadeaux, sans rien
dire. Il m'a regardé partir avec mes deux paquets. J'ai vu en sortant
qu'il faisait un geste à son collègue, il pointait son doigt sur le
front, l'air de dire : " Il est toc-toc... "
Un jour, Pierre Desproges est venu avec moi chercher Thomas dans son établissement. Il n'avait pas beaucoup envie, j'ai insisté.
Comme tous les nouveaux venus, il a été assailli d'enfants titubant
et bavant, pas toujours très ragoûtants, qui l'ont embrassé. Lui qui
supportait difficilement ses semblables et était souvent réservé devant
les manifestations exubérantes de ses groupies, il s'est laissé faire de
bonne grâce.
Cette visite l'a beaucoup remué. Il a eu envie d'y retourner. Il
était fasciné par ce monde étrange où des enfants de vingt ans couvrent
de baisers leur ours en peluche, viennent vous prendre la main ou
menacent de vous couper en deux avec des ciseaux.
Lui qui adorait l'absurde, il avait trouvé des maîtres.
Le pauvre Mathieu ne voyait pas bien clair, il avait des os fragiles, les pieds tordus, il est devenu très vite bossu, il avait les cheveux hirsutes, il n'était pas beau, et surtout il était triste. C'était difficile de le faire rire, il répétait comme une mélopée : " Ah là, là, Mathieu... Ah, là, là, Mathieu..." Parfois, il avait des crises de larmes déchirantes, comme s'il souffrait atrocement de ne rien pouvoir nous dire. On a toujours eu l'impression qu'il se rendait compte de son état. Il devait penser : " Si j'avais su, je ne serais pas venu."
On aurait bien voulu le défendre contre le sort qui s'était acharné sur lui. Le plus terrible, c'est qu'on ne pouvait rien. On ne pouvait même pas le consoler, lui dire qu'on l'aimait comme il était, on nous avait dit qu'il était sourd.
Quand je pense que je suis l'auteur de ses jours terribles qu'il a passé sur Terre, que c'est moi qui l'ai fait venir, j'ai envie de lui demander pardon.
A sa naissance, Thomas a eu un très beau cadeau, une timbale, une assiette et une cuiller à bouillie en argent. Il y a des petites coquilles Saint-Jacques en relief sur le manche de la cuiller et autour de l'assiette. C'est son parrain qui les lui a offertes, le président-directeur général d'une banque, qui était l'un de nos amis proches.
Quand Thomas a grandi et que, rapidement, son handicap s'est révélé, il n'a plus jamais reçu de cadeau de son parrain.
S'il avait été normal, certainement qu'après il aurait eu un beau stylo avec une plume en or, puis une raquette de tennis, un appareil photo... Mais comme il n'était pas dans la norme, il n'avait plus le droit à rien. On ne peut pas en vouloir à son parrain, c'est normal. Il s'est dit : "La nature ne lui a pas fait de cadeau, il n'y a pas de raison que moi je lui en fasse." De toute façon, il n'aurait pas su quoi en faire.
J'ai encore l'assiette à bouillie, je m'en sers comme cendrier. Thomas et Mathieu, eux, ne fument pas, ils ne sauraient pas, ils se droguent. Chaque jour, on leur donne des tranquillisants pour les faire tenir tranquilles.
Mathieu est de plus en plus voûté. Les kinés, le corset en métal, rien n'y fait. A quinze ans, il a la silhouette d'un vieux paysan qui a passé sa vie à bêcher la terre. Quand on le promène, il ne voit que ses pieds, il ne peut même plus voir le ciel.
Un moment, j'ai imaginé fixer sur le bout de ses chaussures des petits miroirs, comme des rétroviseurs qui refléteraient le ciel...
Sa scoliose a augmenté, elle va bientôt provoquer des ennuis respiratoires. Une opération sur la colonne vertébrale doit être tentée.
Elle a été tentée, il est totalement redressé. Trois jours plus tard, il meurt droit.
Finalement, l'opération qui devait lui permettre de voir le ciel a réussi.
Quand je pense à Mathieu et Thomas, je vois deux petits oiseaux ébouriffés. Pas des aigles, ni des paons, des oiseaux modestes, des moineaux.
De leurs manteaux bleu marine courts sortaient des petites cannes de serin. Je me souviens aussi, quand on les lavait, de leur peau transparent et mauve, celle des oisillons avant que les plumes poussent, de leur bréchet proéminent, de leur torse plein de côtes. Leur cervelle aussi était d'oiseau.
Il ne leur manquait que les ailes.
Dommage.
Ils auraient pu quitter un monde qui n'était pas fait pour eux.
Depuis qu'il est monté dans la Camaro, Thomas, dix ans, répète, comme il le fait toujours : "Où on va papa ?" Au début je réponds : "On va à la maison." Une minute après, avec la même candeur, il repose la même question, il imprime pas. Au dixième "Où on va papa ?" je ne réponds plus... Je ne sais plus très bien où on va, mon pauvre Thomas. On va à vau-l'eau. On va droit dans le mur. Un enfant handicapé, puis deux. Pourquoi pas trois... Je ne m'attendais pas à ça. Où on va, papa ? On va prendre l'autoroute, à contresens. On va en Alaska. On va caresser les ours. On se fera dévorer. On va aux champignons. On va cueillir des amanites phalloïdes et on fera une bonne omelette. On va à la piscine, on va plonger depuis le grand plongeoir, dans le bassin où il n'y a pas d'eau. On va aller à la mer. On va au Mont-Saint-Michel. On ira se promener dans les sables mouvants. On va s'enliser. On ira en enfer. Imperturbable, Thomas continue : "Où on va, papa ?" Peut-être qu'il va améliorer son record. Au bout de la centième fois, ça devient vraiment irrésistible. Avec lui, on ne s'ennuie pas, Thomas est le roi du running gag...
"Ils ont quel âge maintenant vos
enfants ?" Qu'est-ce que ça peut bien vous
foutre. Mes enfants sont indatables. Mathieu est hors
d'âge et Thomas doit avoir dans les cent ans. Ce sont
deux petits vieillards voûtés. Ils n'ont plus toute leur tête, mais ils sont
toujours gentils et affectueux. Mes enfants n'ont jamais connu leur âge. Thomas continue à mâchouiller
un vieux nounours, il ne sait pas qu'il est vieux, personne ne le lui a
dit. Quand ils étaient petits, il fallait changer leurs
chaussures, prendre une pointure supérieure. Seuls leurs pieds ont grandis, leur
QI n'a pas suivi. Avec le temps, il aurait plutôt eu tendance à diminuer. Ils
ont fait des progrès à l'envers. Quand on a eu
toute sa vie des enfants qui jouent avec des cubes et qui ont un nounours, on
reste jeune. On ne sait plus très bien où on en est. Je
ne sais plus bien qui je suis, je ne sais plus très bien où j'en suis, je ne
sais plus mon âge. Je crois toujours avoir trente ans et je me moque de tout.
J'ai l'impression d'être embarqué dans une grande farce, je ne suis pas sérieux,
je ne prends rien au sérieux. Je continue à dire des bêtises et à en écrire. Ma
route se termine en impasse, ma vie finit en
cul-de-sac.
Mes petits oiseaux, je suis bien triste de penser que vous ne connaîtrez pas ce qui, pour moi, a fait les plus grands moments de ma vie. Ces moments extraordinaires où le monde se réduit à une seule personne, qu'on n'existe que pour elle et par elle, qu'on tremble quand on entend ses pas, qu'on entend sa voix, et qu'on défaille quand on la voit. Qu'on a peur de la casser à force de la serrer, qu'on s'embrase quand on l'embrasse et que le monde autour devient flou.
Vous ne connaîtrez jamais ce délicieux frisson qui vous parcours des pieds à la tête, fait en vous un grand chambardement, pire qu'un déménagement, une électrocution, ou une exécution. Vous chamboule, vous tourneboule et vous entraîne dans un tourbillon qui fait perdre la boule et donne la chair de poule. Vous remue tout l'intérieur, vous donne chaud à la gueule, vous fait rougir, vous fait rugir, vous hérisse le poil, vous fait bégayer, vous fait dire n'importe quoi, vous fait rire et pleurer. Parce que, hélas, mes petits oiseaux, vous ne saurez jamais conjuguer à la première personne du singulier et à l'indicatif du présent le verbe du premier groupe : aimer.
L'amour, sous toutes ses formes, la philosophie, la sagesse, toutes les injustices et les misères de ce monde, la beauté et les merveilles de notre planète, et parfois son créateur inconnu, mais aussi, les faits d'actualités, la politique...