Les élections européennes sont en réalité le seul moment où il est possible de soulever la chape de plomb sur le débat interdit.

La pensée unique : la religion des fossiles de l'européisme (version longue de la "réponse à Franz-Olivier Giesbert" publiée sur le site du point.fr)

 

Dans un éditorial au vitriol paru dans Le Point, « le souverainisme : la religion des imbéciles », Franz-Olivier Giesbert a livré une attaque en règle contre tous ceux, de plus en plus nombreux, qui ne se reconnaissent plus dans une Union européenne qui a défiguré l'espérance européenne.

Tout y passe : l'accusation malhonnête de « ringardise », l'amalgame le plus odieux avec les créationnistes et les mouvements sectaires, une idolâtrie de l'Allemagne digne de Vichy, les mensonges en pagaille sur « l'Espagne qui va mieux », les sophismes sur « l'euro certes un peu trop fort mais qui nous a sauvés de la crise », quand il ne s'agit pas purement et simplement d'insultes contre une bande d'attardés aux « hémisphères cérébraux ne recevant pas les informations qui contredisent leurs opinions », ne « quittant jamais le formol, tels qu'en eux-mêmes l'éternité les fige. »

On se croirait plus de 20 ans en arrière, à l'époque où Philippe Séguin, accablé de la boue que déversaient sur lui les porte-flingue de la pensée unique, ferraillait courageusement contre le terrorisme moral de la petite oligarchie. Une petite oligarchie qui se frottait les mains à la perspective du monde nouveau, le sien, dans lequel le suffrage universel ne pèserait plus rien face aux sachants et aux multinationales, où les inégalités se creuseraient sans limite au bénéfice d'une toute petite minorité désormais décomplexée, où les élites n'auraient plus, enfin, à défendre l'intérêt national face aux puissants du monde auxquels elles pourraient se soumettre dans l'enthousiasme général...

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Mais Franz-Olivier Giesbert, comme à son habitude, se trompe d'époque. Nous sommes aujourd'hui en 2014, plus en 1992. Et le bilan de son Union européenne, incontestable et catastrophique, s'étale sous les yeux des « citoyens ordinaires » qui, eux, et contrairement à lui, n'ont pas d'autre choix que de relier parfaitement leurs deux hémisphères cérébraux pour en prendre toute la mesure.

Et dire que notre mauvais plaisant parle de « formol », sans doute parce qu'il y vit lui-même depuis longtemps...

Il serait inutile de démonter par le menu le tissu d'inepties tendancieuses qu'il déverse à longueur de paragraphe. Relevons simplement que si l'Espagne paraît mieux se porter, les Espagnols sont quant à eux au bord du cercueil (mais les gens, visiblement, ça ne compte pas). Ou encore que le merveilleux modèle d'outre-Rhin, pour qu'il sauve la France, devrait pouvoir d'un fabuleux coup de baguette magique transformer les Français en Allemands : vieille et funeste idée des élites vaincues et compromises. Qu'enfin l'euro a été en partie la cause de la crise de surendettement qui frappe aujourd'hui encore (malgré les apparences) notre continent, au terme d'un terrible effet de ciseaux - dénoncé par plusieurs Prix Nobel d'économie – qui d'un côté détruit la croissance et, de l'autre, permet d'en compenser le déficit de richesse ainsi généré par un endettement facile. Le tout, en léguant aux contribuables la note de 1000 milliards d'euro donnés aux banquiers pour les récompenser de leurs fautes, que la Banque centrale européenne s'est, bien entendu, refusée à éponger...

Non Monsieur Giesbert, « l'Europe », votre Europe, n'est pas la solution mais bel et bien une grande partie du problème. Et si vous êtes tant capable de « recevoir les informations qui contredisent vos opinions », considérez aussi les sondages qui invalident la fable de la popularité étale de l'Union européenne : par exemple celle réalisée par Ifop en mars (à la suite de beaucoup d'autres), pour qui « 52 % des sondés considèrent que l'UE est une mauvaise chose ».

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Les élections européennes sont en réalité le seul moment où il est possible de soulever la chape de plomb sur le débat interdit, celui de l'Union européenne. Les Français doutent de la voie à suivre et surtout ils ont peur parce que le rouleau compresseur de la bien-pensance européiste s'emploie 365 jours par an à leur faire peur : peur de sortir de l'euro, peur de secouer le cocotier, peur d'être mis à l'index par les gouvernements des pays voisins...

Qu'est-ce que le souverainisme, qui s'oppose au fiasco de l'intégration fédéraliste européenne ? C'est tout simplement la démocratie, la liberté du peuple érigée en principe fondamental de notre vie collective. C'est la possibilité pour les citoyens, à égalité de pouvoir par leur vote, de décider de l'avenir commun, d'expérimenter des solutions nouvelles et d'en changer si les résultats ne sont pas au rendez-vous, de demander des comptes à leurs dirigeants et de les sanctionner dans les urnes lorsqu'ils ne tiennent pas leurs promesses. C'est, en somme, exactement le contraire de ce à quoi l'Union européenne nous a habitués depuis une vingtaine d'années, avec ses traités aux politiques néolibérales verrouillées, sa capacité à bafouer le référendum, son dogmatisme indéboulonnable même (et surtout) lorsque ses politiques échouent lamentablement, ses oligarques inamovibles, son pluralisme digne de celui des soviets, bref sa faculté infinie à toujours défendre les intérêts de quelques-uns au détriment de l'intérêt de tous, en confisquant le débat.

Mais le souverainisme, qui est adossé à la Nation, seul espace de démocratie empiriquement avéré depuis la Révolution française, ce n'est pas seulement cela : c'est aussi, par la défense souple, intelligente et réactive de l'intérêt national, la seule voie efficace pour permettre à nos pays de tirer le mieux possible leur épingle du jeu de la mondialisation sauvage, de cette guerre économique généralisée qui a pris le relais de la Guerre froide. Oui, tous les pays du monde parmi ceux qui s'en sortent le mieux, à l'exception de ceux de l'UE, sont « souverainistes », animés par la défense de leurs intérêts nationaux bien compris et parfaitement assumés. Du plus grand au plus petit, les vainqueurs de la mondialisation sont ceux-là. Et jusqu'en Europe, où plusieurs nations, comme le Danemark, la Suède ou la Grande-Bretagne, ont refusé le choix de l'intégration monétaire ou frontalière...

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Mais, une fois cela posé, il faut aussitôt dissiper les fantasmes que sèment les détracteurs de la souveraineté nationale : non, bien sûr, les nations souveraines ne sont pas condamnées à se claquemurer dans des frontières hermétiques au monde, à devenir la Corée du Nord ou l'Albanie communiste d'antan. Contrairement à ce que véhiculent ces images effrayantes, les nations libres et développées ont vocation à nouer entre elles des coopérations volontaristes et fécondes, à unir leurs efforts ponctuellement, tout en restant elles-mêmes, pour mieux faire à plusieurs ce qu'elles peineraient à faire seules. C'est ce qu'elles faisaient d'ailleurs avant Maastricht, par exemple avec Airbus, qui est la démonstration emblématique de ce à quoi peut parvenir l'Europe des nations souveraines que, pour ma part, je préconise. Une réussite industrielle purement souverainiste, dans laquelle l'Union européenne et son fédéralisme mortifère ne sont strictement pour rien. Ce sont ces projets qu'il faut bâtir au sein de la Communauté des Etats européens que je prône, dans les multiples secteurs (robotique, numérique, lutte contre le cancer, exploration spatiale et marine,...) qui détermineront l'avenir de nos nations.

Fédéralisme condamné par les faits, ou promesse d'un avenir enfin meilleur grâce au souverainisme en Europe : tel est le débat que les élections du 25 mai devraient susciter. Et si ce n'est pas pour cette fois, alors que tous les Franz-Olivier Giesbert se rassurent : ce sera en 2019 ou 2024, tant l'impasse où leur système nous maintient le conduira fatalement à sa propre perte. « La folie, c’est se comporter de la même manière et s’attendre à un résultat différent. » (Albert Einstein)

blog.nicolasdupontaignan

Voir aussi : L'europe de l'esclavage

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Peuples de toute l’Europe, unissons-nous pour mettre fin à l’Union européenne et la remplacer par une union respectueuse de nos souverainetés populaires et soucieuse de nos solidarités entre nous et avec les autres peuples du monde !
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