Quand la prière des « sans-dents » l’emporte sur les rodomontades des puissants
Mardi 28 avril 2015. Jour J, H–4. Mary Jane apprend que son exécution aura lieu la nuit suivante...

Je suis toujours étonné de constater comment les adversaires de la peine de mort, qui très souvent se confondent avec les partisans d’un monde sans frontières, peuvent, dans des situations tragiques, s’intéresser uniquement au sort de leurs compatriotes et totalement ignorer celui des ressortissants d’autres nationalités. Or, il se trouve que dans cette triste affaire d’exécutions en Indonésie, le cas le plus poignant, bien plus que celui de Serge Atlaoui, était celui de cette jeune Philippine qui, par un enchaînement d’événements proprement miraculeux, a été épargnée à la dernière minute du peloton d’exécution. Voici son histoire.

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Née dans une famille de paysans très pauvres à quelque 150 km de Manille, Mary Jane Veloso est la dernière d’une fratrie de cinq enfants. Contrainte de quitter l’école à quatorze ans pour aider financièrement sa famille, elle épouse trois ans plus tard Michael, qui l’abandonne peu après la naissance de leur deuxième enfant. Suite à quoi, et comme tant d’autres jeunes femmes de son pays, elle part travailler à l’étranger comme employée de maison. Sa première destination est Dubaï, mais elle n’y reste que quelques mois, manquant de peu d’être violée par son employeur.

En avril 2010, elle rentre aux Philippines et fait la connaissance de Maria Kristina Sergio, la fille de son parrain, qui lui propose de travailler chez un de ses amis en Malaisie, moyennant (tout de même) une « commission » qui lui en coûtera ses maigres économies, y compris sa motocyclette et son portable. Le 22 avril, les deux jeunes femmes, à peine arrivées à Kuala Lumpur, apprennent que l’offre d’emploi n’est plus disponible. Maria Kristina promet alors à Mary Jane une solution de remplacement et, trois jours plus tard, lui annonce qu’un nouvel emploi l’attend à Yogyakarta (Indonésie). Cette fois-ci, elle lui offre le billet d’avion et, en prime, une valise toute neuve. Le lendemain, Mary Jane débarque seule à l’aéroport de Yogyakarta, lorsque au passage de la douane le scanner à rayons X détecte un objet suspect. Les douaniers lui commandent de vider sa valise, puis déchirent le revêtement intérieur en toile et découvrent 2,7 kg d’héroïne soigneusement enveloppée dans du papier aluminium.

Mardi 28 avril 2015. Jour J, H–4. Mary Jane apprend que son exécution aura lieu la nuit suivante. Toutes les voies de recours juridique ont échoué. Les interventions multiples du président Benigno Aquino III et la mobilisation massive de l’opinion publique, tant aux Philippines qu’en Indonésie, ont été vaines. Sa famille a fait le voyage pour un dernier adieu, y compris ses deux enfants qu’elle reconnaît à peine.

« L’œil était dans la tombe et regardait Caïn » 1.

Mardi 28 avril. Jour J. H–2. Tandis qu’une foule immense prie aux abords de la prison, aux Philippines, Maria Kristina Sergio, qui jusqu’ici a toujours nié en bloc les assertions de la petite Mary Jane, ne parvient plus à trouver le sommeil. Cela fait des mois que sa vie est un tourment. Ses voisins l’évitent, la famille de Mary Jane menace. Cette fois-ci, à bout, elle se rend au poste de police voisin et y fait des aveux complets. La nouvelle remonte très vite au palais de Malacañan. Benigno Aquino III, sans la moindre hésitation, appelle son homologue indonésien sur son portable, il est 23 h 00. Moins d’une heure plus tard, Mary Jane, déjà en route vers le lieu d’exécution, est écartée du groupe et ramenée dans sa cellule.

Pour les Philippins, il n’y a pas de doute : Dieu a écouté leurs prières et s’est manifesté dans la conscience de Maria Kristina Sergio. Et vous, qu’en pensez-vous ?

Notes:

  1. « La conscience » in La Légende des siècles, Victor Hugo

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Les supporters de Mary Jane Veloso ont laissé exploser leur joie à l'annonce du sursis qu'elle a obtenu in extremis mardi.

En réalité, cette domestique arrêtée il y a cinq ans en Indonésie, n’est pas sauvée pour de bon. Elle a simplement obtenu un sursis parce qu’une femme soupçonnée d’avoir recruté la Philippine et de l’avoir piégée s'est présentée à la police mardi aux Philippines. «Le Jakarta Post» précise que Mary Jane Veloso devra ainsi témoigner dans l’affaire Maria Kristina Sergio. Selon la chaîne philippine GMA News, le président philippin Benigno Aquino aurait appelé son homologue indonésien, Joko Widodo pour plaider en faveur de cette option, faisant valoir qu’il était dans l’intérêt de leurs deux pays que Mary Jane devienne un témoin de choix dans la lutte contre les cartels.

L’avocat de la trentenaire, Me Agus Salim, a d’ores et déjà fait savoir qu’il tenterait de profiter de ce rebondissement pour entamer un troisième recours, et ainsi faire entendre l’innocence de sa cliente. «Nous voulons juste prouver qu’elle n’était qu’une simple travailleuse migrante qui a été victime du trafic de stupéfiants, qui en a fait une passeuse». Mary Jane est une «victime», a de la même manière souligné Herminio Coloma, porte-parole du président philippin Benigno Aquino.

La jeune femme a été arrêtée en avril 2010 à l'aéroport de Yogyakarta avec 2,6 kilogrammes d'héroïne dans sa valise. Elle affirme depuis le début qu’elle cherchait désespérément du travail à l’étranger pour subvenir aux besoins de sa famille, quand on lui a proposé un emploi de domestique en Malaisie. Une fois arrivée dans le pays, on lui aurait dit que c’était en fait en Indonésie… cachant dans le même temps la drogue dans ses affaires. Un traquenard très fréquent d’après les groupes de défense des droits des émigrés.

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Mary Jane Veloso conduite à une audience en mars dernier.