Jérôme Cahuzac a menti à la banque suisse Julius Baer

En 2009, après que la Suisse s'est déclarée prête à accorder l'aide judiciaire en cas d'évasion fiscale, Jérôme Cahuzac a demandé à Reyl & Cie de transférer les fonds sur un compte ommnibus à Singapour, auprès de la filiale de la banque Julius Baer.

En 2009, après que la Suisse s'est déclarée prête à accorder l'aide judiciaire en cas d'évasion fiscale, Jérôme Cahuzac a demandé à Reyl & Cie de transférer les fonds sur un compte ommnibus à Singapour, auprès de la filiale de la banque Julius Baer. 

AFP/FABRICE COFFRINI

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L'ancien ministre du budget Jérome Cahuzac a menti. Pas seulement aux députés français, mais aussi à une banque suisse, la banque Julius Baer, en fournissant un "certificat fiscal falsifié", affirme le quotidien zurichois Tages Anzeiger, citant ses propres sources.

Dans son édition du 6 avril, le journal écrit qu'en 1992, Philippe Péninque, un ami de longue date de Jérôme Cahuzac, a ouvert pour lui sous son nom un compte à l'UBS Genève. Quelques mois plus tard, Jérôme Cahuzac s'est rendu lui-même à Genève et le compte a été transféré à son nom.

En l'an 2000, la petite société financière Reyl & Co, établie à Genève, est entrée en piste. A l'époque elle n'avait pas de licence bancaire, mais travaillait comme une société de bourse. A ce titre, elle relevait de la surveillance de la FINMA, l'autorité suisse de surveillance des marchés financiers.

Lire : une banque suisse très prisée des VIP parisiens

En tant qu'intermédiaire financier, Reyl & Cie n'était pas soumise aux mêmes règles que les banques et ne devait pas fournir de renseignement sur les détenteurs de ses comptes. Reyl & Cie a ouvert auprès de l'UBS un compte "omnibus", soit un compte comprenant les fonds de plusieurs clients, seulement connus par la banque, et parmi lesquels figurait Jérôme Cahuzac, dont l'argent est resté de facto à l'UBS.

En 2009, après que la Suisse s'est déclarée prête à accorder l'aide judiciaire en cas d'évasion fiscale, Jérôme Cahuzac a estimé que la situation devenait trop dangereuse à Genève et a demandé à Reyl & Co de transférer,  grâce à la banque Julius Baer, les fonds sur un compte ommnibus à Singapour.

La banque Julius Baer a réagi avec prudence, écrit le journal. Elle a réclamé à Reyl & Co, bien que rien ne l'y obligeait, une formulaire appelé "formulaire A", qui fait apparaître le nom du détenteur des fonds. Lorsque les banquiers de Julius Baer ont vu qu'il s'agissait d'un homme politique, ils ont demandé un document certifiant que les fonds avaient bien été déclarés au fisc compétent.

Selon des recherches effectuées par le Tages Anzeiger, Jérôme Cahuzac a alors "présenté un certificat fiscal falsifié". Il a également assuré que ces 600 000 euros provenaient de son activité de chirurgien esthétique, ajoute le journal. En conséquence, Julius Baer a autorisé l'opération de transfert de fonds.

LES MONTANTS PLACÉS EN QUESTION

Par ailleurs, selon plusieurs journalistes interrogés ces derniers jours dans les médias (comme Antoine Peillon de La Croix et Darius Rochebin, un journaliste de la TSR), la somme de 600 000 euros n'est pas exacte, en ce qui concerne l'argent placé par Jérôme Cahuzac en Suisse. Se fondant sur leurs propres investigations, ils évoquent des sommes allant potentiellement de 10 à 15 millions d'euros...

Le Monde.fr

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Cahuzac veut redevenir député sans«mettre un orteil» au Palais Bourbon

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Quelques jours seulement après avoir avoué qu'il détient bien des comptes non déclarés à l'étranger et alors que plusieurs de ses amis proches le disent très déprimé, Cahuzac songe donc à son avenir. Le Figaro s'en était fait l'écho cette semaine. Yannick Lemarchand, qui fut durant de longues années le plus proche collaborateur de Jérôme Cahuzac à sa mairie de Villeneuve-sur-Lot et avait eu un échange téléphonique avec lui mercredi matin, confiait: «Il réfléchit à ses prochaines activités et à sa vie politique. Il n'a pas encore décidé s'il revenait à l'Assemblée.» Lemarchand ajoutait: «Je ne l'ai pas senti fragilisé ou abattu. Jérôme Cahuzac a envie de bien finir ce qu'il a entamé. Il réfléchit.»

Honoraires d'avocat

S'il songe à redevenir député, Jérôme Cahuzac envisage toutefois de ne pas être aussi assidu qu'il l'avait été durant toutes ses années passées dans l'Hémicycle. «Il a prévu ne pas revenir physiquement à l'Assemblée tant que son affaire n'aura pas été jugée. Il n'y mettra pas un orteil», assure un proche de l'ex-ministre. Ses motivations sont-elles financières? Après tout, un député gagne 13.512 € brut par mois et Cahuzac s'est récemment plaint auprès d'un député PS des honoraires d'avocat qu'il a à supporter. «Il ne fait pas cela pour l'argent, assure ce proche de Cahuzac. Il sait ce qui a été dit sur lui cette semaine. Il a pris tellement de coups qu'il n'est pas à un coup près. Cela ne peut pas être pire que ces derniers jours.» Cet ami conclut: «N'oubliez pas que Jérôme Cahuzac est un boxeur.»