La jeune Pakistanaise Malala Yousafzai, bête noire des talibans qui ont attenté à sa vie à cause de son engagement pour l'éducation des filles, a reçu aujourd'hui le prix Nobel de la Paix.

 

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La Pakistanaise Malala Yousafzaï a reçu vendredi 10 octobre le prix Nobel de la paix pour son combat en faveur de l'éducation des filles au Pakistan AFP                  
                                                        
                                                                        
Comme un symbole, l'adolescente était à l'école, vendredi matin à Birmingham, dans le centre de l'Angleterre, lorsqu'on lui a attribué le prix Nobel de la paix. Encore enfant, la Pakistanaise milite pour le droit à l'éducation des femmes, à travers son blog.                                                                                                                   

Miraculée d'une tentative de meurtre par les Talibans, Malala Yousafzay est soudain propulsée symbole mondial de la lutte contre l'extrémisme. A 17 ans, l'incroyable adolescente vient d'être récompensée pour son combat pacifique. 

Sa vie bascule pour le pire, puis le meilleur

Le 9 octobre 2012, des islamistes font irruption dans son bus scolaire à la sortie des classes à Mingora, dans sa vallée de Swat (nord-ouest du Pakistan), et l'un d'eux demande: «Qui est Malala ?». Puis il lui tire une balle dans la tête.

Le projectile ricoche sur le coin gauche du crâne et ressort par la nuque. Entre la vie et la mort, l'adolescente est évacuée dans un hôpital de Birmingham, en Grande-Bretagne, où elle reprend conscience six jours plus tard. La légende Malala est née.

Malala, 16 ans, miraculée après une tentative de meurtre des Talibans




«J'étais terrifiée. La seule chose que je savais c'est qu'Allah m'avait bénie en m'accordant une nouvelle vie», raconte la fillette, dans son autobiographie «Moi, Malala», un best-seller international en partie boudé dans son Pakistan natal.

La jeune fille a reçu le prix Nobel de la paix, conjointement avec l'Indien Kailash Satyarthi, qui milite contre l'exploitation des enfants.

Malala à l'ONU




Depuis son départ du Pakistan, elle a participé à plusieurs conférences internationales où elle plaide pour la paix et l'éducation des enfants, demandant aux dirigeants mondiaux «d'envoyer des livres, pas des armes!» dans les pays pauvres. Elle interpelle aussi le président nigérian Goodluck Jonathan pour qu'il rencontre les parents des lycéennes enlevées par le groupe islamiste armé Boko Haram.

Lauréate l'an dernier du prix Sakharov de l'Union européenne pour les droits de l'homme, elle figurait déjà l'an dernier sur la liste des favoris du Nobel de la paix, finalement remporté par l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques chargée de superviser l'arsenal syrien.

Amoureuse des livres

Long voile traditionnel tombant sur ses cheveux bruns, joues rondes et teint hâlé, regard franc et lumineux, voix flûtée, Malala commence son combat en 2007, lorsque les talibans imposent leur loi dans sa vallée de Swat, jusque-là paisible région touristique qui lui valait le surnom de «Suisse du Pakistan».

Du haut de ses 11 ans, Malala, fille d'un directeur d'école qui exerce sur elle une énorme influence et d'une mère illettrée, alimente un blog sur le site de la BBC en ourdou, la langue nationale. Sous le pseudonyme de Gul Makai, elle y décrit le climat de peur régnant dans sa vallée.

Le nom de cette gamine pleine de sang-froid, amoureuse des livres et du savoir, commence à circuler à Swat, puis dans le reste du pays lorsqu'elle remporte un prix pakistanais pour la paix.

Les talibans, délogés de sa vallée par l'armée en 2009, décident alors d'éliminer celle qu'ils accusent de véhiculer «la propagande occidentale». L'attaque contre l'écolière aura l'effet inverse : elle choque au Pakistan, et encore plus à l'étranger, notamment en Occident où elle devient une star.

Portrait exposé à la National Gallery de Londres, autobiographie au lancement planétaire, tee-shirts à vendre en ligne, conférences internationales, rencontres avec des chefs d'Etat: deux ans après l'attaque, Malala est désormais connue du monde entier.

L'héritière de Gandhi

Mais son hyper-médiatisation ne plaît pas à tout le monde dans sa vallée déchirée par les violences et les soubresauts de l'Afghanistan voisin. Les cercles islamistes voient en elle un «agent des Etats-Unis» ou «de l'Occident», créé pour corrompre la jeunesse et propager une culture anti-islamique.

L'adolescente, dont le coin de la bouche demeure paralysé, répond à ses détracteurs en affirmant, comme à l'été 2013 au siège de l'ONU à New York, que «la plume est plus forte que l'épée» et qu'elle ne ressent «aucune haine envers le taliban» qui l'a attaquée.

Elle dit rêver de devenir un jour femme politique au Pakistan. Pour son discours à l'ONU, elle portait un châle ayant appartenu à Benazir Bhutto, la seule femme à avoir été Premier ministre du "pays des purs", assassinée fin 2007 peu de temps après son retour d'exil.

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Le documentaire du New York Times sur son histoire


 

Le prix Nobel a également été attribué ce matin à l'Indien Kailash Satyarth, un hindou, militant indien contre le travail des enfants.

 

Inconnu du grand public en Occident, l'Indien Kailash Satyarthi, qui a reçu le prix Nobel de la paix, vendredi 10 octobre, avec l'adolescente pakistanaise Malala Yousafzai, est une figure discrète du combat pour les droits des enfants. C'est donc, logiquement, aux « millions d'enfants qui souffrent » que l'ingénieur électricien de formation de 60 ans a adressé ses premiers mots en apprenant que son engagement était récompensé.

« L'honneur va à l'ensemble des citoyens de l'Inde. Je vais poursuivre mon travail pour le bien des enfants », a ajouté cet admirateur de Gandhi. Né à Vidisha (Madhya Pradesh), une ville du centre de l'Inde, à une cinquantaine de kilomètres de Bhopal, Kailash Satyarthi a fondé en 1980 le Bachpan Bachao Andolan (« Mouvement pour sauver l'enfance »), qui a sauvé de la traite et de l'exploitation quelque quatre-vingt mille enfants au cours des trente dernières années.

 

ACTIONS CONTRE LE TRAVAIL DES ENFANTS

Il raconte que le déclic a eu lieu chez lui dès l'âge de 6 ans, lorsqu'il a vu un garçon de son âge sur les marches de son école en train de brosser des chaussures avec son père. Devenu avocat des droits des enfants, il a commencé son combat en organisant des raids contre des usines et des ateliers afin delibérer des familles entières contraintes de travailler pour rembourser un prêt qu'elles avaient contracté.

M. Satyarthi préside également la Global March Against Child Labor (« Marche mondiale contre le travail des enfants »), un mouvement créé dans les années 1990, aujourd'hui constitué de près de deux mille associations et syndicats dans cent quarante pays. En 2007, il avait ainsi organisé une marche de plusieurs milliers de kilomètres contre le trafic d'enfants le long de la frontière de l'Inde avec ses voisins d'Asie du Sud.

Kailash Satyarthi est aussi connu pour avoir mené une campagne auprès des consommateurs occidentaux pour les sensibiliser aux conséquences néfastes de l'achat de tapis et d'autres marchandises fabriqués par des enfants.

 

PLUSIEURS DISTINCTIONS INTERNATIONALES 

Kailash Satyarthi ne sort de sa réserve que pour promouvoir la cause de l'enfance. Dans un entretien accordé le mois dernier au Times of India, il se définissait comme un « ami des enfants ». « Nous devrions nous inspirerdavantage des enfants. L'une des choses qu'ils m'ont apprise est la transparence », confiait-il, lui-même père de deux enfants.

Son compte Twitter, suivi par environ huit mille sept cents personnes, donne un aperçu de ses engagements : pour le retour des lycéennes nigérianes enlevées par Boko Haram, pour l'accès à l'éducation, contre le mariage des enfants... 

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