Lavage de cerveau

Le foot au fond des yeux ...

Le lapsus footballistique

La grande foire à couillons, le Barnum du délire universel n'a pas encore débuté que déjà les jeunes cerveaux à fort potentiel de disponibilité font le plein de banalités et de truismes pour évoquer le seul sujet qui bientôt meublera toutes les conversations. L'Europe peut basculer dans le fascisme, la crise continuer à détruire des êtres humains, des guerres de par le monde tuer leur quota de victimes civiles, la chose la plus importante sur cette planète se déroulera de l'autre côté de l'Atlantique.

Avec quinze jours d'avance, j'ai eu l'occasion, lors d'une sortie scolaire, d'écouter, sidéré, les conversations de jeunes gens, futurs adeptes du café du commerce. Je dois à la vérité d'avouer qu'en dépit des injonctions de notre ministère à ne pas déterminer les comportements en fonction du genre, il n'y avait que des garçons pour tenir de tels propos. Ces gamins, entre 13 et 14 ans étaient totalement obnubilés par l'évènement le plus considérable depuis que l'homme a foulé la surface de la Lune : le mondial de football !

"Moins de ballon, plus d'école", peut-on lire sur un maillot de l'équipe brésilienne tenu par un manifestant, le 20 juin 2013, à Recife (Brésil). 

"Moins de ballon, plus d'école", peut-on lire sur un maillot de l'équipe brésilienne tenu par un manifestant, le 20 juin 2013, à Recife (Brésil).  (RICARDO MORAES / REUTERS)

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Ils savaient tout ; ils pouvaient faire la liste des équipes qualifiées, de leurs grands joueurs, des clubs où ils évoluent. Ils avaient un avis sur chacun, un pronostic à défendre, des anecdotes à déballer pour impressionner leurs camarades. J'écoutais et je me demandais s'ils disposaient d'autant de neurones disponibles pour les savoirs scolaires.

Nos experts en ballon rond avaient déjà les comportements de leurs aînés. Discourir de football suppose du sérieux et de la détermination. Ils étaient tristes comme des notaires, concentrés comme des banquiers, importants comme des politiciens. Ces gamins, durant cet interminable débat, en avaient oublié les blagues et leur portable, la musique et les copines. Ils étaient parfaitement concentrés sur ce sujet d'une immense importance.

Pas un sourire, pas un mot de travers. Voilà un sujet qui ne supporte pas les plaisanteries. Ils sont façonnés par cette machine à laver les cerveaux qui fourbit ses premières armes. Ceux-là sont touchés avant les autres. À voir leurs mines tristes et leur rigidité posturale, voilà bien un thème qui ne suppose ni fantaisie ni approximation. Le propos doit être étayé, solide, affirmatif,rigoureux.

Ils me font peine, on dirait des adultes qui ont oublié d'être des enfants. Ainsi c'est donc ça le but de cette grande foire qui s'annonce ! Il faut détourner les humains de ce qui fait la beauté de la vie. L'amour, la poésie, la nature, l'art ou bien tout ce qui peut grandir les gens, leur ouvre l'esprit et leur donne à réfléchir.

Là, aucune réflexion. Toutes les banalités ressassées par les journalistes sportifs sont répétées par ces jeunes cerveaux au bord de la vacuité. Ils en savent si long et pourtant si mal. Les pays défilent, ils en ignorent la géographie exacte ; ils ne peuvent pas toujours en situer les continents. Le football a pourtant une cartographie assez proche de la répartition des richesses sur la planète. Cela aussi doit leur échapper quand ils évoquent, tels des contrôleurs du fisc, les salaires mirobolants de ces Dieux qu'ils vénèrent.

J'en étais à un point d'exaspération que vous ne pouvez pas imaginer quand soudain l'un des ces Bouvard et Pécuchet du tramway a commis une approximation magnifique. Pour changer un peu de sujet, pour meubler cette longue attente avant le début d'une compétition qui va les scotcher devant la télévision, ils se sont mis en jambes en regardant la finale de la coupe d'Europe. J'apprenais alors que le Réal ( club dont il n'avait sans doute pas besoin de préciser la ville d'origine) avait vaincu l'Atlantico du Brésil …

Ainsi donc, un lapsus se glissait enfin dans cette conversation jusque-là sans failles ni erreurs. Qu'un de ces exégètes du ballon rond puisse commettre une telle méprise tend à accréditer l'existence de l'inconscient, y compris chez les adorateurs de l'opium du peuple. Tous les espoirs ne sont pas perdus : il est encore possible d'espérer des jours meilleurs. Mais pas avant la fin de cette maudite compétition.

Il va falloir faire avec. Le rouleau compresseur médiatique va éclipser tout autre sujet. La planète entière doit vivre au rythme des rebonds et des buts, des coups-francs et des pénaltys, des erreurs d'arbitrage et des cartons rouges. Que je m'amuse à tacler ici ces pauvres gamins qui ne sont que le reflet de cette vague démente prête à submerger bientôt le Monde entier n'est pas très sport. Je veux bien le reconnaître.

Échauffement leur.

par C’est Nabum (son site)

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Les fantômes de la coupe du monde

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Au Brésil, qui veut pourrir la Coupe du monde rêvée de Michel Platini ?

Classes moyennes, sans-abris, opposants ou anarchistes, ils entendent perturber la tenue de cet évènement planétaire. 

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Ses revendications multiples ont été résumées en une image. La fresque murale, signée du street artist brésilien Paulo Ito, est devenue le symbole de la contestation : un enfant attablé pleure. Devant lui, une assiette dans laquelle est posé un ballon de foot. 

La fresque du "street artist" Paulo Ito, dans une rue de Sao Paulo, au Brésil, le 22 mai 2014. 

La fresque du "street artist" Paulo Ito, dans une rue de Sao Paulo, au Brésil, le 22 mai 2014.  (NACHO DOCE / REUTERS)

Même Batman

Dans la vie de tous les jours, Eron Morais de Melo, 32 ans, est prothésiste dentaire. Mais depuis que le Brésil vit au rythme des manifestations, il a enfilé la tenue du justicier de Gotham City : Batman. "Il y a d'autres priorités [que le football]", explique-t-il au JDD. "On est dans une dictature travestie en démocratie. La vraie Seleção [l'équipe nationale], c'est celle qui est dans la rue, pas celle qui se bat pour une coupe en or." Hostile au gouvernement, il est apparu à l'été 2013. 

Des enfants de la favela de Metrô-Mangueira, à Rio de Janeiro (Brésil), posent avec Eron Morais de Melo, un militant déguisé en Batman, qui proteste contre la destruction de maisons dans le cadre des travaux de la Coupe du monde de football, le 9 janvier 2014. 

Des enfants de la favela de Metrô-Mangueira, à Rio de Janeiro (Brésil), posent avec Eron Morais de Melo, un militant déguisé en Batman, qui proteste contre la destruction de maisons dans le cadre des travaux de la Coupe du monde de football, le 9 janvier 2014.  (YASUYOSHI CHIBA / AFP)

Mais aussi les plus modestes

"Je ne veux pas d'une Coupe du monde au Brésil, je veux un toit." C'est l'un des slogans du Mouvement des travailleurs sans toit (MTST). Rien qu'à Sao Paulo, où il a encore manifesté vendredi, il représente 4 000 familles vivant dans un vaste campement de tentes rebaptisé "Coupe du peuple". Toutes disent avoir été contraintes de quitter leur quartier en raison de la hausse des loyers provoquée par la construction du nouveau stade de la ville. 

Une famille pose dans le camp du Mouvement des travailleurs sans toit (MTST), à Sao Paulo (Brésil), le 15 mai 2014.

Une famille pose dans le camp du Mouvement des travailleurs sans toit (MTST), à Sao Paulo (Brésil), le 15 mai 2014. (NACHO DOCE / REUTERS )

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