" Je te l'ai déjà dit : Les révolutions ne sont pas des lits de roses. Ce sont au contraire des lits d'épines. " Sand 1848
...Le 8 mars (1848), George Sand écrit à Charles Poncy. "J'ai le coeur plein et la tête en feu. Tous mes maux physiques, toutes mes douleurs personnelles (elle vient de perdre sa petite fille) sont oubliés. Je vis, je suis forte, je suis active, je n'ai que vingt ans." L'amour vieillissait George, la politique la rajeunit. Chacun trouve sa fontaine de jouvence où il peut, et sa source d'oubli. Le 17 mars elle répète à Pauline Viardot : "Ah ! nous serons républicains quand même... C'est la pensée, le rêve de toute ma vie qui se réalise. Mes chagrins personnels qui étaient arrivés au dernier degré d'amertume, sont comme oubliés ou suspendus...
...J'ai déjà fait deux circulaires aujourd'hui, une pour le ministre de l'Instruction publique, une pour le ministre de l'Intérieur"... La république c'est la vie. Elle est perdue si les vrais amis du peuple s'endorment. Elle est sauvée si nous sommes tous là. Debout ! debout !
...Elle est obsédée par la république et prête à tout pour sa sauvegarde.
Elle multiplie les avertissements, les appels à la vigilance, et dans son seizième bulletin, elle incite les ouvriers à l'émeute et aux barricades, si la démocratie est menacée. Les ouvriers n'entendront que trop cet appel et Sand sera rendue responsable des désordres de juin durement réprimés par le général Cavaignac. Elle apprend avec stupéfaction, que, à la mi-mars, les ouvriers de la Châtre ont manifesté à Nohant aux cris de "A bas Mme Dudevant, à bas Maurice Sand, à bas les communistes". Le peuple ne serait-il pas aussi "excellent" que le suppose la châtelaine de Nohant ?
Le 20 avril, du haut de l'Arc de triomphe et en compagnie des membres du gouvernement provisoire, elle assiste à la fête de la Fédération. "La fête de la fraternité a été la plus belle journée de l'histoire. Un million d'âmes oubliant toute rancune, toutes différentes d'intérêt, pardonnant au passé, se moquant de l'avenir, et s'embrassant d'un bout de Paris à l'autre au cri de "Vive la fraternité", c'était sublime...
Il faut reconnaître que Sand ne réclame rien pour elle-même si ce n'est le sublime...
Le 18 mai, elle revient à Nohant, rassasiée, voire dégoûtée. La bourgeoisie s'est, une fois de plus, approprié la révolution. Le gouvernement provisoire a été dissous le 6 mai.
L'apprentie sorcière de la révolution de février 1848 contemple ses enchantements brisés et ses philtres évaporés. Elle a cru en la révolution comme elle a cru en l'amour... Après tout, elle pourrait être arrêtée comme l'ont été certains de ses amis, un Barbès, par exemple. Elle se rassure d'un " On ne fera pas la ridicule et odieuse bêtise de persécuter une femme qui n'est jamais sortie de son rôle de femme, pas plus en politique qu'en littérature." Elle plaide non coupable et donne preuve de son innocence, son ignorance : "Je ne comprenais rien à ce qui se passait."
 
Elle comprend que la possibilité d'un Âge d'Or est irrémédiablement révolue et déplore les malheurs du peuple : "Nous aimons le peuple comme notre enfant. Nous l'aimons comme l'on aime ce qui est malheureux, faible, trompé et sacrifié." Bref, le monde, et particulièrement Paris, ne sont qu'une pétaudière, et Sand remercie Dieu d'avoir Nohant : " Je remercie Dieu d'avoir Nohant pour oublier tout cela."...Pour en finir avec la révolution de 1848, Sand prononce, le 6 septembre, l'une de ses plus fermes déclaration de foi : "Je serai jusqu'à ma dernière heure du parti des victimes contre les bourreaux." On ne saurait être plus clair. La première victime de cette révolution, c'est elle, Sand : "Fatigue, privations, douleurs, déceptions, reproches, diffamations et calomnies, j'ai tout subi sans seulement y prendre garde."
 
En novembre, elle établit un triste bilan de l'année écoulée, avec cet éternel refrain : La bourgeoisie l'emporte, direz-vous, et il est tout simple que l'égoïsme soit à l'ordre du jour." Elle reconnaît volontiers que "Les chefs socialistes ne sont ni des héros ni des saints. Ils sont entachés de l'immense vanité et de l'immense petitesse qui caractérise les années du règne de Louis-Philippe." Elle n'a plus aucune illusion sur les hommes qu'elle a tant admirés.
"Voilà Leroux qui bat la campagne. Cavagnac ne sait pas ce qu'est la France. Le prince Louis n'a pas de cervelle. Proudhon manque de quelque chose."...
Je fais souvent des châteaux en Espagne, c'est la ressource des âmes brisés."
Le 10 décembre 1848, l'ancien prisonnier du fort Ham, le prince Louis Napoléon Bonaparte, est élu président de la République. Élection que Sand traite de "belle folie" et de "belle bêtise". Elle prophétise :  "L'homme qui a fait les équipés de Strasbourg... aura une fin misérable."...
 
1851 : ...Comme il y eut, pendant l'autre Terreur, une Notre-Dame de Thermidor, Sand devient Notre-Dame des Grâces. Elle fait le bien non seulement pour ses amis, un Émile Aucante, un Alphonse Fleury... mais aussi pour des inconnus. Elle n'en récolte souvent qu'ingratitude. Certains, qui ne veulent rien devoir à la clémence d'un Louis Napoléon Bonaparte -ce serait reconnaître qu'il existe-, refusent de profiter de la Grâce obtenue et accusent Sand de trahison. "Pour récompense, on m'a dit et on m'écrit de tous côtés : Vous vous compromettez, vous vous perdez, vous vous déshonorez, vous êtes bonapartiste ! Demandez et obtenez pour nous, mais haïssez l'homme qui accorde." George Sand est incapable d'une telle conduite. Et puis, elle ne peut pas haïr puisque la haine est un sentiment qu'elle ignore...
A Hetzel qui, lui aussi, persiste dans son exil en Belgique, Notre-Dame des Grâces laisse voir son découragement. " Ici rien ne tient à rien. Les grâces ou justices qu'on obtient sont, la plupart du temps, non avenues... et aussi un désordre dont il est n'est plus possible de sortir vite, si jamais on en sort. La moitié de la France a dénoncé l'autre. " 
Ces horreurs de la délation se reverront en France, au siècle suivant, pendant les années quarante...
Une consolation pour Sand, elle reçoit une lettre signée par les détenus à la prison de Châteauroux, une lettre de remerciement pour les démarches qu'elle a entrepris pour leur libération...
Elle suffoque de voir la France tomber dans l'esclavage et devenir la proie de Napoléon III et de ses séides...
 
Au commencement de ce que sera l'année terrible de 1870, Sand écrit à Barbès : " La fin du pouvoir personnel, plus ou moins proche, est inévitable."
 
1871 : le 7 août " Paris aura proclamé la république sans effusion de sang ; je n'osais l'espérer."
Cet enthousiasme n'est pas partagé par la Châtre que Sand surnomme "Trou-cochon", ni par Gustave Flaubert qui, le 10, précise ses positions, et son opposition à son amie. " Et vous m'affligez, vous, avec votre enthousiasme pour la République." Sand : "J'ignore si nous aurons une guerre civile, j'espère que non."... Depuis le 18 septembre, le siège de Paris qui devait imprégner de façon ineffaçable les mémoires du temps avec son cortège d'héroïsme, d'humiliation, de famine -on ira jusqu'à manger des rats-, est commencé...
 
Le 28 mars, la Commune de Paris est officiellement proclamée. Thiers et son gouvernement se retire à Versailles. Désabusée, Sand commente :" J'avais prévu tout cela. Mais c'est une triste chose que d'avoir raison quand c'est le désastre qui vous la donne. " Elle prévoit les souffrances du peuple qui vont s'ensuivre. " Pauvre peuple ! Il commettra des excès, des crimes, mais quelles vengeances vont l'écraser !"
 
A Gustave Flaubert, à Alexandre Dumas fils, elle crie son dégoût des événements. Elle en a même des crises de vomissement....
 
Dès le 29 Sand s'élève, avec violence, contre les excès de la Commune. " Et pourquoi vouloir brûler Paris, anéantir la population ? C'est une folie furieuse, odieuse, et qui, s'il était possible, tuerait jusqu'à la pitié qu'on doit aux vaincus...
"Nous nous attendons demain à apprendre les cruautés atroces de la dernière heure. Les représailles seront cruelles aussi." Et Sand, une fois de plus, ne se trompe pas. Les représailles sont terribles et aux atrocités des Communards correspondent celles des Versaillais."
Execution des Communards
 
Sand est anéantie. Le 13 juin, à l'intention de son amie Juliette Adam qui l'accuse de n'être plus la passionnée de 1848, Sand fait le point : " La France est une grande ambulance." Elle voit le salut dans un libéralisme qui sera sec et borné. " Ce sera le libéralisme de M. Thiers." Et elle ajoute : " Ce ne sera pas un idéal, mais il faudra l'accepter ou périr dans la boue et le sang de l'Internationale. " Elle a perdu, et définitivement, ses illusions sur les vertus de l'internationale et du communisme !
Au fond, George Sand ne veut plus des excès de la Commune, ni de ceux des légitimistes. La coupe des horreurs est pleine et elle s'en détourne. Quoi qu'en pense Juliette Adam, elle se retrouve dans le même état d'esprit qu'aux lendemains de la révolution ratée de février 1848. Sand répète : " Les partis, j'en ai plein le nez, je n'en veux plus. Je tiens pour crétins et insensés tous ceux qui se donnent à des personnalités. Comme au lendemain de juin 48, le dégoût me jette dans l'isolement."
Ce langage n'est évidemment plus le langage de celle qui, au printemps 1848, invitait les ouvriers à défendre la liberté en montant sur les barricades. Les barricades du printemps 1871 comportent plus de cadavres que de pierres. Sand s'en détourne, tout en reconnaissant que ce n'est pas de gaieté de coeur qu'elle, la passionnée, est devenue modérée : "Il n'en est pas moins triste de reconnaître qu'il faut passer absolument par cette modération qui est un instrument de progrès lent et froid, au lieu de pouvoir compter sur les forces vives et jeunes de l'esprit public ! Que de moyens et de puissances il va falloir enchaîner par crainte du désordre et de la démence."...
 
Chère George Sand (Jean Chalon)
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« Quand on se figure ce qu'était la poésie française avant que Victor Hugo apparût et quel rajeunissement elle a subi depuis qu'il est venu; quand on imagine ce peu qu'elle eût été s'il n'était pas venu, combien de sentiments mystérieux et profonds qui ont été exprimés, seraient restés muets; combien d'intelligences il a accouchées, combien d'hommes qui ont rayonné par lui seraient restés obscurs; il est impossible de ne pas le considérer comme un de ces esprits rares et providentiels, qui opèrent, dans l'ordre littéraire, le salut de tous... »     

Si un million de personnes (dans un pays qui en comptait 35) se pressèrent aux funérailles de celui qui était, quand il mourut, la personne la plus connue au monde, c’est que cet homme, de tradition royaliste et très conservatrice, lutta aux côtés du peuple sans jamais faiblir. Il subit volontairement 19 années d’exil : « Je resterai proscrit, voulant rester debout », préviendra-t-il en 1853 dans Les Châtiments :   

Dans “ Sur une barricade, au milieu des pavés ”, il narre cet histoire incroyable d’un enfant qui, après être allé    remettre sa montre à sa mère, vient s’adosser « au mur sombre où sont morts ses amis » :  

 

Un enfant de douze ans est pris avec des hommes.  

— Es-tu de ceux-là, toi ? – L'enfant dit : Nous en sommes.  

— C'est bon, dit l'officier, on va te fusiller.  

Attends ton tour. – L'enfant voit des éclairs briller,  

Et tous ses compagnons tomber sous la muraille.  

Il dit à l'officier: Permettez-vous que j'aille  

Rapporter cette montre à ma mère chez nous ?  

— Tu veux t'enfuir ? – Je vais revenir. – Ces voyous  

Ont peur ! Où loges-tu ? – Là, près de la fontaine.  

Et je vais revenir, monsieur le capitaine.  

— Va-t'en, drôle ! – L'enfant s'en va. – Piège grossier !  

Et les soldats riaient avec leur officier,  

Et les mourants mêlaient à ce rire leur râle ;  

Mais le rire cessa, car soudain l'enfant pâle,  

Brusquement reparu, fier comme Viala,  

Vint s'adosser au mur et leur dit : Me voilà.    

La mort stupide eut honte, et l'officier fit grâce.  

 

Victor Hugo Poésie et révolution  Trouvé Ici 

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Ce dimanche 21 mai 1871, les troupes versaillaises de Thiers parviennent à entrer dans Paris, par une poterne, entre la Porte de Saint-Cloud et la Porte d'Auteuil.

 

C'est le début de la Semaine Sanglante...

 

Jusqu'au 28, Paris est à feu et à sang. Barricades par barricades, rues par rues, quartiers par quartiers, les Communards défendent leur Révolution contre les troupes gouvernementales. Charles Delescluze, délégué à la guerre de la Commune appelle le peuple à la résistance.

La répression des Versaillais est féroce. Tout fédéré capturé est exécuté sur le champ s'il a les mains noires de poudre, hommes, femmes et enfants. Les massacres ensanglantent les rues de Paris, en proie aux flammes des bombardements.

Et les Allemands, qui encerclent toujours Paris, leur permet d'emprunter la zone neutre, afin de prendre à revers les barricades des Batignoles.

         

On exécute à tour de bras, comme ici, aux Jardins du Luxembourg.

Et la chasse à l'homme s'ouvre, dans les quartiers tenus par les Versaillais : Rigaud est passé par les armes rue Gay-Lussac, tandis que Varlin est supplicié à Montmartre.

Des simulacres de procès s'ouvrent parfois, lorsqu'on en a le temps, et le verdict tombe en quelques minutes, la sentence exécutée dans l'heure. Les jardins publics font alors office d'abattoirs, comme le parc Monceau, ou le cimetière de Montparnasse...

 

Malgré les appels de la Commune à la fraternisation, les combats sont de plus en plus violents à mesure que les Versaillais avancent vers l'Est de Paris, vers les quartiers populaires.

 

Tirer sur les ambulances, au sens propre, fait partie des exactions commises par les troupes gouvernementales... Le 24 mai, le docteur Faneauest passé par les armes, avec près de quatre-vingts fédérés blessés.

Aux horreurs commises par les Versaillais, répond la résistance désespérée des Communards, qui exécutent des otages, prêtres, dont l'archevêque de Paris, soldats et gardes ennemis... Mais inutile de comparer ces quelques exécutions au bilan final de la Semaine Sanglante. Les chiffres sont sans aucune commune mesure et parlent d'eux-même...

         

De bataille en bataille, de la Butte Aux Cailles au Panthéon, où les Communards sont massacrés, on finit par se battre, le 27 mai, entre les tombes au Père Lachaise. 147 Communards sont acculés au mur, et fusillés sur place.

 

Le 28, Belleville résiste encore, mais au soir, les dernières barricades tombent.

 

Le bilan est effroyable. 20 000 Fédérés sont tombés, contre moins de mille Versaillais.

La répression contre les survivants commence alors. Près de 40 000 Communards sont arrêtés et transférés à Versailles à pied, abattus s'ils ne peuvent marcher assez vite ou tentent de s'enfuir, et sont internés à l'Orangerie du château, aux Grandes Ecuries, dans les manèges de Saint-Cyr, au camp de Satory... 30 000 d'entre eux, dont le cas n'est pas jugé intéressant, sont incarcérés plus loin, dans les ports militaires de l'Atlantique, de Cherbourg, ou Rochefort, dans des bateaux désaffectés mais encore à quai, où ils souffrent du mal de mer et d'une absence d'hygiène.

1170 meurent en détention...

 

Plus de 13 000 Communards sont condamnés à la prison, à la déportation dans les bagnes coloniaux, 4213 sont envoyés en Nouvelle-Calédonie, ou à la mort. Vingt-six peines capitales sont exécutées à Satory.

Parmi les nombreux enfants arrêtés, cinquante-six sont envoyés en maison de correction, établissements plus terribles encore que la prison dont on les sort.

Les réfugiés affluent en Grande-Bretagne ou en Belgique, grâce à des filières d'évasion qui permettent à une minorité d'échapper aux chiens de chasse d'Adolphe Thiers. Ils ne peuvent revenir avant juillet 1880, lorsque la Chambre vote enfin leur amnistie pleine et entière.

 

La Troisième République naît dans la défaite et l'horreur des massacres perpétrés contre les Communards.

Alors que la bourgeoisie exige le retour à l'ordre, les suffrages successifs montrent les hésitations entre l'affirmation des principes républicains et les tentations de la restauration monarchique, jusqu'à la fin de la décennie.

Mais dans la mémoire du peuple de Paris et de toutes les villes de France qui se sont fédérées, la Commune n'est pas morte.

Jusqu'à nos jours...