La banale histoire de Laurence Rossignol, la sénatrice qui  s'étonnait qu'aucun passant ne lui soit venu en aide alors qu'elle se  faisait voler

Victime d'un vol en pleine rue, Laurence  Rossignol fustige la passivité de ses concitoyens. "Le premier problème de  l'insécurité, c'est la lâcheté collective", déclare-t-elle au Courrier Picard.  Mais la sénatrice socialiste de l'Oise devrait peut-être s'en prendre à  elle-même.

Bisounoursland

Laurence Rossignol a été victime d'un vol en pleine  rue le 14 juillet dernier.

La République du Bisounoursland est parfois pleine de  surprises, surtout pour les gentils et les benêts qui la confrontent, au détour  d’un incident monétique collatéral, au réel vécu par tant d’idiots  inutiles persuadés que le pays n’est pas aussi bisou qu’on le dit (les fats !).  C’est ainsi qu’à la suite d’une mésaventure banale, une sénatrice socialiste  s’est aperçue que tout, en France, ne roulait pas comme sur des roulettes. Zut  et zut.

C’est la très petite et très banale histoire de Laurence  Rossignol.

C’est une histoire dont vous n’auriez jamais entendu parler  si Laurence n’avait pas été socialiste, bien sûr, et si elle n’était pas  devenue, ensuite, sénatrice de l’Oise. C’est l’une de ces histoires d’une  banalité consternante qu’un blog de bonne tenue ne relate même pas pour rire  (sauf ici, bien sûr, mais vous êtes, lecteur, sur un blog de fasciste  turbo-libéral méchant qui mitonne des chatons mignons dès qu’il le peut, c’est  dire). C’est l’un de ces faits divers navrants et sans intérêt réel qui  n’arrivent même pas à faire un entrefilet dans les journaux, même locaux, même coincé entre à la rubrique télé et la rubrique mots-croisés.

Il faut dire qu’il n’y a pas eu de violences. Il n’y a pas eu  de blessés. Il n’y a pas eu d’injures, ni à caractère raciste, ni à caractère  sexiste, ni d’incitation à la haine raciale, ni rien du tout. C’est,  véritablement, une intrigue en banaloïde transparent qui ne crépite même pas un  peu quand on le manipule prestement.

Je résume en quelques mots : le 14 juillet dernier, vers 14  heures, au lieu de glander chez elle comme tout citoyen, elle va connement  retirer de l’argent au distributeur automatique d’une banque de la place  Saint-Jacques à Compiègne. Folie furieuse : un homme lui vole l’argent. Pétage  de plomb total : elle le poursuit dans la rue. La musique rythmée avec des  guitares funk se met en route. Elle demande de l’aide autour d’elle, alors qu’il  y a plein de monde. Pensez-donc ! Compiègne, un 14 juillet à 14h, ce n’est pas  les Champs-Elysées mais tout de même, il y a du monde.

Et là, personne ne moufte. Aucun homme vigoureusement musclé  qui vient stopper le malfrat dans sa course. Aucune femme, solidaire de  cette agression à l’évidence machiste, pour faire un croc-en-jambe à  l’agresseur. Rien. Que dalle. Le voleur s’enfuit.

Horrible, non ?

Pour situer un peu, il faut comprendre que Laurence, c’est de  la sénatrice qui a fait parler d’elle. C’est du lourd. C’est du gratiné.

En fait, non, j’exagère, franchement. Elle est à peu près  aussi incolore, inodore et sans saveur que la petite histoire ci-dessus. Tout  juste s’est-elle fait remarquer dernièrement en expliquant (sans rire) que les  enfants n’appartiennent pas à leurs parents (et là, c’est assez juste) mais  plutôt, à l’État (et là, c’est assez terrifiant). Ah, et aussi, pendant les  débats sur le mariage homosexuel, elle s’ennuyait et … jouait donc en  réseau.

Vous constaterez donc sans mal qu’on est, ici, dans  le niveau de pathétique parfaitement standard pour un sénateur de la République  française actuelle : médiocrité, idéologie, banalité.

Là où cela devient rigolo, c’est que la dame, outrée du peu  de réactions de ses concitoyens, s’en est ouverte au Courrier Picard. L’article vaut la lecture (d’autant  qu’il est plus court que mon billet). Et que déclare-t-elle, toute émue ?

"La première des protections est collective,  c’est la solidarité. (…) Le premier problème de l’insécurité, c’est la lâcheté  collective."

Mais ici, je dis : "Moui non pas tout à fait".

Comme Laurence, elle a l’air d’être sincère dans son  atermoiement, qu’elle a l’air de franchement découvrir ce qui se passe vraiment  en France, je vais simplement en venir, directement, au fait.

Dites, m’ame Rossignol, vous savez qu’il y a tout plein de  caméras de surveillance, à Compiègne ? Et vous savez déjà qu’elles n’ont servi à  rien. Dites, m’ame Rossignol, est-ce que, forte de cette expérience, vous allez  inciter vos collègues de la Chambre haute et ceux de la basse à nous débarrasser  de ces coûteuses nuisances ? J’en doute. Vous en réclamerez plus.

Dites, m’ame Rossignol, vous savez ce qu’il risque,  le voleur, si on le chope ? Non ? En gros, voilà ce qui va se passer : il perdra  trois heures à remplir des petits papiers au poste le plus proche. Vous aussi. Et si quelqu’un vous a aidé (appelons-le Roger), eh bien lui  aussi devra se tartiner une séance avec les flics locaux. Il est  possible, probable même, que le voleur soit d’ailleurs sorti du commissariat,  libre, avant que vous n’en ayez fini de votre dépôt de plainte.

Bien sûr, en votre qualité de sénatrice, on supposera  sans mal qu’il écopera d’un traitement de faveur qui l’embastillera très  vite. Mais voilà : à votre grand dam, j’en suis sûr, vous n’avez pas eu  le temps de brandir votre cocarde sénatoriale lors de votre mésaventure, et dès  lors, Roger ne pouvait pas savoir qu’il aurait pu vous aider sans se taper une  après-midi boulet & paperasserie.

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