C’est vrai nos partis politiques sont admirables : non seulement en effet ils s’occupent de l’insertion professionnelle de personnes souffrant de troubles psychiques inquiétants voire de cette maladie orpheline et très peu documentée qu’est l’administrophobie (quitte à les accueillir dans un gouvernement, le machin qui est le chef de l’administration) mais en plus ils se préoccupent de la réinsertion des délinquants : Alain Juppé, Harlem Désir et j’en passe. C’est beau, c’est grand, c’est unique !

M. Thévenoud est un mensonge qui dit la vérité.

La meute des commentateurs politiques n’est guère reconnaissante. Elle s’acharne sur ce pauvre Thévenoud alors qu’elle devrait au contraire le remercier de lui fournir l’occasion d’une prose facile sur la morale politique et le jeu des partis. Sincèrement, je lui trouve du mérite, à « ce pelé, ce galeux d’où venait tout le mal ».

M. Thévenoud est un mensonge qui dit la vérité. Son mensonge est « hénaurme », et en cela presque comique, et quasi sympathique dans un mélange assez rare de candeur et d’impudence.

La vie politique est un maelström, pour qui s’y adonne entièrement. Pris par le temps, enivré par ses succès, il a remis au lendemain, puis au surlendemain. Il n’y a pas eu la volonté de dissimuler, mais seulement le sentiment que ce n’était pas grave et qu’un député membre de la majorité pourrait toujours arranger les choses. Le plus grave n’est pas l’oubli, c’est le mensonge, comme s’il y avait un dédoublement de personnalité entre le personnage public (tel qu’il veut paraître aux yeux du peuple) et la personne privée (refoulée aux portes de la conscience).

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Mais ce mensonge dans l’enceinte qu’on espérait sacrée du débat républicain a le poids de la révélation. En mentant, Thévenoud dévoile une vérité dont les Français se doutaient bien un peu. Dans notre pays, la démocratie est un simulacre. Puisque le peuple n’a pas le pouvoir, il faut lui en donner l’illusion, et au moins lui fournir un spectacle de qualité. Soyons honnête, l’accueil enthousiaste, à Frangy-en-Bresse, de Thévenoud par Montebourg, dont le talent comique de gaffeur emphatique doit être salué, restera un grand moment du show politique : « Le meilleur ! Le porte-parole du groupe socialiste à l’Assemblée ! Et il est de Saône-et-Loire ! » Ministre quelques jours plus tard, et rejeté avec dégoût par un PS horrifié, l’étoile montante n’aura scintillé que neuf jours.

Maintenant, il faut bien vivre. M. Thévenoud, qui n’avoue qu’un péché véniel, entend demeurer député. Le chômage, non merci ! Il ne sait sans doute pas faire autre chose. Il ne doit pas espérer être recruté par un employeur peu empressé d’embaucher pareil distrait, mais il accepte fort bien de continuer à fréquenter plus ou moins une Assemblée qui risque de lui manifester peu d’estime et à prétendre représenter des électeurs qui seront enclins à lui manifester de la réprobation. Au nom de qui parlera-t-il ? Auprès de quel ministre pourra-t-il intervenir ? Que pourra-t-il dire ? La dignité, l’honnêteté, le respect de soi et des autres lui commandent évidemment de démissionner… Sauf que le PS n’y a pas intérêt, car il peut y perdre sa majorité absolue : la vertu a ses limites.

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M. Thévenoud n’est pas un accident. C’est au contraire un personnage exemplaire, un modèle des politiciens d’aujourd’hui qui font carrière au PS comme à l’UMP et peut-être ailleurs. Ils s’appellent Thévenoud ou Lavrilleux, prospèrent en bons prédateurs de nos institutions. Ils n’ont pas de vrai métier, aucune autre compétence que le grenouillage au sein des partis et des cabinets, pour seul savoir-faire une bonne technique de la communication, et le plus souvent un bon réseau d’amis au sein de divers groupes de pression. Ils sont jeunes. Leur sourire est convaincant. Ils suscitent l’espoir d’un renouveau. Mais ils sont au contraire la mort de la République tant chez eux le culte narcissique de leur petite personne et le soin donné à leur avenir l’emporte sur le souci du bien commun et le sens de l’État. Dans le fond, le grand mérite de Thévenoud est de donner l’envie d’un grand coup de balai. On aurait tort de s’en priver !

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