Bayer-Monsanto : les noces du diable

C’était déjà Bayer, avec BASF et Hoechst, qui avait développé et produit la bertholite, dont le nom scientifique est dichlore (chlore à l'état gazeux) utilisée par les Allemands et leurs alliés durant la première guerre mondiale, un gaz de combat très toxique qui endommage les voies respiratoires des personnes qui l'inhalent. Avec une dose suffisante, le gaz provoquait la mort par asphyxie.

En 1925, ces trois sociétés ont formé un cartel géant, IG Farben, qui est devenu le leader mondial pour les produits pharmaceutiques, les colorants et les produits chimiques.

Au début des années 1930, IG Farben est devenu le principal financeur de la campagne électorale d'Adolf Hitler, malgré une certaine réticence de la part de ce dernier au début, parce les principaux ingénieurs étaient juifs. Pendant l’année qui a précédé la pise du pouvoir par Hitler, IG Farben a fait don de 400.000 marks au parti nazi.

Cette contribution décisive a été largement récompensée. IG Farben (qui incluait Bayer) a été le principal bénéficiaire des conquêtes allemandes durant la seconde guerre mondiale.

Au début de 1941, dans une lettre à Fritz ter Meer, responsable de la construction de l'usine d’IG Farben à Oswiecim, Otto Ambros, responsable du conglomérat IG Farben a célébré l'amitié de IG Farben avec la SS qui avait permis d’accélérer la construction de son usine d'Auschwitz-Buna et déclaré au cours d'un banquet donné par la direction du camp que " toutes les mesures avaient été élaborées pour l'utilisation de la gestion exceptionnelle du camp de concentration pour le compte de l'usine de Buna. "

Auschwitz a été le plus grand et le plus terrible site d’extermination des êtres humains dans l'histoire, mais son objectif de base était la production de l’essence synthétique et du caoutchouc par un complexe géant IG Farben, dans le cadre des plans de conquête de l'Europe et du monde.

Mais IG Farben ne s’intéressait pas qu’à l’essence et au caoutchouc. Une correspondance entre les gestionnaires de Bayer et le commandant d'Auschwitz fait apparaitre d’autres aspects : « En vue des expériences programmées pour un nouveau médicament qui provoque le sommeil, nous vous serions reconnaissants de bien vouloir mettre un certain nombre de prisonniers à notre disposition ». Puis : « Nous accusons réception de votre réponse, mais considérons que le prix de 200 RM par femme est trop élevé. Nous proposons de ne pas payer plus de 170 RM par femme. Si cela est acceptable pour vous, les femmes seront placées sous notre autorité. Nous avons besoin de quelque 150 femmes ". Ensuite : " Nous confirmons votre approbation de l'accord. Merci de préparer pour nous 150 femmes dans le meilleur état de santé possible." Plus loin : " Reçu la livraison de 150 femmes. Malgré leur état de macération, elles ont été considérées comme satisfaisanets. Nous vous tiendrons au courant des développements concernant les expériences ". Et enfin : " Les expériences ont été effectuées. Toutes les personnes testées sont mortes. Nous vous contacterons prochainement pour une nouvelle expédition. "

Auschwitz présentait un autre intérêt pour IG Farben. Pour ceux qui étaient trop vieux, trop petits ou trop faibles pour travailler, la firme fournissait le Zyklon B, conçu et produit par Degesch, une filiale d’IG Farben.

Lorsque leurs plans de conquêtes se sont effondrés et que le génocide a cessé, le monde attendait que ces hommes soient punis, et en Août 1947, le Tribunal de Nuremberg a été mis en place par les américains pour juger les criminels de guerre. Le procureur américain Telford Taylor a déclaré : « Ce sont les criminels d’IG Farben, et non pas les aliénés fanatiques nazis, qui sont les principaux criminels de guerre. Si la culpabilité de ces criminels n’est pas mise en lumière et s’ils ne sont pas punis, ils représentent une plus grande menace pour la paix future du monde que ne le serait Hitler s'il était encore en vie."

Mais l'atmosphère en Allemagne avait changé, les anciens ennemis avaient été remplacés par des nouveaux. En Juillet 1948, 10 des 24 accusés ont été acquittés et 13, bien que reconnus coupablse de certaines des accusations d’assassinat de masse, d'esclavage et de crimes contre l'humanité, ont été condamnés à des peines de prison légères d’un an et demi à huit ans, y compris la durée de détention déjà effectuée.

IG Farben a été démantelée. Mais ses trois principales composantes, maintenant de nouveau séparées, en répondant aux besoins de la guerre froide, ont grandi jusqu'à ce que chacune devienne 20 fois plus grande que IG Farben dans son ensemble à son apogée en 1944.

En 1952, le nouveau gouvernement ouest-allemand de Konrad Adenauer a amnistié et libéré le dernier de ceux qui étaient emprisonnés et qui étaient de retour à des postes de premier plan dans le monde des produits chimiques et pharmaceutiques.

En ce qui concerne les deux hommes cités dans la lettre ci-dessus, Fritz ter Meer, membre du conseil de gestion d’IG Farben, du début à la fin, en tant que gestionnaire de guerre responsable de l'IG Auschwitz, a déclaré lors du procès, pour sa défense : « Le travail forcé n'a infligé aucune blessure significative, ni douleur ou souffrance à ces travailleurs qui auraient été exécutés s’ils étaient restés des détenus. »

Quelques années après sa sortie de prison, Fritz ter Meer a été réintégré en tant que membre du conseil de gestion de Bayer. Les trois entreprises sœurs BASF, Bayer et Hoechst (qui a ensuite fusionné avec la société française Rhone-Poulenc pour former Aventis) ont pourvu les postes les plus élevés par d'anciens nazis.

Otto Ambros, qui avait été responsable du choix de l'emplacement, de la planification,de la construction et de l'exploitation d'IG Auschwitz en tant que directeur des opérations, a été codamné à huit ans de prison. Après sa libération en 1952, il est devenu vice-président,puis président ou membre du conseil d'administration d’une douzaine de sociétés chimiques dont la plus connue était Chemie Grunenthal, devenue célèbre pour avoir commercialisé la thalidomide (ou Contergan) longtemps après que l’on ait constaté que l’ingestion par les femmes enceintes provoquait des malformations chez les fœtus. Jusqu'en 1959, ce « médicament » a été vendu dans 46 pays avec une étiquette mentionnant qu'il pouvait être "donné en toute sécurité aux femmes enceintes et aux mères allaitantes." Près de 10 000 enfants ont été touchés.

En 2008, des chercheurs en Angleterre ont mis en évidence un lien entre la thalidomide et les médicaments étudiés pendant la guerre sous la direction d'Otto Ambros au cours des recherches de gaz neurotoxique, alors que la société avait toujours affirmé que les données de recherches antérieures avaient été perdues, probablement pendant la guerre.

Sans se laisser envahir par des scrupules désuets, le « Department of Energy » américain (anciennement « commission de l'énergie atomique »), a engagé Ambros comme consultant sur l’hydrogénation du charbon à partir des recherches menées par IG Farben. Interrogé sur l'embauche d'un criminel de guerre condamné, le ministère s’est justifé en faisant remarquer que « tous les documents pertinents avaient été perdus ».

Aujourd’hui, ces hommes qui dirigeaient IG Farben en temps de guerre sont tous morts. Mais leurs entreprises prospèrent. Et Bayer a été accusé ces dernières années d'expériences médicales contraires à l'éthique, de la vente de médicaments présentés comme risqués, d’empêcher les pays en développement de développer des médicaments vitaux et d’utiliser des matériaux importés produits par le travail d’enfants.

L'accusation la plus grave, peut-être, est qu'une filiale Bayer, HC Starck, est en partie responsable de la longue guerre civile sanglante en République démocratique du Congo, pour l’exploitation de divers minéraux, mais surtout du précieux coltan, dont il est le principal producteur.

Jusqu'à présent, BASF était la plus grande entreprise chimique dans le monde. Si l'accord tient, le groupe sera dépassé par Bayer-Monsanto.

On peut toujours espérer que Monsanto exercera une bonne influence sur Bayer…

source

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Bayer-Monsanto : Quand le diable veut racheter un démon…                 

Le groupe allemand Bayer, mastodonte des pesticides tueurs d’abeilles, cherche à racheter Monsanto, leader américain des engrais toxiques. Qui se ressemble s’assemble. 

Qui sont au juste ces deux géants ? 

Monsanto est une firme américaine bien connue des détracteurs des OGM. Leader des engrais et semences toxiques, c’est une des entreprises les plus décriées pour son emprunte écologique : une marche mondiale contre Monsanto a d’ailleurs lieu chaque année, dans plusieurs pays du monde. L’affaire va même plus loin, puisqu’un collectif de juristes et d’ONG a même lancé un tribunal international pour «juger les crimes imputés à la multinationale américaine dans le domaine environnemental et sanitaire et contribuer à la reconnaissance du crime d’écocide dans le droit international».

Aux rangs des exactions de groupe, on compte la commercialisation de nombreux produits qui ont désormais été reconnus très nocifs pour la santé : « l’agent orange » (défoliant utilisé pendant la guerre du Vietnam), les PCB (tellement toxiques qu’ils ont été interdits en 1979) et aujourd’hui le désherbant Roundup, au cœur de la vive polémique sur le glyphosate.

De l’autre côté, moins médiatisé mais tout aussi nocif, se trouve le groupe allemand Bayer. L’entreprise, fondée en 1863, fait peu de cas des droits de l’homme : accusée notamment de s’être livrée au trafic d’êtres humains pendant la Seconde Guerre mondiale, elle achetait certains déportés d’Auschwitz en vue d’expérimentations. Après avoir été mouillée dans le scandale de l’huile frelatée ou encore du sang contaminé, Bayer est en ce moment dans le viseur de l’opinion publique pour ses pesticides « tueurs d’abeilles », accusés de dérégler l’écosystème.

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Une grosse transaction pour une grosse fusion 

Lundi 23 mai, le groupe allemand Bayer a mis 55 milliards d’euros (62 milliards de dollars) sur la table pour racheter Monsanto, et créer ainsi un géant des semences et pesticides sans précédent. Un cauchemar en passe de devenir réalité pour les citoyens anti-OGM, qui surnomment d’ailleurs l’opération « le mariage des affreux ».

La somme proposée ferait de cette fusion la plus grosse acquisition d’un groupe étranger par une entreprise allemande, le record se situant à 36 milliards. Un montant qui, pourtant, n’est pas si extravagant que cela, lorsqu’on connaît le chiffre d’affaires de Monsanto : plus de 13,5 milliards de dollars en 2012.

Le groupe américain n’a d’ailleurs pas estimé cette offre suffisante et a rejeté cette première proposition. Néanmoins, il semble favorable au projet, puisque des discussions sont en cours en vue d’une nouvelle offre. Si les deux géants tombent d’accord sur une somme d’acquisition, il faudra encore que la fusion soit validée par les autorités de régulation de la concurrence. Ce qui n’est pas si facile que cela. Si la fusion venait cependant à se faire, elle consoliderait la mainmise du tout nouveau mastodonte sur l’agriculture industrielle. Une affaire à suivre.

Sources : Article de Libération / Site officiel de Monsanto

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