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Pour résoudre les gravissimes problèmes de société liés à la précarité et à l'exclusion, il n'existe qu'une seule possibilité : que le salaire ne soit plus relié à l'emploi mais à la vie.

Ce qui revient à détacher le salaire de l'emploi pour l'attacher à la personne.

Car associer le salaire à l'emploi, comme ç'a toujours été le cas, revient à procéder à un chantage perpétuel à l'emploi, ce qui n'a de toute façon pas de sens en soi, et encore moins dans un monde où il n'y a plus de travail et où il n'y aura plus jamais de travail.

L'assertion “il n'y a plus de travail” signifie qu'il n'existe aucune commune mesure entre l'offre et la demande, et c'est logique puisque tout est de plus en plus automatisé.

Le paradoxe de cette robotisation tous azimuts est que le monde s'enrichit — le monde n'a jamais été aussi riche — mais cet enrichissement généralisé en valeur intrinsèque diminue l'emploi, ce qui fait qu'il y a de moins en moins de salaires — et ce, précisément parce que le salaire est vicieusement connecté à l'emploi — et donc de plus en plus de pauvres.

Ce chômage de masse inévitable a bien évidemment été prévu de longue date par les vrais spécialistes, pour la plupart interdits des médias qui ont toujours encore du mal à en faire état loyalement, pour la raison toute simple que la volonté de croissance perpétuelle s'accompagne inéluctablement d'une diminution drastique de la participation humaine.

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Dire qu'il faut détacher le salaire de l'emploi pour l'attacher à la personne n'a rien de très nouveau ni même de révolutionnaire puisque c'est déjà le cas pour au moins six catégories de personnes.

  1. C'est le cas des enfants : même s'ils ne touchent pas de salaire à proprement parler, leurs avantages sont liés à la personne et non à l'emploi c'est-à-dire à leurs performances scolaires.

  2. C'est le cas des fonctionnaires : ils bénéficient d'un salaire à vie. Cette rémunération est liée à la personne, notamment à son grade dans la hiérarchie, et non à l'emploi. C'est pour cette raison qu'il n'y a pas de chômage dans la fonction publique. S'il y a moins de travail à certaines périodes, le fonctionnaire s'occupe autrement, comme les professeurs payés en juillet et août alors qu'ils ne dispensent aucun cours durant ces deux mois.

  3. C'est le cas des retraités : leur retraite est liée à la personne.

  4. C'est le cas des mères au foyer : les allocations familiales sont une sorte de salaire qui reconnaît et rémunère officiellement le travail à effectuer chez soi, en utilisant le prétexte d'un ou plusieurs enfants à charge pour l'accorder. Ce salaire est lié à la personne et non à l'emploi, d'ailleurs évidemment invérifiable.

  5. C'est le cas des chômeurs et autres allocataires de minima sociaux : les allocations sont liées à la personne, et non à l'emploi. D'ailleurs, par définition, cette population est sans emploi.

  6. C'est le cas des grands patrons : leur salaire, trop souvent indécent, soit dit en passant, est bien lié à la personne. Ces parasites et autres improductifs qui raflent cyniquement la mise, peuvent très bien s'isoler pendant des années dans une île ou ailleurs, d'une part, l'entreprise tournerait tout aussi bien sans eux, et, d'autre part, leur salaire continuerait à être envoyé sur leur compte en banque.

Il faut donc généraliser ce système et instaurer un salaire à vie lié à la personne.

Le fait que la contrepartie ne soit pas immédiatement visible, ne devrait pas faire objection très longtemps car la vie crée des richesses d'elle-même puisqu'il est impossible de ne rien faire vingt-quatre heures sur vingt-quatre.

Qui n'a pas entendu cette phrase : “je n'ai jamais autant travaillé que depuis que je suis à la retraite” ou “depuis que je suis au chômage” c'est-à-dire depuis que je suis libre de choisir mon activité sans être affamé par le fait de n'avoir plus d'emploi ?

Car le retraité n'est pas libéré du travail mais de l'emploi, ce qui n'a rien à voir.

Il y aurait ainsi deux types de citoyens : ceux qui ne percevraient que ce salaire à vie, et ceux qui, en plus de ce salaire à vie, gagneraient un autre salaire lié à un travail rémunéré.

Ce salaire à vie donnerait immédiatement plus de légitimité au bénévolat.

Jusqu'à présent, le bénévolat était presque insultant au sens où c'étaient toujours les mêmes qui donnaient de leur temps, à savoir les plus pauvres, et plus précisément ceux qui n'ont rien du tout, car les riches, eux, savent monnayer leur participation, sans qu'il y ait d'ailleurs la moindre commune mesure entre le service rendu et le paiement associé exigé par eux en retour.

Quelle différence y a-t-il entre un travailleur et un chômeur ?

Certes, l'un a un emploi, et l'autre non, mais tous deux créent de toute façon des richesses : simplement, le premier ne choisit pas la richesse qu'il crée, celle-ci est imposée par le patron qui décide, alors que le second, ayant sa journée de libre, choisit la richesse qu'il crée et les services qu'il rendra à la société.

C'est pourquoi, encore une fois, la contrepartie immédiate d'un salaire à vie lié à la personne n'a pas besoin d'être visible ni même quantifiée : elle existera nécessairement par le seul fait que l'individu est en vie.

Nous allons de plus en plus vers une société de loisir : de moins en moins de travail signifie de plus en plus de temps à soi, et de plus en plus de temps à soi signifie de plus en plus de loisir.

Cette conclusion est très inattendue car de tout temps on a glorifié le travail.

Mais dans un monde où il n'y a plus de travail et où il n'y aura plus jamais de travail, il faut penser autrement : le salaire à vie lié à la personne est la solution idéale.

par contrelabienpensance

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