Commission parlementaire Cahuzac : un enterrement sous la Vème.

 

 

Hier soir, en rentrant du boulot, Paulette n’était pas à prendre avec des pincettes. J’ai d’abord pensé que peut-être elle était tombée sur un manche chez Attractiv world, genre inspecteur des finances publiques célibataire plus exigeant que prévu, et en tout cas plus que moi qui était son mari ordinaire, rencontré à Tournez Manègedans les années folles du presque plein emploi. Depuis lors et elle était restée mon Evelyne Leclercq et moi son Charly Oleg (sauf que je lui jouais du biniou et non de l’orgue électronique.

Non, sa mauvaise mine venait du fait qu’elle avait appris par tweet que les commissaires de la majorité PS de la commission d’enquête parlementaire sur l’affaire Cahuzac avait rejeté la demande de certains de ses membres d’entendre le Premier ministre Jean Marc Ayrault et refusé de voter une confrontation Cahuzac/Moscovici.

J’étais peiné de trouver ma Paulette dans cet état, elle qui sait si bien faire la part des choses entre ce qui est important de ce qui ne l’est pas.

J’ai donc tout fait pour la rassurer : oui les parlementaires PS et UMP ont tous le souci de la vérité, mais non, pas sur tout et pas la même. Que, par cet épisode grand-guignolesque qui sonne le glas d’un épisode médiatique, ces deux gardiens du temple de la Constitution de la Vème République venaient de faire poser le pied des français une nouvelle fois dans une bouse institutionnelle d’irresponsabilité qui colle aux pattes et sur laquelle les mouches s’agglutinent et s’endorment, finissant par oublier l’essentiel : qu’alentour l’avenir qu’ils nous préparent conjointement sent aussi mauvais.

Oui, il est manifeste que dans cette affaire il y a des menteurs, Mais il faut les comprendre : c’est un métier. Mais non, il n’est pas toujours bon de confronter publiquement les hommes pour que surgisse la vérité, car d’autres anciens mensonges, directs ou incidents risqueraient d’être mis au jour, ce qui ne serait pas bon pour la République ( la leur, s’entend, qui les a fait rois…)

« Tu vois Ayrault démentir Moscovici ? Tu vois les conséquences, Paulette ? », j’ai lancé.

Dépitée, acculée malgré elle à l’issu de son plein gré, elle a opiné du chef, comme elle aime à le faire.

«  Tu imagines le topo si les enquêteurs posaient des questions à Ayrault sur d’éventuels autres mensonges de l’Exécutif ou de leur chef qui mangeait aux râteliers électoraux du printemps 2012 pour le devenir au prix d’un « vote utile » et de renoncements planifiés ? 

Si ça se trouve, ils lui demanderaient s’il avait pris de l’EP0 avant d’autoriser la construction de Notre Dame des Landes !

Le plus urgent Paulette, pour lui et l’Autre, c’est se se taire en permanence (ils savent le faire, ils se sont entraînés avec Angela Merckel et le Medef pour avaliser des accords et fabriquer des lois mortifères.) C’est de faire le dos rond, de faire semblant de ne rien voir, et surtout « d’aménager » les vérités avant de les asséner au bon peuple, dont ils ont peur. Pour protéger sa caste, le politique endort et se décomplexe.

Le plus urgent pour l’UMP c’est de quitter la commission parlementaire pour faire oublier que ses parlementaires ne quittèrent pas l’hémicycle quand le PS proposa la loi ANI… ou ne donna pas de coup de pouce au SMIC »…

Le plus urgent pour le PS, c’est d’occuper le citoyen à penser à autre chose qu’à cette réalité : qu’il fait voter des lois qui sont les mêmes que sous Sarkozy.

Tu crois qu’ils sont tous pareils ? » a demandé Paulette. J’ai répondu qu’il valait mieux poser la question à Marine Le Pen, qui se frotte aujourd’hui les mains plus fort que d’habitude.

Pour faire plus simple, je lui ai dit qu’on assistait en direct sur BFM TV et en silence à l’enterrement de la démocratie sous la Vème. Qu’on était des escargots qui portaient le cercueil. Et que nos cornes étaient devenues si longues qu’elles nous empêchaient de voir et de marcher sur le radeau de la Méduse.

Léon

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