" Tel est mon bon plaisir" : quatre siècles plus tard, la formule de François Ier reste d'actualité. Les têtes des rois sont tombées, mais les principes sont restés. Les princes modernes, ceux de la Vème République, cultivent l'art du caprice. Leurs désirs sont des ordres. Caprices de stars, caprices de divas. Tout devient possible. Les deux hommes se ressemblent sur ce plan. Ni l'un ni l'autre ne sont d'ailleurs des déshérités...

A l'été 2003, Jacques Chirac effectue un voyage officiel en Malaisie, en Nouvelle-Calédonie puis en Polynésie. Les deux airbus et les deux falcons de la République sont mobilisés. Pour des raisons d'emploi du temps, Bernadette Chirac fait l'impasse sur la Malaisie et rejoint directement sont époux à Nouméa, grâce à un avion de ligne avec escale à Tokyo. Las. Le confort des premières classes d'Air France ne lui convient pas. Arrivée au Japon, elle obtient que l'un des deux falcons déjà posés en Nouvelle-Calédonie vienne la chercher. Soit une douzaine d'heures de vol aller-retour pour un coût de près de 70 000 euros. Vous avez dit caprice ?

En 1972 Chirac devenu ministre de l'Agriculture du gouvernement Messmer, intègre son premier appartement de fonction, l'Hôtel de Villeroy, le premier d'une longue série. Après ce sera Matignon, puis en 1977, les 1000 mètres carrés de l'appartement de fonction de la mairie de Paris à l'Hôtl de Ville. La maîtresse de maison aménage rapidement les lieux à son goût, pioche dans les collections des musées de la ville ou dans les fonds municipaux pour décorer sa demeure de vases chinois et autres guéridons Luois XV qu'elle affectionne. Dans le jardin, elle fait installer des serres. L'endroit plaît tellement au couple qu'ils ne le quitteront qu'à regret en 1995 pour l'Élysée. Pendant toute sa carrière, Chirac s'est comporté en roi républicain vivant dans les palais au gré de ses postes.  Autre symbole des dérives chiraquiennes : les fameux " frais de bouche ", qui ont généré une confusion totale entre l'argent public et le train de vie du couple Chirac. Bons vins repas gastronomiques. En 2002, Bertrand Delanoë, nouveau maire de Paris vendra la cave qui contenait pas moins de quinze milles bouteilles de vins...

François Mitterrand était un hédoniste qui avait des goûts culinaires raffinés. Pendant les quatorze années passées à la tête de l'État, il avait pris l'habitude de se faire dorloter par la République. Son péché mignon : les huîtres et les truffes. Il était imbattable sur les différentes variétés de ces mets délicieux... L'homme qui a associé les communistes à son premier gouvernement a adopté tout au long de sa carrière une posture assez hypocrite. Pas de luxe ostentatoire, pas de signe extérieurs de richesse. Un esthète intello désintéresse par l'argent ? La vérité est évidemment plus complexe. Ses dernières vacances à l'Old Cataract à Assouan ont fait apparaître ses goûts de luxe. En vérité, le président socialiste a passé sa vie à masquer son image de grand bourgeois. Tout comme il a caché sa deuxième famille au frais de la République pendant quinze ans.

Jacques Chirac s'est moins bien débrouillé. Il s'est fait épinglé pendant son règne pour de luxueux séjours pendant l'été 2000 au Royal Palm à l'île Maurice, à la Gazelle d'Or à Taroudant, l'un des palaces les plus chers du monde. Il faut dire qu'il a toujours préféré les sorties à Saint-Trop en smoking blanc aux marches champêtre de maquisard...

L'argent des politiques Les enfants Gâtés de la République (Christophe Dubois marie-Christine Tabet)