Rêves d’une vie. Fin.

Le 25 janvier 2006, une équipe de la municipalité de Londres qui forçait la porte d’un appartement HLM afin de le récupérer fit une étrange et macabre découverte.

Gisait sur le canapé un squelette. Des cadeaux de noël pas tous ouverts éparts l’entourait, de la vaisselle entassée dans l’évier, et la télévision en marche sur BBC1 complétaient le décors funèbre. Lorsque les agents ouvrirent le réfrigérateur plein, de pots de yaourt marqués en limite de vente pour janvier 2003, rapidement ils découvrirent l’identité du squelette : Joyce Carol Vincent ; 38 ans lors de sa mort, et ce depuis 3 ans. Seule. Personne ne l’avait réclamée, personne ne s’était renseigné de sa disparition. Rien et seule…

Comment tout cela était possible ? se posèrent certaines personnes, au point d’en tourner un documentaire. Des membres de sa famille dont 4 sœurs, des amis, des anciens amants, des collègues de travail ; Mais tous avaient fait l’impasse et ne s’était préoccupés de la disparition de cette jeune femme ; ils avaient certainement dit à intervalles réguliers « tient, ça doit bien faire 6 mois que l’on a pas de nouvelle de Joyce » ou « 1 ans sans nouvelle » ou « on devrait appeler Joyce pour noël »…

La jeune femme d’ailleurs n’avait pas plus de problèmes que la moyenne et avait même eu son mini moment de gloire au début des années 90, elle avait serré la main de Nelson Mandela et on peut la voir backstage après le concert où Mandela remercie les musiciens ; elle avait fréquenté quelques gloires, car comme petite amie durant 2 ans de Alistair Abrahams, un tour manager qui fréquentait régulièrement Stevie Wonder, Jimmy Cliff, Gil Scott-Heron and Isaac Hayes. Ouais rien que ça ce cadavre solitaire devant sa TV ! Rien que ça ! 
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Apparemment en 2002 elle avait dû traverser une période difficile, un HLM lui avait été alloué, elle percevait un peu d’argent aussi qui avait permis à la compagnie électrique de prélever ses factures ; et ainsi « la machine » ne s’était arrêtée de tourner qu’au bout de 3 ans, date de fin de contrat de son logement, d’où la visite des agents de la mairie. Et comme les fenêtres du salon étaient restées ouvertes, l’odeur du cadavre s’était évacuée rapidement, d’autant qu’elle n’avait qu’une seule voisine de palier.

Evaporée dans les limbes la pauvre Joyce… L’oublie sidéral !

Comment dans une société si fliquée, si « caméra-isée, si fichée un individu peut-il disparaitre habitant centre ville sans laisser aucune trace et que surtout personne ne s’en préoccupe ? Si « l’au-delà » existe bien, je plains cette pauvre Joyce qui après être morte toute seule a put voir combien elle manquait absolument à personne, à ses frères les humains…

En 2011 sortait le film Dreams of Life avec recréation de scènes de la vie supposée de Joyce Vincent jouées par l’excellente actrice Zawe Ashton. C’est La vision d’un monde de célibataires, vivants dans des appartements pour 1 personne ; vivants en silence, sans être heureux, avec leur chat… C’est morbide.

5 ans avant la sortie de son film, Carol Morley, la réalisatrice trouve sur la banquette de son train de banlieue le tabloïde The Sun vieux de 15 jours et l’histoire d’une jeune femme trouvée morte 3 ans après, seule sur son canapé. Une vague de tristesse l’envahie et l’a fait décider de mener son enquête sur cette mort pas banale. 

Déjà, 2 semaines après la trouvaille, les médias qui en avaient énormément parlés en Angleterre passaient à d’autres sujets d’actualité plus chaude. Cela voulait dire que Joyce Carol Vincent allait mourir une deuxième fois, et cette fois là, pour l’éternité, car, oui c’était bien triste, oui il y a beaucoup de solitude dans les grandes villes, oui… Mais Passons à autre chose please. Carol Morley ne l’entendait pas de cette oreille et voulait savoir pourquoi, une personne peut mourir et être oubliée ainsi de tous.

Sa 1ere action est de poster des annonces un peu partout disant « si vous avez connu d’une façon ou d’une autre Joyce Carol Vincent prière de me contacter au… »

Et assez curieusement cela fonctionna.

Le 1er contact fut celui d’un homme dans la quarantaine qui s’était presque marié avec Joyce dans les années 80-90, il lui apprit que Joyce possédait un master universitaire, quelle était intelligente et vive d’esprit, puis un autre « ex » la contacta, il était dans le show business et avait vécu 2 ans avec cette belle jeune femme qui d’après lui possédait une très belle voix, malheureusement il avait perdu les cassettes qu’il avait enregistré, par contre il possédait des photos, car personne jusqu’à ce jour n’avait vu une seul seule représentation de Joyce pas même dans les journaux. Ainsi, L’auteure découvrit une charmante et belle métisse.

Ce qui ressort des témoignages de tous ces ex amants, collègues et amis c’est qu’ils, tous en commun pensèrent que « cette fille si belle, si intelligente, avec ce super boulot à Young et Rubicam, et tous ses amis du show business a dû nous oublier depuis longtemps et qu’elle vit certainement dans une grande villa dans les Caraïbes avec une famille nombreuse » Le seul point négatif de ce film est que ses 4 sœurs ont refusées en bloc de témoigner. On ne saura donc jamais le fin fond de l’histoire… Je me répète ce film s’appelle Dreams of Life, et vous pouvez le trouver sur Internet en vous débrouillant un peu… (Bisous Adopi)

Je trouve personnellement la fin de ce film très émouvant et donnant une leçon de la fragilité des choses. Nelson Mandela est filmé, cette émission est regardée par au moins 60 millions de personnes à travers le monde ; puis la camera parcoure la foule, et soudain pendant 5 secondes en bas de l’écran à gauche apparait le visage de Joyce. Elle se tourne vers nous, apparemment vers une personne derrière elle, puis une seconde fois et disparait. Fugace une existence. Clap de fin. C’était ce qu’a vraiment laissé cette belle et intelligente jeune femme. 5 secondes d’éternité. C’est tout. C’est à pleurer tel le gâchis est grand. 

Comme a dit un de ses ex : "She died of neglect. We all loved her, but not enough to stop her dying”. 

"(elle est morte par omission. Nous l’avons tous aimé, mais pas assez pour repousser sa mort)"

Waouh ! Quelle épitaphe !

ET Pourtant : les 2 derniers années de sa vie elle vivait dans un refuse pour femmes battues de Londres et avait démissionnée de son poste très bien rémunéré. Elle faisait même des ménages. Elle a vécue très mal, solitaire, esseulée et abandonnée de tous, puis pour une raison que le légiste ne put définir, elle est morte. Seule.

On sait qu’elle a contactée peu d’amis pendant cette période, des membres de sa famille, mais peut être ne sut-elle pas dire ce qu’il n’allait pas, et puis, qui est prêt à entendre les souffrances des autres, d’autant lorsque que l’on est libellée : belle, intelligente avec du succès. Alors elle a dû s’enterrer, se cacher, disparaitre et enfin se fondre dans l’oubli… La tristesse est de s’imaginer ses yeux de femme de 38 ans regardant le plafond solitaire de son petit appartement. Ce fut sa dernière vision du monde. Un plafond, muet, blafard.

 

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J'ai écrit ce texte car prémonitoire, en y voyant mon destin. Comme elle je suis seul, vraiment ! Et transbahuté, seul, courant depuis 3 ans pour du travail entre l’ile de la réunion, Madagascar, la Thaïlande, Nantes, Marseille, Cayenne, Maripa soula, la corse, Marseille… Ce n’est pas un façon de vivre équilibrante surtout en étant seul. Le solitude est vraiment la lèpre d’un être humain. Je suis un homme sociable, j’aime la compagnie des autres, j’ai besoin de toucher quelqu’une, de rire, danser, faire l’amour et partager. Au lieu de ça… Je viens de passer 7 jours sans dire un mot à qui que ce soit (excepté les conversation chez les commerçants), la solitude me pèse tellement que j’en développe des maladies, tout en attendant un travail qui ne vient pas. Je vais tellement contre ma nature que cela me fait développer un diabète, mon hernie discale qui me fait souffrir, des douleurs dans les genoux, une intestin irritable qui me file des chiasses et maintenant depuis quelques jours un psoriasis qui m’envahit de taches rouges le visage, ça me gratte et je suis vraiment laid. Je sais que tout cela est lié au stress que je vis depuis des années. Et comme je ne peux pas me poser, pour souffler un peu, car sans toit, sans réelle famille et sans amis (ceux qui le sont habitent trop loin). De plus aucune femme depuis des années…

En janvier 2010 j’ai subi 5 pontages coronariens. C’est là où j’ai développé cette peur. Mourir seul, oublié de tous. J’étais au fond de mon lit à souffrir comme une bête, sans aucune visite, sans un coup de fil. Et je me disais : si je meurs ici, je serais enterré dans un cimetière où jamais personne ne mettra des fleurs. Cette peur me tient depuis lors. Nous ne voulons pas être oublié ? Et surtout ne pas mourir seul, sans une main, sans un baisé ? Sans un regard.

C’est pour cela que j’ai voulu dire l’histoire de cette femme, belle, intelligente et éduquée, car, je me suis senti son frère. Je suis un homme beau, intelligent et éduqué…

Ma question est : lorsque je mourrai, y aura-t-il une Carol Morley pour conter ma vie ?

Georges Zeter/Septembre 2013

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