Festival d'Avignon et FN : Olivier Py ferait mieux de se taire. Cette prise de position ridicule tente à faire croire qu'il est propriétaire de son festival, et bien non, les arts et la culture sont à tous.  

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Le directeur du Festival d'Avignon a menacé de quitter la ville si le FN était élu. Peut-on imaginer une déclaration plus inepte et dangereuse  ?

"Je ne vois pas comment le festival pourrait vivre à Avignon avec une mairie Front national, ça me semble inimaginable", a déclaré lundi, au lendemain du premier tour des élections municipales, Olivier Py, directeur du Festival d'Avignon. "L'édition 2014 aurait lieu parce que tout est déjà engagé, mais, pour la suite, si le Front national l'emportait, je prendrais mes responsabilités", a-t-il ajouté. Peut-on imaginer une prise de position plus stupide, plus irresponsable et plus contreproductive que celle-ci ?

Ainsi, sous prétexte qu'un petit tiers des Avignonnais pourrait voter pour un candidat du Front national (il devrait y avoir une quadrangulaire au second tour), l'ensemble des habitants de la ville serait privé du festival installé ici depuis 1947. Quelle belle preuve de tolérance et d'ouverture d'esprit que de couper la culture - comme on coupe le gaz ou l'électricité - à des gens qui ne pensent pas comme vous ! Ce serait ainsi le meilleur moyen d'assurer une élection triomphale au nouvel édile. Bars et restaurants de la ville réalisent en juillet 50 % de leur chiffre d'affaires annuel. Les priver de ces trois semaines de festival, c'est les précipiter dans la paupérisation et inciter les hésitants à voter, justement, pour le FN, devenu premier parti politique dans les couches populaires.

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Le raisonnement inverse serait le bon

Olivier Py a-t-il conscience que l'on vient au moins autant au Festival d'Avignon pour l'exceptionnelle beauté des lieux et pour la richesse patrimoniale de la ville que pour la programmation, régulièrement critiquée ? Quelle ville peut offrir tant de lieux de représentation, allant de la cour d'honneur du Palais des papes aux dizaines de salles qui, à l'année, accueillent troupes et comédiens : le théâtre des Carmes, le théâtre du Chêne noir, le théâtre des Halles, le théâtre du Balcon, le théâtre du Chien qui fume, Fraction, le Théâtrographe, la Fabrikthéâtre... Nulle part ailleurs il ne trouvera un tel microclimat, de telles infrastructures, un tel patrimoine ! Souhaitons-lui bonne chance s'il veut déménager le festival (qui n'est pas le sien) à Arles, Nîmes, Aix-en-Provence ou Beaucaire !

On pourrait suggérer à M. Py le raisonnement inverse : c'est justement là où le FN sévit que la culture devrait être considérée comme prioritaire. S'il estime que ces électeurs sont des incultes dépourvus de sens politique, alors ce sont justement les oeuvres qui peuvent les amener, pédagogiquement, à réaliser que le repli sur soi n'est pas une solution. La littérature est une plaidoirie superbe pour la tolérance et le respect de la différence. S'il voulait s'affranchir des réflexes pavloviens du prêt-à-penser parisien, Olivier Py devrait faire la déclaration inverse : "Le FN risque de passer à Avignon, ma mission d'homme de théâtre, de propagateur de la culture, d'aiguillon des différences, est plus que jamais indispensable à cet endroit, auprès de ces gens."

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L'exemple des Chorégies d'Orange

Lorsque Jacques Bompard fut élu a Orange en 1995, la direction des Chorégies montra ses muscles. Un an plus tard, les loups étaient devenus des agneaux. Les murs de l'amphithéâtre antique sont irremplaçables ! Ils avaient entendu bien des bêtises, celle-ci ne les ébranlera pas plus. Presque vingt ans plus tard, les Chorégies d'Orange continuent d'attirer mélomanes, hommes d'affaires et le Tout-Paris. La ville et l'association qui organise ce festival cohabitent en bonne intelligence.

Olivier Py a beau faire tourner son sabre de bois, il fait plus pitié que peur. Pire, il portera une grande responsabilité si dimanche prochain Philippe Lottiaux est élu maire d'Avignon. Sa sortie irréfléchie est le symbole de ce que les électeurs ne veulent plus : une prise de position intempestive de la France d'en haut nantie et aveugle devant l'exaspération du peuple. Quand on réside un mois par an dans une ville, que l'on s'y déplace en voiture avec chauffeur, que l'on a table ouverte dans les hôtels et les restaurants du département, on n'a guère de crédibilité pour faire une sortie aussi dogmatique et bêtement politisée. Quand le monde de la culture est plus intolérant que ceux qu'il combat, il sort de son rôle et s'entête sur la voie du discrédit.

Par  lepoint