L'affaire DSKuzac

Pauvre Jaurès ! Pauvre Mendès-France ! Pauvres socialistes qui, dans le passé (et peut-être même dans le présent), ont cru à l'idéal socialiste ! On a pu dire "Autrefois, on mourrait pour la République, aujourd'hui on en vit!". On peut désormais ajouter que non seulement on en vit (et sur un grand pied) mais qu'en outre, on la vole! Que peuvent penser ces grands républicains (d'où qu'ils pensent) devant le spectacle que donnent deux des principaux hommes politiques de cette mouvance que, curieusement, leur proximité de comportements conduit à rapprocher en un mot valise "l'affaire DSK-uzac".
Ne revenons pas sur Cahuzac ! Il est probable que le Bourbon Comedy Club nous a donné, avec la seconde audition de Cahuzac, la dernière de ces représentations devenues, au fil du temps et des invités, si réjouissantes, du moins sur le plan dramaturgique. Il faut reconnaître que les choses allaient s'améliorant après la venue des hautes personnalités comme Pierre Moscovici ou Christiane Taubira qui avaient tenu leur rôle avec beaucoup de sérieux, mais de façon conventionnelle. Les prestations plus récentes, de Stéphane Fouks d'abord, puis de Cahuzac ensuite, ont été particulièrement remarquables. On se prenait même à rêver d'une suite plus plaisante encore puisque, lors de la dernière représentation, plusieurs membres UMP de la Commission avaient réclamé, fort légitimement dans leur position, une confrontation, de toute évidence indispensable, entre Cahuzac et Moscovici puisqu'ils étaient, l'un et l'autre sous serment, en total désaccord sur la fameuse réunion du 16 janvier 2013, dont ce pauvre Jérôme Cahuzac n'avait pas gardé le moindre souvenir, en dépit de l'importance capitale qu'elle avait pour lui, puisqu'elle l'avait mis en présence, pour la première et seule fois, avec les plus hautes autorités politiques dont dépendait son sort.
 
On se pourléchait les babines d'avance de pouvoir assister à ce nouveau show, d'autant que le rapporteur (PS) Claeys, devant ces demandes convergentes et raisonnables, auxquelles ne semblaient pas s'opposer les membres socialistes de la commission vu leur mutisme, nous avait laissé espérer un moment réjouissant. Toutefois, sans vouloir, comme on aurait pu l'imaginer, prendre une décision immédiate et souveraine, (la commission étant réunie, elle pouvait donc tout à fait le faire sur le champ), le rapporteur (et non le président) nous avait annoncé solennellement qu'il allait "faire des propositions" sur cette question. Bernique ! La rue de Solférino et Monsieur Désir en ont sans doute décidé autrement et on vérifie une fois de plus le célèbre vers de Corneille : "Et le Désir s'accroit quand l'effet se recule" (et non "quand les fesses reculent", comme me le proposait mon facétieux Dragon 12!). Hélas, nous n'aurons donc sans doute pas la suite et nous ne pouvons que le regretter, vu la qualité des précédentes représentations. 
On a ici l'illustration du fonctionnement de notre justice elle-même, dont la lenteur entraîne régulièrement sa condamnation par les instances européennes ; elle tient à ce que, dans une danse sur place, sans doute pleine à la fois de majesté et de grâce, elle est parfaitement inefficace, car quand elle fait un pas en avant, elle en fait aussitôt un autre pour reculer. En la circonstance, la prétendue "proposition" du rapporteur de la commission Cahuzac visait à en rester là, en créant un sentiment général de frustration et d'insatisfaction. Tout cela donne à penser que le beau et chevelu Jérôme a gardé du biscuit de ses fréquents passages aux photocopieuses de Bercy! Pour l'autre grand socialiste, DSK, le 28 mars 2011, le parquet de Lille avait, sur la base des informations dont il disposait depuis deux mois, ouvert une information judiciaire pour « proxénétisme en bande organisée, association de malfaiteurs et blanchiment en bande organisée ».
Le champ des investigations et les griefs s'étaient encore accrus dans la suite par la mention supplémentaire de « faux et usage de faux, abus de biens sociaux et escroquerie » au préjudice des sociétés auxquelles on avait fait payer toutes sortes de prestations, depuis la rémunération des prostituées, la location des chambres d'hôtels et surtout les voyages, parfois lointains, puisqu'il s'agissait de conduire les intéressé(e)s jusqu'en Amérique. On avait donc cru un moment que les choses suivraient leur cours, mais une proposition de non-lieu est alors faite, pourtant sur les mêmes bases naturellement, par le procureur. Il n'en a finalement rien été et elle n'a pas été suivie par les juges. Toutefois, la notion de "bande organisée", pourtant centrale et évidente, a été supprimée des chefs d'inculpation, ce qui, je crois, fait passer de la Cour d'assises à la Correctionnelle!
On reconnaît ici l'allégorie commune de la Justice : la balance pour peser les deux dossiers et le glaive pour couper la poire en deux ! Le détail des éléments recueillis et en particulier les conversations téléphoniques enregistrées ne laissent pourtant aucun doute sur le caractère d'organisation dans cette affaire ; dans tous les cas, il fallait même attendre que s'expriment les désirs de DSK, aussi bien sur les dates et les lieux que sur le cheptel retenu et les exigences de services formulées, pour que soient mis en place le dispositif et la logistique de transport du matériel. Dans ces conditions il est donc bien difficile à DSK de plaider (comme d'autres... suivez mon regard) que tout cela été fait « à l'insu de son plein gré », bien que "en y réfléchissant", il admette qu'il peut se juger "naïf"! On comprend toutefois aisément que lui-même ait pu être abusé, étant donné son charme irrésistible et le succès permanent qu'il a auprès de toutes les dames, qu'il s'agisse de journalistes débutantes qui viennent l'interviewer, de secrétaires, de collègues du parti socialiste ou même de femmes de chambre noires d'hôtel américain.
Non seulement aucune ne résiste à son embonpoint prometteur, mais toutes le poursuivent et l'assiègent sans cesse, tandis que sa complaisance est sans limite. Le charme de DSK est si puissant et si évident qu'on ne comprend pas que son ami Stéphane Fouks n'ait pas songé à en faire le George Clooney de quelques campagnes publicitaires qui auraient pu lui procurer de substantiels revenus. Tout indique, en effet, que DSK, ainsi que d'autres grandes figures passées du parti socialiste, est, comme dit le bon peuple, « près de ses sous » ; la moindre dépense qu'il parvient à éviter, dans quelque domaine que ce soit, double le plaisir qu'il peut retirer de la chose, ce qui explique son addiction toute spéciale aux plaisirs de la chair gratuits. Le pauvre homme ! La seule question, dans toute cette affaire, tient aux vrais mobiles de l'étrange générosité de ces hommes d'affaires et de ces policiers ; les premiers se montraient d'autant plus généreux que leurs complaisances se fondaient sur l'escroquerie. Tous les frais étaient assumés, en effet, par des sociétés qu'on escroquaient à coup de fausses factures.
Que des hommes d'affaires achètent, aux frais de leurs sociétés, les services de politiques n'est pas chose très nouvelle, mais ils en retirent toujours des bénéfices. Quels pouvaient-ils être ici ? On le voit assez ! On pourrait donc espérer au moins que lorsque la justice est saisie d'une affaire pareille, où l'Etat même est en cause au plus haut niveau et où les faits apparaissent avec tant d'évidence, elle se montre inflexible et n'escamote pas le mode d'organisation et la finalité de ces libéralités, alors qu'il y a là un témoignage irréfutable et accablant sur le fonctionnement de notre système politique, administratif et financier. Qu'il s'agisse de scanners et d'I.R.M. dans un cas ou de galipettes et d'inflations (comme dirait Madame Dati) tarifées-gratuites dans l'autre, c'est bien la même réalité ignoble et consternante que nous découvrons sous les oripeaux de la politique et de la franc-maçonnerie. Tout ça ne sent pas très bon et les mots ont une fois de plus l'initiative, fût-elle dans un facteur commun scatologique  : DSK - Cahuzac ou DS - caca - Huzac ?
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