Grèce : pourquoi la position d'Alexis Tsipras reste cohérente

                                Alexis Tsipras maintient le référendum de dimanche                                    

Alexis Tsipras ne cède pas. Malgré les folles rumeurs qui ont été répandues toute la journée de mercredi 1er juillet, le Premier ministre hellénique a annoncé dans un discours à la nation qu'il maintenait le référendum de dimanche et qu'il continuait à appeler à voter « non. » La dégradation rapide de la situation économique, la fermeture des banques et la menace d'un durcissement des conditions d'accès des banques grecques à la liquidité d'urgence de la BCE ne l'ont donc pas fait flancher.

« Jeu brouillon » ?

Aux yeux d'observateurs extérieurs, le comportement des autorités grecques peut surprendre. Hier, mardi, le vice-Premier ministre Yannis Dragasakis a indiqué être prêt à annuler le référendum ou à appeler à voter « oui. » Parallèlement, Athènes transmettait une nouvelle proposition à ses créanciers. A présent, Alexis Tsipras maintient le référendum. Est-ce un mouvement désordonné, comme le dénonçait, ce matin mercredi 1er juillet, le quotidien allemand Handelsblatt, essentiel pour connaître l'état d'esprit des milieux d'affaires allemands qui parle de « jeu brouillon (Verwirrspiel) que l'on a peine à comprendre et encore moins à accepter »?

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Mettre fin au « péonage de la dette »

Pour saisir ces mouvements, il faut revenir en arrière. D'abord, au fond de la vision démocratique de Syriza. Alexis Tsipras entend rétablir la parole politique dans une Grèce ravagée par le clientélisme et l'abaissement des gouvernements face à la troïka des créanciers. L'engagement de Syriza était de rester dans la zone euro en mettant fin au « péonage de la dette » pour reprendre le terme de l'économiste de Syriza, Costas Lapavitsas. Autrement dit, permettre à la Grèce de ne pas travailler prioritairement pour les créanciers mais aussi pour sa propre économie. Si le gouvernement n'est pas capable de relever ce défi, alors il doit renouveler son mandat par un référendum. C'est le sens de sa phrase de ce mercredi : « le vote populaire est plus fort que la volonté de n'importe quel gouvernement. » Telle est la logique de ce référendum. Et c'est pourquoi Alexis Tsipras, qui n'a pas pu honorer son mandat du 25 janvier, a appelé à rejeter la demande des créanciers. Mais c'est aussi pourquoi il entend maintenir les négociations et ne peut exclure d'appeler à voter « oui » à un accord acceptable d'ici dimanche.

Obtenir une « solution durable »

Athènes entend donc pousser jusqu'au bout les négociations. C'est aussi un moyen de montrer aux électeurs grecs qu'il tente tout ce qu'il peut pour remplir son devoir. Mais jamais Alexis Tsipras n'a cherché à capituler. Il ne pouvait accepter un nouveau tour de vis austéritaire s'il ne s'accompagnait pas d'une restructuration de la dette de grande ampleur. C'est le sens de la « solution durable » qu'il a toujours défendue. La Grèce est prête à dégager des excédents primaires, mais pas uniquement pour rembourser ses créanciers. Elle veut sortir de cette logique qui va continuer à plomber son économie pendant des décennies. En veut-on un exemple ? Depuis août dernier, la Grèce a dépensé pas moins de 13 milliards d'euros pour rembourser sa dette. Une somme considérable, proche de 10 % du PIB qui n'a pas permis à l'Etat de soutenir l'économie hellénique alors que les négociations étaient bloquées avec les créanciers (il ne faut jamais oublier que ce blocage a commencé avant les élections du 25 janvier). Bref, les faibles ressources de la Grèce sont captées par les créanciers. Et c'est à cette logique qu'Alexis Tsipras veut mettre fin.

Une nouvelle proposition qui n'est pas une capitulation

Dès lors, la nouvelle proposition transmise ce mercredi 1er juillet n'est nullement une capitulation. L'acceptation partielle de la dernière proposition des créanciers prend en compte les « lignes rouges » défendues par le gouvernement et il demande de nouvelles concessions : maintien du rabais de 30 % de la TVA dans les îles, report de la suppression de la retraite complémentaire EKAS pour les plus fragiles à 2019. Les créanciers avaient déjà accepté leur folle proposition d'une TVA de 23 % contre 13 % dans les hôtels. Mais surtout, cet accord, comme auparavant, ne peut s'accompagner que d'un accord sur la dette. Sans accord sur la dette, pas de « solution globale ». Et alors, le référendum sera maintenu puisque le gouvernement ne peut remplir son mandat.

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Obtenir un engagement sur la dette

Or, que proposent sur la dette les créanciers ? D'y réfléchir à l'automne. Une position inacceptable pour deux raisons. D'abord, parce que la Grèce a été traumatisée par la fausse promesse de novembre 2012 où, pour imposer un sévère plan d'austérité, les créanciers avaient promis à Antonis Samaras de restructurer la dette une fois le pays revenu en excédent primaire. Or, le pays a dégagé deux années d'excédents et, malgré les demandes de l'ancien Premier ministre, les créanciers, en particulier le gouvernement fédéral allemand, ont refusé d'honorer leur promesse. On voit que le problème de confiance et de crédibilité n'est pas que d'un seul côté. Alexis Tsipras veut donc un plan complet et précis. D'autant que le temps presse. Il faut rembourser la BCE les 20 juillet et 20 août et cela ne sera possible qu'avec un transfert vers le MES de ces dettes. Pas question donc d'attendre l'automne. Et l'on comprend alors mieux pourquoi la Grèce en appelle à présent au MES.

Placer le peuple avant les créanciers

En réalité, la position grecque reste donc cohérente. L'appel au peuple vient trancher une incapacité du gouvernement à remplir son mandat. Mais tant que le peuple n'a rien décidé, le gouvernement a le devoir de chercher à le remplir. En face, les créanciers utilisent la situation économique pour faire pression sur le gouvernement et obtenir l'annulation du référendum. Le message d'Alexis Tsipras est donc qu'ils ne l'obtiendront pas sans céder sur la question de la dette. Le gouvernement grec est donc décidé à prendre tous les risques pour faire respecter la volonté populaire. La fonction de l'annonce du référendum et du « non » est d'arracher des concessions sur la question de la dette. Un comportement qui provoque la rage des créanciers, mais qui est une leçon : la Grèce place ouvertement au-dessus du respect des créanciers celui des engagements pris devant le peuple.

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