L’Élysée renonce à supprimer la « réserve » des parlementaires

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L’Élysée vient de hisser le drapeau blanc dans la bataille de la « réserve parlementaire » qui l’oppose aux élus de la majorité et de l’opposition. Le Château a renoncé à demander – au nom de la moralisation de la vie politique – la suppression de cette ligne de crédit d’environ 150 millions qui permet aux parlementaires de distribuer, dans une parfaite opacité, des aides financières à leurs collectivités locales  et associations préférées. Les papas gâteaux de la république privilégient le plus souvent leur commune d’élection ou celles de leur circonscription qui ont eu le bon goût de voter pour leur pomme. Chaque député ou sénateur dispose ainsi de près de 130 000 euros par an pour ses bonnes œuvres. Voire de beaucoup plus, comme l’UMP Philippe Marini *, président de la commission des Finances du Sénat, qui a réussi à s’octroyer 2 millions de « réserve », au détriment des autres élus de son groupe.
Réserve présidentielle

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Officiellement, l’équipe Hollande a préféré renvoyer chaque Assemblée à ses responsabilités. Et clore une polémique qui risquait de braquer encore plus les parlementaires PS très remontés contre le projet de loi sur la publication du patrimoine des élus **. Mais l’Élysée avait une autre raison moins avouable de faire machine arrière : la suppression de cette réserve en entraînerait illico une autre, celle de la Présidence. A savoir, une enveloppe de 19 millions où puise le cabinet du chef de l’Etat pour aider, à son tour, des collectivités locales dans le besoin. Depuis mai 2012, Hollande a confié le soin de sélectionner les heureux bénéficiaires à l’un des ses bons amis corréziens, le maire PS de Tulle, Bernard Combes, bombardé « conseiller technique chargé des relations avec les élus à la résidence de la République ».
Affaires très réservées
Les sommes utilisées par la Présidence figurent dans les crédits du ministère de l’Intérieur, au même chapitre que la réserve des parlementaires. Ce chapitre (le « 122″) est adopté chaque année au terme d’un curieux parcours.Le projet initial de budget comprend d’abord une simple ligne intitulée « Subventions diverses pour travaux d’intérêt local », riche d’environ 19 millions, soit exactement la part dévolue à l’Élysée. Puis un amendement, d’origine parlementaire, vient engraisser cette cagnotte de près de… 130 millions supplémentaires. un montant qui correspond à la part de réserve attribué aux députés et aux sénateurs.
coloriage-magicien-2Ce bel argent sert à boucler le budget de financement de petits chantiers ou aider telle ou telle association chouchoutée par les élus locaux. La légalité de son utilisation est certes contrôlée par l’Intérieur, mais la liste des pistonnés n’est pas rendue publique dans son intégralité. Seuls quelques élus ont pris l’initiative de briser la loi du silence – touchant à leur propre réserve. En attendant une éventuelle publication, réclamée par Claude Bartolone, président de l’Assemblée, la recherche du nom des bénéficiaires ressemble à une interminable partie de cache-cache. Le ministère de l’Intérieur se contente de renvoyer la balle dans le camp du Parlement. Les présidences de l’Assemblée et du Sénat demandent aux curieux de s’adresser aux patrons des différents groupes politiques. Lesquels bottent en touche vers les responsables des commissions parlementaires. Qui, à leur tour…
Le Canard Enchaîné – 27 avril 2013 – Hervé Liffran

source

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