21 janvier 1793, mort de Louis XVI

LouisXVI -1775

 » C’est l’âme à jamais ulcérée que j’ai dû procéder à l’exécution de Louis XVI. Révolutionnaire à l’origine, l’injustice des accusations portées contre le Roi a contribué plus que tout autre chose à me faire revenir de mon illusion. La perfidie des accusations portées contre Louis XVI, l’oubli volontaire des plus simples formes juridiques n’ont montré que trop que sa perte était résolue d’avance.

Quel égarement aveuglait donc cette assemblée pour qu’elle imputât à Louis XVI jusqu’aux attentats dirigés contre lui ? Lorsque je connus l’issue de cet affreux et inique procès, je fus atterré ; je fus sur le point de m’évanouir lorsqu’on me présenta le papier, l’ordre de faire dresser l’échafaud dans la nuit et d’y attendre le condamné à partir de huit heures du matin.

Je reçus presque en même temps diverses lettres, la plupart sans signature, dans lesquelles on m’avertissait que toutes les mesures étaient prises pour la délivrance du Roi pendant le trajet du Temple et place de la Révolution, et qu’à la moindre résistance que je ferais, je serais percé de mille coups.

D’autres lettres m’adjuraient de me joindre aux libérateurs du Roi, de traîner l’exécution en longueur, pour donner le temps à des hommes bien déterminés, qui devaient se trouver dans la foule, de rompre les rangs de la milice et d’enlever le Roi de dessus l’échafaud. Je l’avoue, ce dernier moyen ne me semblait ni impossible ni même improbable, et c’était le seul qui me laissât une lueur d’espoir. Je vous étonnerai bien, mon cher Pitou, en vous disant jusqu’où est allé le dévouement de certains royalistes pour le royal martyr.

La veille de l’exécution, un jeune homme est venu s’offrir à mourir à sa place, si l’on pouvait lui procurer des habits exactement semblables à ceux du Roi, de manière à ce qu’une substitution pût s’opérer sur l’échafaud sans que la foule s’en aperçût. Une foule d’autres projets, non moins chimériques, me furent confiés. Mon fils faisait partie d’un des bataillons de garde nationale chargés d’assister à l’exécution. Il était parfaitement résolu à se joindre à ceux qui essaieraient de sauver le Roi.

La foule était si grande dans les rues, qu’il était déjà plus de huit heures lorsque nous arrivâmes place de la Révolution. Gros et Barré, mes aides, avaient fait monter la machine, et c’est à peine si je l’examinai, tant je pensais qu’elle ne servirait point. Mes frères et moi, nous étions solidement armés : nous avions, sous nos houppelandes, outre nos épées, des couteaux-poignards, quatre pistolets passés dans notre ceinturon, une boîte à poudre et nos poches pleines de balles. Nous pensions qu’on ferait une tentative pour délivrer le malheureux prince et que nous ne saurions être munis de trop de moyens pour lui livrer un passage.

Aussitôt arrivé sur la place, j’ai cherché des yeux mon fils et je l’ai aperçu, à peu de distance de moi, avec son bataillon. Il me regardait d’un air d’intelligence et paraissait m’encourager en me flattant de l’espoir que, cette fois, je ne boirais pas le calice jusqu’à la lie. Je prêtais une oreille inquiète pour entendre quelque bruit qui fût l’indice d’une de ces tentatives que l’on m’avait annoncées la veille. De temps à autre, mes yeux plongeaient avec anxiété du côté des boulevards.

Tout à coup, je vois déboucher un corps de cavalerie, et, peu après, une berline attelée de deux chevaux, entourée d’une double haie de cavaliers. Plus de doute possible, plus d’illusions, c’est le Roi-Martyr qui s’avance. Ma vue se trouble, un frémissement s’empare de moi. Le Roi descend, puis il gravit les marches de l’échafaud. Hélas ! j’ai fait mon devoir. Le Roi est mort, mais ce n’est pas moi qui l’ai tué. Oh ! pourquoi n’a-t-on pu le délivrer, j’aurais donné mon sang pour ne pas répandre le sien ! Il est mort en Roi, en héros, en saint. Son auguste image ne s’effacera jamais de ma mémoire. « 

Témoignage du bourreau Sanson

source

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L'exécution de Louis XVI d'après une gravure allemande.

Le dernier dîner du condamné lui est servi vers 19 heures. Constatant l'absence de couteau et de fourchette, il s'écrie : « Me croit-on assez lâche pour attenter à ma vie ? » avant d'ajouter :

« Je mourrai sans crainte. Je voudrais que ma mort fît le bonheur des Français et pût écarter les malheurs que je prévois, le peuple livré à l'anarchie, devenu la victime de toutes les factions, les crimes se succédant, de longues dissensions déchirant la France. »

Après avoir eu un premier entretien avec l'abbé de Firmont vers 20 heures, Louis XVI reçoit, comme il l'avait demandé, la famille royale dans son appartement. Marie-Antoinette entre dans la salle à manger, accompagnée de sa fille Marie-Thérèse de France dite Madame Royale, du dauphin Louis-Charles et de sa belle-sœur Élisabeth de France. Les gardes observent la scène par le biais d'une cloison en partie vitrée. Le roi demande à son fils de ne jamais vouloir venger sa mort, ce que ce dernier promet. Marie-Antoinette implore son époux de les recevoir une dernière fois le lendemain matin avant le départ pour l'échafaud. Il accepte cette entrevue pour 8 heures, avant de l'avancer à 7 heures sur l'insistance de la reine. Il ne tiendra pas sa promesse. Vers 23 heures, la famille royale se retire et Louis XVI s'entretient de nouveau avec son confesseur. Il se couche vers minuit et demi.

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Charles-Henri Sanson, le bourreau du roi réagit à la version du Thermomètre du Jour en consignant son propre témoignage de l'exécution dans une lettre datée du 20 février 1793[32],[17] : « Arrivé au pied de la guillotine, Louis XVI considéra un instant les instruments de son supplice et demanda à Sanson si les tambours s’arrêteraient de battre. Il s’avança pour parler. On cria aux bourreaux de faire leur devoir. Pendant qu’on lui mettait les sangles, il s’écria : “Peuple, je meurs innocent !”. Ensuite, se tournant vers ses bourreaux, Louis XVI déclara : “Messieurs, je suis innocent de tout ce dont on m'inculpe. Je souhaite que mon sang puisse cimenter le bonheur des Français.” Le couperet tomba. Il était 10 heures 22. L’un des assistants de Sanson présenta la tête de Louis XVI au peuple, cependant que s’élevait un immense cri de : “Vive la Nation ! Vive la République !” et que retentissait une salve d’artillerie qui parvint aux oreilles de la famille royale incarcérée. »

Enfin Sanson souligne dans sa lettre, publiée dans Le Thermomètre du jeudi 21 février 1793, que le roi « a soutenu tout cela avec un sang froid et une fermeté qui nous a tous étonnés. Je reste très convaincu qu’il avait puisé cette fermeté dans les principes de la religion dont personne plus que lui ne paraissait pénétré ni persuadé »[33].

Alexandre Dumas père dans ses Causeries raconte une rencontre vers 1830 avec le fils de l'exécuteur, alors présent:

« Eh bien, vous disiez que vous désiriez quelque chose, monsieur Dumas ? - Vous savez combien les auteurs dramatiques ont besoin de renseignements précis, monsieur Sanson. Il se peut qu'il arrive un moment où j'aie à mettre Louis XVI en scène. Qu'y a-t-il de vrai dans la lutte qui s'engagea entre lui et les aides de votre père, au pied de l'échafaud ? - Oh ! je puis vous le dire, monsieur, j'y étais. - Je le sais, et c'est pour cela que je m'adresse à vous. -

Eh bien, voici : le roi avait été conduit à l'échafaud dans son propre carrosse et avait les mains libres. Au pied de l'échafaud, on pensa qu'il fallait lui lier les mains, moins parce qu'on craignait qu'il ne se défendît que parce que, dans un mouvement involontaire, il pouvait entraver son supplice ou le rendre plus douloureux. Un des aides attendait donc avec une corde, tandis qu'un autre lui disait : "Il est nécessaire de vous lier les mains." À cette proposition inattendue, à la vue inopinée de cette corde, Louis XVI eut un mouvement de répulsion involontaire. "Jamais ! s'écria-t-il, jamais !" Et il repoussa l'homme qui tenait la corde. Les trois autres aides, croyant à une lutte, s'élancèrent vivement. De là, le moment de confusion interprété à leur manière par les historiens. Alors, mon père s'approcha, et, du ton le plus respectueux : "Avec un mouchoir, Sire" dit-il. À ce mot, Sire, qu'il n'avait pas entendu depuis si longtemps, Louis XVI tressaillit ; et, comme au même moment son confesseur[34] lui adressait quelques mots du carrosse : "Eh bien, soit; encore cela, mon Dieu !" dit-il. Et il tendit les mains. »

 

Madame de Staël et l'exécution de Louis XVI

« Cet homme qui manqua de la force nécessaire pour préserver son pouvoir, et fit douter de son courage tant qu’il en eut besoin pour repousser ses ennemis ; cet homme dont l’esprit naturellement timide ne sut ni croire à ses propres idées, ni même adopter celles d’un autre, s’est montré tout à fait capable de la plus étonnante des résolutions, celle de souffrir et de mourir. »

(Considérations sur les principaux événements de la Révolution française)