Messieurs, la Cour… de l’Élysée

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« Un compagnon historique » de François Hollande : c’est ainsi que se présentait, en toute simplicité, Faouzi Lamdaoui. Il est vrai qu’entré au PS dès 1992, à l’âge de trente ans, cet ingénieur logisticien (?) d’origine algérienne avait eu la bonne idée, à partir de 2002, d’attacher son modeste esquif au pédalo triomphant du premier secrétaire et qu’il avait modestement, fidèlement et discrètement accompagné celui-ci dans son irrésistible ascension jusqu’au sommet de l’État.

Les multiples services qu’il avait rendus au futur président de la République (qui en fit un temps son « chef de cabinet »), tels que d’aller chercher ses costumes et ses cravates au pressing, ses croissants à la boulangerie et ses billets de train à l’agence la plus proche méritent-ils de passer à la postérité ? Au moins lui avaient-ils valu, à défaut d’entrer au Parlement comme il l’avait tenté et au gouvernement comme il l’avait rêvé, un poste de conseiller spécial affecté à la « « diversité », sans plus de précision. Le chef de l’État nourrissait-il déjà des doutes sur la moralité de son factotum ou estimait-il l’avoir suffisamment récompensé en lui conférant un titre sans véritable contenu ? Toujours est-il que le fidèle homme à tout faire, relégué dans un petit bureau de l’avenue de Marigny, n’avait plus depuis longtemps accès ni au palais de l’Élysée ni à l’oreille de son patron et qu’il en avait conçu une certaine amertume.

Aussi bien n’est-ce pas pour des raisons politiques mais dans un dossier de droit commun d’une grande banalité qui n’aurait certainement pas eu les honneurs de la une des médias s’il ne s’agissait d’un « proche » de François Hollande, que M. Lamdaoui fait parler de lui depuis quarante-huit heures. Mis en examen le 3 décembre pour « faux », « usage de faux », « abus de bien social » et « blanchiment d’abus de bien social », le conseiller spécial a été immédiatement prié de quitter ses fonctions et son bureau, et répondra devant les tribunaux de détournements financiers de l’ordre d’une ou deux centaines de milliers d’euros. Dès qu’il a eu officiellement connaissance d’une inculpation qu’il avait apparemment vue venir, François Hollande a lâché son ancien monsieur de compagnie sans plus d’état d’âme qu’à l’ordinaire. On est exemplaire ou on ne l’est pas.

Dût-il en coûter à la vanité de M. Lamdaoui, il est permis de douter que l’histoire retienne son nom. Aussi bien n’avons-nous pas affaire à un gibier pour la potence mais à un petit malfrat justiciable de la correctionnelle. Mais c’est  François Hollande et l’image qu’il souhaitait donner de son quinquennat et de lui-même que cette nouvelle affaire va éclabousser d’un peu plus de boue.

Le rythme s’accélérerait-il ? C’est la semaine dernière que M. Kader Arif, secrétaire d’État aux Anciens combattants, avait été contraint de démissionner sous le coup d’accusations de népotisme et de favoritisme. Avant lui, les noms de Thomas Thévenoud, d’Aquilino Morelle et, bien sûr, de Jérôme Cahuzac avaient déjà défrayé la chronique. 

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Qu’en conclure ? D’abord, et très évidemment, que l’actuel président de la République manque de discernement, de flair ou de chance dans le recrutement de ses ministres et de ses conseillers. Ensuite, que le milieu politique semble un terreau singulièrement propice à l’éclosion et au développement de comportements délinquants et d’enrichissements sans cause (avouable). Sous ce rapport, la droite de MM. Pasqua, Woerth, Guéant, Santini, Balkany, Carignon, Mancel n’a d’ailleurs rien à envier à la gauche de MM. Guérini, Bernardini, Kucheida, Dallongeville, Navarro et du modeste et entreprenant Faouzi Lamdaoui. Que la crise et l’incapacité de nos gouvernements successifs à y faire face n’inclinent pas l’opinion publique à l’indulgence pour les écarts en tous genres de nos élus. Et que la cour gravillonnée (je n’ai pas dit graveleuse) de l’Élysée, enfin, ressemble un peu trop à celle du roi Pétaud.

dominiquejamet