«Transparence financière de la vie politique», réclamait Jean-Marc Ayrault. La ministre vient d'empocher 430 000 € en Belgique.  

WITT/SIPA  
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Yamina Benguigui cacherait-elle des choses ? A Marianne, ce ne serait pas un drame. A la République, ce serait plus ennuyeux. Il y a moins d'un an, comme tous les membres du gouvernement, la ministre déléguée auprès du ministre des Affaires étrangères, chargée de la Francophonie, a rempli une déclaration de patrimoine  rendue publique pour la première fois dans l'histoire de nos institutions.  Mises en ligne le 15 avril 2013, ces déclarations étaient censées donner corps à l'exemplarité revendiquée par l'équipe de Jean-Marc Ayrault en matière de «transparence financière de la vie politique», après l'affaire Cahuzac. Le préambule méthodologique est parfaitement explicite : «La déclaration prend en compte tous les éléments composant le patrimoine, quelles que soient leur nature, leur importance ou leur situation géographique. L'ensemble des biens doit être déclaré, y compris ceux détenus à l'étranger et ceux n'entrant pas dans l'assiette de l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF).

Un "néant" qui rapporte gros

Dans la case n° 10 de sa déclaration, celle qui concerne les «biens mobiliers, immobiliers et comptes détenus à l'étranger» et leur valeur, Yamina Benguigui a inscrit «Néant». Or, le 29 janvier 2014, la ministre-réalisatrice-écrivain, qui mène actuellement campagne pour les municipales dans le Xe arrondissement de Paris sur la liste du socialiste Rémi Féraud, a vendu les parts qu'elle détenait dans une société anonyme de droit belge, G2. En l'occurrence, 20 % du capital. Le rachat par ladite société «des 12 actions émises près de Mme Yamina Benguigui» d'une valeur nominale de 1 000 € a été décidé «au prix de 35 833,33 € par action», indique le document enregistré au greffe de Bruxelles  le 13 février dernier. Soit, au final, un joli chèque de 430 000 €. On est loin du «néant».

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 Voilà quelques mois, dans un grand dossier sur l'évasion fiscale (Marianne n° 841), nous avions décortiqué les liens entre G2, une coquille créée en 2000 par le producteur Philippe Dupuis-Mendel, et Yamina Benguigi, deux amis de longue date. Cette structure belge contrôle une autre société, française celle-ci, Bandits Production, qui a financé l'essentiel des œuvres de cette cinéaste engagée, dont Mémoires d'immigrés, le documentaire en trois parties qui l'a fait connaître. Dès octobre 2005, Yamina Benguigui, ex-adjointe de Bertrand Delanoë aux droits de l'homme et à la lutte contre les discriminations, a siégé sans discontinuer au conseil d'administration de G2. Elle n'a démissionné de ce mandat qu'en août 2012, deux mois après son entrée au gouvernement. «Je ne détiens aucune part dans cette société», nous avait-elle répondu par mail lors de notre enquête, en mai 2013. Une information alors impossible à vérifier, l'entreprise belge ne détaillant pas la structure de son actionnariat dans ses comptes annuels. Mais en rachetant récemment ses actions à Yamina Benguigui, G2 a dû se plier à l'obligation légale de publicité qui entoure ce type d'acte. Et dévoiler incidemment le pot aux roses ? Contactée par Marianne, la ministre n'avait pas retourné nos appels à l'heure où nous bouclions ces lignes. 
    
Le 27 février sur le plateau de Canal +, elle avait lancé en riant au sujet de l'affaire Copé : «Ça fait du bien à notre gouvernement !» Nul doute que les révélations de Marianne sur cette histoire belge la mettront tout autant en joie.

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ll y a dans la politique de grands moments de solitude. Ceux que vit en ce moment Yamina Benguigui est de ceux-là. Car il n’y pas grand monde, autant dire personne, dans le gouvernement et à gauche pour apporter un soutien, même moral, à la ministre déléguée à la Francophonie, confrontée aux révélations de Marianne   sur l’existence d’une société en Belgique dont elle a été propriétaire.
Malgré les allégations de son « entourage », la ministre de la Francophonie n’est soutenue ni par François Hollande, ni par Jean-Marc Ayrault ni par Anne Hidalgo. Ses explications sont jugées insuffisantes...source

La réponse de Marianne Affaire Benguigui : suite (et pas fin...)

  Yamina Benguigui admet pour la première fois qu'elle a détenu des parts dans une coquille belge et qu'elle les a vendues en février 2013. Soit neuf mois après son entrée au gouvernement, au plus fort de l'affaire Cahuzac  et quelques semaines seulement avant l'obligation qui lui aurait été faite de les mentionner dans sa déclaration de patrimoine d'avril 2013. Une ministre associée au capital d'une coquille vide — mais pleine de charme fiscal — en Belgique ? Après la démission d'un ministre qui détenait, lui, un compte caché en Suisse, l'information, à n'en pas douter, aurait fait jaser. Le timing pour faire disparaître cette encombrante possession a donc été parfait. Mais les nouveaux éléments apportés par la ministre, et dont nous aurions aimé discuter avec elle — ce n'est pas faute d'avoir essayé —, soulèvent beaucoup plus de questions qu'ils n'apportent de réponses.
   
Dans la première déclaration d'intérêts, celle de juin 2012,  qu'elle a remplie lors de son arrivée au gouvernement, Yamina Benguigui a mentionné sa participation de 39,62 % dans la société de production française Elemiah. Mais pas celle de 20 % dans la société belge G2 qui lui a rapporté, rappelons le, 430 000 euros...

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