Sur la terrasse de Bartolone

 

C'est une terrasse sublime, avec vue panoramique imprenable. C'est la terrasse de la maison de Claude Bartolone, président de l'Assemblée Nationale, aux Lilas, dans le 9-3. La photo de cette terrasse a d'abord été publiée par Le Canard en avril. On la retrouve cette semaine dans L'Express, dans son dossier sur l'hypocrisie des politiques face à l'argent. Comment Le Canard se l'est-il procurée ? Elle était en ligne sur le site de l'architecte, pas peu fier de sa réalisation. Après la publication par Le Canard, l'architecte, catastrophé, propose à Bartolone de la retirer, raconte L'Express. Mais Bartolone le disssuade. Le mal est fait, ce serait pire. (Dans un souci de pluralisme, notons que L'Express publie aussi une photo de Copé, le pourfendeur du germano-pratinisme, faisant son shopping dans les beaux quartiers parisiens, un sac Hermès à la main. Dans les beaux quartiers, c'est à dire en bas de chez lui, l'homme de Meaux n'habitant plus Meaux depuis longtemps. Fin de la parenthèse pluraliste).

Dans le descriptif des contraintes techniques imposées à l'architecte de Bartolone, on apprend d'autres données. Ainsi, explique l'architecte, "la notoriété du client conditionne une relative discrétion de la façade principale sur la rue, dans une zone pavillonnaire calme de banlieue". Toute la France est dans cette phrase.Interrogé sur son patrimoine au plus fort de l'affaire Cahuzac, Bartolone répondait qu'il possède "une maison en Seine Saint-Denis". Au sens propre, la phrase était exacte. Mais il nous la montrait de la rue, passants que nous étions. Il ne précisait pas qu'elle mesure 380 m2, ni ne nous faisait admirer la vue. Bartolone a le droit de jouir d'une belle maison. On est heureux pour lui (pour peu évidemment que tout se soit passé dans les règles, et le JDD jette un doute en rappelant que l'architecte de la belle terrasse avait travaillé avec le conseil général de Seine Saint-Denis, que présidait jusqu'en novembre Claude Bartolone). Mais pourquoi la cacher ?

Ah, aucun rapport: Claude Bartolone est un des socialistes qui se sont opposés le plus vivement à l'obligation de publication du patrimoine pour les ministres et les élus, instaurée en catastrophe par le gouvernement Ayrault, après l'affaire Cahuzac. Aucun rapport, certainement, entre cette position politique de Bartolone, et l'obligation imposée à l'architecte, de faire pauvre pour la façade.

Entre l'hypocrisie d'un Bartolone et l'obscénité d'un Cahuzac, quel comportement est le plus acceptable ? Dans une récente interview, et toujours dans le sillage de l'affaire Cahuzac, Emmanuel Todd lançait une de ses fracassantes todderies: "la notion d'austérité est véhiculée par des pourris". Il établissait ainsi un lien entre convictions politiques, et morale personnelle. On trouvait qu'il exagérait, qu'il avait fracassé la limite de la todderie. On dirait que chaque jour qui passe s'ingénie à lui donner raison.

Bartolone terrasse

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Une villa estimée à 2 M€

Dans les kiosques, c'est une autre surprise qui attendait l'occupant du perchoir. L'hebdomadaire satirique évoque en détails, à partir de la fiche descriptive de l'architecte RVA, la luxueuse demeure de l'élu socialiste construite dans les hauteurs des Lilas (Seine-Saint-Denis) en 2003. «Selon les professionnels interrogés par Le Canard, cette villa vaut, au bas mot, 2 millions d'euros», écrit le journaliste.

«La notoriété du client conditionne une relative discrétion de la façade principale sur la rue, dans une zone pavillonnaire calme de banlieue, expliquent sur leur site Internet les architectes Philippe Vignaud et Dominique Renaud. Ces contraintes façonnent largement la relation à la rue qui souhaite exprimer modestie, ancrage au sol et pérennité.»

«Démocratie paparazzi»

La maison de 380 m² «trône sur la ligne de crête, qu’elle partage avec les forts de Romainville et de Noisy» détaillent les architectes avant d'ajouter que «ce promontoire lui offre une vue imprenable sur Paris».

Un étalage de sa vie privée que ne goûte guère Claude Bartolone. «Voir ma maison dans le Canard enchaîné ? A qui le tour ? Si c'est ça la démocratie paparazzi, j'en suis pas» s'est exclamé le dirigeant socialiste sur Europe 1. «Depuis trente ans, j'habite la même rue en Seine-Saint-Denis», a fait valoir le député. «J'ai changé de côté de rue, il y a une plus belle vue», a-t-il encore dit.

«Laisser le parlement faire son travail»

Claude Bartolone se défend de toute mauvaise volonté dans le chantier de moralisation de la vie politique lancé par le gouvernement. «Je suis persuadé qu'avec le Sénat, nous pouvons voter une loi à une très grande majorité, pas seulement de circonstance mais qui garantira la transparence et l'honnêteté des élus sur la durée», a-t-il affirmé. Le consensus est possible «à condition de laisser le parlement faire son travail».

Les élus ont-ils peur de la transparence ? «Au contraire», a protesté Calude Bartolone. «Nous réclamons des déclarations de patrimoine, du contrôle et des sanctions maximum», mais la publication, «non»...

L'architecte de la maison de Bartolone a travaillé pour le conseil général dont Bartolone était le président et il a été décoré de la légion d'honneur par Bartolone. Que Monsieur Bartolone publie toutes les factures de sa maison ! Un architecte prend environ 10% de la construction soit 200.000 euros. Comment ne pas suspecter un arrangement ou du favoritisme ? Des preuves !