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Bayrou rejoint Macron : l’amnésie, ce fléau politique.

Un mal carabiné étreint la France, il semble s’étendre chaque jour plus loin, plus profondément. C’est à l’occasion du dernier rebondissement politique qu’on en découvre toute l’ampleur, même si ce rebondissement tient plus du vieux ressort usé de matelas trop vieux que d’une véritable révolution idéologique : François Bayrou, le rien au milieu du néant, décide de rejoindre Emmanuel Macron, le vide propulsé par un feu d’artifice.

On ne peut retirer à l’actuel maire de Pau un certain sens du spectacle, puisque cela fait plusieurs semaines qu’il distillait de rares informations aux journalistes au sujet de son implication millimétrée dans la campagne présidentielle. De ce point de vue, on ne pourra s’empêcher de noter ni sa proximité avec Emmanuel Macron, lui aussi tenant d’une communication savamment dosée pour attirer à lui toutes les caméras et les micros, ni l’évidence que ces deux hommes visent le centre, celui du nombril où, justement, tout le monde regarde et où ils peuvent se montrer…

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C’est donc réussi : quelques heures durant, François Bayrou pourra à nouveau goûter au plaisir de la célébrité. Renonçant ainsi à ce qui aurait été une quatrième candidature de saut à l’élastique sans élastique à l’élection présidentielle après 2002, 2007 et 2012, il s’est offert à Emmanuel Macron dans une proposition dont les exigences sont suffisamment ridicules pour ne pas être prises en compte.

Il réclame ainsi une véritable alternance, ce qui permettra au poisson pilote de François Hollande, auquel Bayrou avait apporté son soutien en 2012, de continuer les magnifiques performances socialistes qu’on a pu observer jusqu’à présent, tant on a du mal à voir le moindre changement sur la ligne hollandesque. Soulignons qu’il veut aussi que le programme d’Emmanuel Macron « comporte en priorité une loi de moralisation de la vie publique, en particulier de lutte déterminée contre les conflits d’intérêts ».

Rappelons que le programme d’Emmanuel Macron, auquel Bayrou semble maintenant souscrire, n’a été vu par personne et que ses grandes lignes, traits vaporeux de fumée légère dans un brouillard épais de locutions ampoulées, n’ont guère laissé de traces concrètes et palpables dans l’esprit des gens. Conclusion : soit Bayrou a eu un accès privilégié au Graal macronesque, soit notre aimable bulot s’est engagé sur l’air chaud que tout le monde connaît déjà.

Seulement voilà : il y a quelque chose de triste voire pathologique dans cette quasi-déclaration de tendresse du vieux Bayrou au jeune Macron dans ce qui ressemblerait presque à un passage de témoin s’il n’y avait pas la myriade de vieilles peaux socialistes se bousculant déjà dans l’ombre de Macron.

Pour l’observateur extérieur, celui qui regarde la vie politique française avec un minimum de recul et de bonnes archives internet, il devient difficile d’ignorer les trous de mémoire béants qui semblent se développer chez les uns et les autres. Tout se passe comme si, à mesure qu’internet permet de conserver toujours plus de traces du passé, ce dernier soit ignoré de façon croissante par nos élites politiques dont le diagnostic médical semble tous les jours plus sombre.

Il n’y a pas six mois, en septembre 2016, Bayrou, pas moins en possessions de ses moyens (ou pas plus, c’est selon ?) qu’aujourd’hui, expliquait pourtant tout le mal qu’il pensait du candidat Macron, qui n’était pour lui qu’un « hologramme » (non, il ne parlait pas de Mélenchon qui n’illustrerait le propos que bien plus tard) et qu’il estimait propulsé par « les forces de l’argent », qu’il y avait derrière lui des grands intérêts financiers, apparemment incompatibles avec les fonctions présidentielles. Pour tout dire, Bayrou trouvait en Macron des airs de « bulle de savon », d’un « homme sans densité »

Toujours en septembre 2016, pour Bayrou, Macron était bien ce conseiller de François Hollande, directement responsable du résultat économique catastrophique observé partout en France.

En décembre 2016, Macron proposait bêtement que les jeunes travaillent plus pour gagner moins, et ça, Bayrou, on ne la lui fait pas, ni à l’endroit, ni à l’envers. Que nenni. 

 Mais voilà.

Arrive février 2017. La maladie a progressé. La mémoire flanche. La fermeté, la solidité, la morale, l’indispensable séparation de l’État et des puissances occultes de l’argent tous azimuts, tout ça, ce sont des notions adaptables, un peu floues et qui méritent un peu de souplesse. Macron n’est plus le candidat de ces forces. C’est un petit gars qui fait 20% dans les sondages, qui attire des micros et des caméras et donc c’est oublié : il faut que « nous dépassions nos intérêts personnels et partisans pour construire l’avenir que la France mérite », n’est-ce pas...suite