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Port-de-Bouc : virée de Carrefour pour avoir accepté des sandwiches périmés

Anne vit seule depuis le décès il y a plusieurs années, de son mari, qu'un cancer a emporté en six mois. Elle vit avec ses deux plus jeunes enfants, un de 9 ans, l'autre de 20 ans. Mondial Protection lui verse un salaire de 1 250 euros pour son emploi d'agent de sécurité à Carrefour. Elle acquitte un loyer de 650€ à Saint-Mitre-les-Remparts.

"Un jour qu'il s'apprêtait à jeter des sandwiches périmés, il me les a proposés. J'ai accepté car je peux nourrir mes enfants avec. Jamais je n'ai pensé à mal puisque c'était destiné à la poubelle.En deux ans, ce n'est arrivé que trois fois." La dernière lui sera fatale. "Il voulait me donner ce qu'il devait jeter sur mon lieu de travail. Sachant que je ne dois rien accepter à mon poste, je lui ai donné mes clefs de voiture." Au moment où le jeune homme s'apprêtait à ouvrir le coffre, les deux chefs sécu l'ont interrompu. "C'est dingue, j'ai carrément l'impression d'être tombée dans un piège, réalise Anne qui avoue ne pas toujours comprendre ce qui lui arrive. Pourtant je n'ai rien volé, ces produits étaient comptabilisés en pure perte et moi avec trois sandwiches je nourris ma famille." Anne ne s'étend pas sur sa difficile situation personnelle mais ne se cache pas non plus derrière une fausse pudeur. "C'est vrai, je ne roule pas sur l'or."

"Moi, je sais ce que c’est de ne même pas avoir 50 centimes pour acheter une baguette"

"Les deux chefs m'ont emmenée au PC sécurité. Je ne me sentais fautive de rien mais je suis restée correcte. Je leur ai dit que c'était seulement la 3e fois que j'acceptais cette nourriture. Mon chef sécu m'a demandé : « Pourquoi vous et pas les autres dans ce cas ? » Il me soupçonnait de la revendre. « Moi je ne jette jamais rien, lui ai-je dit. Ces sandwiches je les donnerai à mes enfants. »" "Si vous ne savez pas ce que c'est de ne même pas avoir 50 centimes pour une baguette de pain, ben moi je sais", s'emporte un peu Anne. "Il m'a ordonné de quitter le site Carrefour, et dit que j'avais commis un vol."

Très choquée, Anne est arrêtée, en congé maladie. Le lendemain de son éviction, Anne a prévenu et rencontré le responsable de l'agence marseillaise de Mondial Protection.

"Il a parfaitement compris ma situation", assure Anne. Reste qu'elle a très rapidement reçu un courrier l'informant de sa "mise à pied à titre conservatoire" et la convoquant à "un entretien préalable au licenciement." Nous avons joint Luc Duprat : "Elle ne doit pas s'inquiéter, promettait-il, il n'y aura ni mise à pied, ni sanction ni renvoi." Anne a eu cet entretien. "M.Duprat a été très bien. Effectivement, je n'ai pas de sanction et nous avons trouvé un accord pour un licenciement à l'amiable pour que je puisse avoir mon chômage." Un poste lui avait bien été proposé mais à Marseille. "On me prête déjà une voiture et je ne peux pas abuser en effectuant des allers-retours vers Marseille tous les jours." Fin de l'histoire.

Pourtant, Anne ne s'effondre pas : "J'ai eu cinq enfants et j'ai perdu ma fille à 8 ans et demi. Sans raison, elle a fait une crise cardiaque. Dix ans après, j'ai perdu mon mari. Alors, des épreuves j'en ai eu dans ma vie. Celle-là, à côté... Quand on veut travailler, on peut. Je sais que je retrouverai un boulot."

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Incroyable don

Les histoires se suivent et ne se ressemblent (heureusement) pas. Il y a deux jours, un habitant de Mallemort offrait sur un groupe Facebook un chariot de courses pour qui était dans le besoin. La fille d'Anne l'a contactée pour lui expliquer la situation et dire que sa famille aurait bien besoin de ce chariot. Rendez-vous était pris à Géant Casino d'Istres où cet homme a rempli et offert un chariot plein de produits de première nécessité. Anne n'en revient toujours pas : "Il a expliqué qu'il aimait aider les gens comme ça de temps en temps. Je suis virée par quelqu'un qui me connaît pour des sandwiches périmés qui ne lui appartiennent pas et un inconnu m'offre un chariot plein de courses !"

"Un dysfonctionnement" pour Carrefour

Nous avons contacté Philippe Aslin, le directeur de Carrefour Port-de-Bouc. "Ce n'est pas mon employée, a-t-il martelé. Notre seul interlocuteur est le patron de Mondial Protection." Pourtant, c'est bien Carrefour qui a exigé son renvoi du site. "Oui, parce que la procédure n'a pas été respectée. Nous donnons aux associations tout ce que nous jetons." Mais donnent-ils également les sandwiches destinés au personnel ? "Non, pas ceux-là, la société les récupère." Quelle est donc la faute commise... Le directeur a évoqué un "dysfonctionnement" avant de mettre brutalement un terme à notre échange.

Audrey Letellier

laprovence.com

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