De retour de Syrie, un Français témoigne

Gilles fait partie de ces nombreux Français qui – par curiosité mais aussi avec le sentiment que toute la vérité ne leur est pas dite dans les médias français – sont partis en Syrie, le temps d’une dizaine de jours, pour découvrir la situation sur place, pour pénétrer au cœur du régime de Bachar el-Assad afin de s’y forger leur propre avis. Le soutien au président Syrien est d’ailleurs toujours très fort, y compris au sein de la communauté syrienne de France, qui manifestait encore récemment, place du Trocadéro à Paris, son appui au régime.

Breizh-info.com : Vous revenez de Syrie, où vous avez passé une semaine en août. Pouvez vous nous parler de la conception de ce voyage ?

Gilles : Ce voyage a été organisé par le Rassemblement des Syriens de France. Ce déplacement avait pour but de permettre aux Français (nous étions onze) de découvrir « la Syrie héroïque », qui sous la direction de Bachar el-Assad combat les groupes terroristes qui se sont infiltrés sur le territoire syrien. C’était donc un voyage de soutien à la Syrie laïque et multiconfessionnelle et aussi un voyage touristique. D’autres voyages de ce type sont prévus, ceux qui sont intéressés peuvent se faire connaître à l’adresse suivante : syrianafrance@gmail.com.

Qu’avez vous fait là bas ? Racontez-nous votre semaine.

Nous avons séjourné dans trois villes et parcouru environ 1000 km. À Damas et à Lattaquié nous avons été logés dans des hôtels très luxueux ; à Méharda nous avons dormi dans un hôtel plus simple situé à la campagne. Les hôtels connaissent un taux de remplissage très important, la clientèle est constituée pour l’essentiel par des Syriens, il n’y a quasiment plus de touristes.

Les restaurants sont très fréquentés,dans la vieille ville de Damas un restaurant où nous souhaitions dîner affichait complet. La cuisine est savoureuse et les prix pour nous Français sont dérisoires.

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À Damas la circulation est intense, la ville est propre et très animée. À ma plus grande surprise le week-end de notre arrivée j’ai pu assister et participer au premier festival de tango argentin de Damas, qui a eu lieu dans l’un des restaurants de l’hôtel. Étant moi-même danseur de tango argentin, j’ai apprécié le haut niveau des danseurs syriens, leurs tenues vestimentaires identiques à celles des danseurs occidentaux et leur chorégraphies sensuelles et pudiques.

J’en conclus qu’il existe une très grande proximité culturelle entre eux et nous, je n’étais pas du tout dépaysé.

À Damas nous avons visité la vieille ville et son souk couvert, où règne un parfum d’Orient ancestral et envoûtant. Nous nous sommes arrêtés chez un glacier, adresse incontournable des Damascènes, où nous avons dégusté des glaces préparées à la main devant vous. Dans la capitale nous n’avons pas manqué la visite de la plus célèbre des mosquées de l’Islam, la Mosquée des Omeyyades, bijou lumineux de Damas.

Se mêler à la population et aux commerçants syriens mondialement réputés est un spectacle de tous les instants. Gentillesse, politesse, dignité, respect, hospitalité et reconnaissance pour la visite que nous effectuions sont quelques-unes des impressions qui m’ont marqué au cours de ce voyage.

Cependant une ombre règne au tableau. Au loin, du côté des montagnes qui entourent Damas, on entend un bruit sourd, comme si l’on tapait sur un énorme tambour et qui rappelle à la population que l’envahisseur puissamment armé par des commanditaires richissimes cherche à briser ce qui reste de la Syrie heureuse.

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Maaloula

Depuis Damas nous nous sommes rendus à Maaloula, ville chrétienne où l’on parle encore l’araméen, la langue dans laquelle s’exprimait le Christ ! Cette ville a été occupée pendant plusieurs mois par Daech. Les traces des combats sont inouïes, les murs de l’hôtel sont criblés d’impacts de balles et d’obus. Les églises ont été brûlées, saccagées, les icônes mutilées, des chrétiens assassinés.

Là-bas nous avons rencontré des Français de l’association « SOS chrétiens d’Orient », qui participaient à la reconstruction de ce haut-lieu du christianisme. Les églises sont en cours de réfection grâce à des financements de l’État.

À Meharda, nous avons été invités à participer à deux mariages au cours de la même soirée ; l’un chrétien,l’autre musulman. Dans les deux cas une ambiance de folie nous attendait et une attention toute particulière nous était réservée en tant que Français. Aucune hostilité à notre égard alors qu’il nous a été rapporté que souvent les terroristes capturés portent des armes françaises. Les habitants de Méharda nous ont expliqué, au cours d’une rencontre qu’ils avaient préparée, comment ils vivaient la guerre. Ils comptent déjà 55 martyrs. Pour résister, ils ont mis en place des groupes d’autodéfense essentiellement composés de jeunes adultes, qui suscitent l’admiration de la population.

À Meharda, j’ai acheté des reproductions d’icônes réalisés avec un soin qui ne peut s’expliquer que par l’amour du travail bien fait et par la foi.

Lattaquié est bordée par la même mer que celle qui baigne ma ville de Marseille. « La Corniche » permet de se promener le long de la côte et de contempler des criques et des plages spectaculaires. De Lattaquié nous nous sommes rendus à Ugarit, où nous avons visité une cité antique où l’on a découvert l’alphabet.

N’oublions pas que la Syrie est riche d’antiquités et qu’elle peut légitimement être considérée comme le berceau de la civilisation.

Le lendemain nous nous sommes rendus au célèbre Krak des Chevaliers. Cette forteresse, symbole de la puissance franque en terre sainte du temps des croisés, a été passablement endommagée pendant les quelques semaines d’occupation par Daesh. Le sol du château a été labouré par les terroristes, qui, lors de l’assault de l’armée, cherchaient les souterrains secrets qui leur auraient permis de s’échapper. La forteresse a été reprise par l’armée et ce sont les soldats de garde, dont le chef, passionné par l’histoire de son pays, qui nous ont fait découvrir l’endroit. En contre-bas du château, un village déserté, dont toutes les maisons sont écrasées par les bombes, témoigne de la violence des combats.

C’est Caen ou Le Havre en Syrie.

Le soir, nous sommes de retour à Lattaquié pour une visite aux blessés séjournant à l’hôpital militaire. On nous présente des soldats amputés ou paralysés, à qui nous offrons des cadeaux et quelques paroles réconfortantes. Nous offrons aussi à l’hôpital plusieurs kilos de médicaments de toutes sortes que nous avions apporté de France pour contourner symboliquement le cruel embargo auquel la France soumet le peuple syrien.

Enfin, nous visitons Tartous, où nous sommes reçus par des guides touristiques qui nous conduisent au musée de ville, situé dans une très grande église, quasiment vide car toutes ses œuvres d’art ont été mises à l’abri pour ne pas tomber entre les mains des terroristes pour être vendues en Occident.

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Monastère Notre-Dame de Saidnaya (35 km de Damas)

 À notre retour à Damas, la veille de notre retour nous avons subi des tirs de mortier dont l’un a explosé à moins de 100 mètres de l’hôtel. Il était huit heures dix, le bruit ressemble à un coup de tonnerre en plus mat, il est suivi d’un son cristallin émis par la chute des vitres des immeubles. Certains paniquent, d’autres continuent leurs occupations, comme si de rien n’était…

Vous êtes-vous sentis en sécurité là bas alors que la guerre était voisine ? Quel a été l’accueil des officiels syriens ?

Notre sécurité a été assurée autant que faire se peut dans ce pays qui connaît une guerre où les civils sont les cibles privilégiées des terroristes. Le ministère du Tourisme nous a fourni pendant tout notre séjour un minibus avec un chauffeur et une escorte militaire ou policière.

Nous sommes tous rentrés sains et saufs.

Là-bas nous avons rencontré des maires, des prêtres, des journalistes et le dernier jour, nous avons été reçus par le ministre du Tourisme pour un échange de vues qui nous a tous enchantés. 

Quel sentiment ont les Syriens aujourd’hui, à propos de la France et du peuple français ? Avez vous entendu parler de ces Français qui combattent du côté des islamistes ?

Le mandat de la France en Syrie, qui s’est terminé en 1947, a laissé un très mauvais souvenir. La politique actuelle de notre pays suscite bien entendu une totale réprobation.

Pour beaucoup de Syriens, la France c’est De Gaulle. L’alignement de notre politique étrangère sur les États-Unis les laissent perplexes. La présence de Français parmi les terroristes et les armes françaises fournies à Daesh les révoltent ! 

Vous qui avez vu la situation sur le terrain, comme voyez-vous l’évolution des choses sur la scène internationale ?

L’axe américano-sioniste-qatari mène au travers de Daesh une guerre d’usure contre la Syrie. Si la Russie n’équilibre pas les forces, la tâche de Bachar va devenir très compliquée.

Les médias français racontent-ils la vérité sur ce qui se passe en Syrie ? Sur le régime de Bachar el-Assad ?

La diabolisation de Bachar c’est de la désinformation, de la propagande de guerre. Nos médias se déshonorent.

Quel avenir pour la Syrie, demain ?

Après la victoire qui surviendra, n’en doutons pas, il me semble que le modèle syrien multiconfessionnel et laïc aura encore un bel avenir devant lui.

Le pays est très ancien et  musulmans et chrétiens cohabitent depuis si longtemps ensemble et de façon si imbriquée qu’il me semble toujours possible de continuer à vivre en bonne intelligence. De même pour ce qui est des sunnites et des chiites.

À tel point que pendant mon séjour, à plusieurs reprises j’ai cherché à savoir quelles étaient les différences entre ces deux types de musulmans et que personne n’a su m’expliquer ce qu’il en était vraiment, car en vérité les gens s’en fichent et avant tout, ils se sentent syriens. Ils n’ont qu’un souci : QUE VIVE LA SYRIE !

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