Il ne faut pas s'y tromper, en apparence ordinaires (une maison principale, une résidence secondaire, des voitures...) le patrimoine des élus est largement supérieur à ceux de leurs électeurs. Une moyenne de 500 000 euros, soit près de trois fois plus que celui des français, dont la fortune moyenne est estimée à 144 000 euros. Cette vérité statistique explique le peu d'empressement des élus à nous répondre. Les hommes et les femmes politiques français se recrutent dans la grande et la petite bourgeoisie.... Et s'ils ne sont pas milliardaires, ils affichent des patrimoines qui les classent dans les rangs des privilégiés et même des riches. La commission pour la transparence de la vie politique enregistre les patrimoines de tous les nouveaux élus depuis 1994 et dispose de toutes les données brutes nécessaires à ce type d'enquête. Mais, seule limite à ce travail : elle n'exploite aucune de ses indications !

...Pour éclairer les électeurs, certains députés ont voulu faire preuve d'initiative. Claude Goasguen, député-maire (UMP), avocat aux mèches grisonnantes sagement rangées, porte costume et cravate sombres. Il n'a rien d'un rebelle ni d'un gauchiste. Pourtant, l'une de ses propositions de loi a fait l'effet d'une bombe parmi ses petits camarades de l'Assemblée nationale. Quel crime de lèse-politique a-t-il commis ? rendre public le patrimoine des élus. Claude Goasguen : " C'est un secret de Polichinelle. Le cacher, c'est la pire des choses. Cela permet tous les ragots et l'antiparlementarisme. Il y en a marre d'être accusé de s'en mettre plein les fouilles ! Je proposais de mettre cela sur Internet." Une hérésie pour ses amis politiques. Les élus ont cédé sur tout, y compris sur la mise en scène de leur couple, de leur famille, de la naissance du petit dernier, mais l'étalage en place publique de leur malheureux patrimoine, ça non !

Goasguen s'est fait taper sur les doigts :" Je me suis fait engueuler, on m'a reproché de porter atteinte à la vie privée. " Deux élus ont été les premiers à lui faire ravaler sa proposition de loi : Patrick Balkany, maire de Levallois-Perret, condamné pour avoir confondu l'argent de la municipalité avec son train de vie personnel, et Françoise de Panafieu, fille de François Missoffe, ancien ministre de la Jeunesse et des Sports de Georges Pompidou, et d'une comtesse de la dynastie Wendel, Hélène de Mitry, cousine du baron Ernest-Antoine Seillière, l'ancien président du Medef.

Goasguen : " Bernard Accoyer m'a dit que je gênais beaucoup certains de nos amis. Il a été inondé de coups de fil sur le thème"Il nous emmerde". " Le nouveau maire du XVIème arrondissement a donné l'exemple : il a publié ses revenus lors des municipales à Paris alors qu'il était candidat UMP : 128 164 euros de revenus imposables pour 2006 et 700 000 euros de patrimoine. Ce qui ne fut le cas ni de Françoise de Panafieu, ni de Christine Albanel ou de Rachida Dati, élues respectivement dans le IVème et le VIIème arrondissements. En matière de patrimoine, lui-même n'a, cependant, pas toujours eu un comportement exemplaire : "Je me suis fait allumer par la presse car j'avais un logement de la RIVP, qui était grand comme Versailles. Je l'ai mal vécu. " Traumatisé, il a décidé de donner l'exemple. Beaucoup lui reprochent aujourd'hui d'en faire trop. Sa proposition de loi a été déposée au bureau de l'Assemblée nationale, mais n'est pas allée dans la "niche parlementaire". En clair, elle n'a jamais été mise à l'ordre du jour ni débattue. Un texte mort-né.

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Embrouille de patrimoine.

Il va donner une explication ! Et on verra, enfin, à quel point la machination était grossière, la calomnie honteuse, la presse indigne ! Les montres au prix extravagant, les suites dans les places de Monte-Carlo, les escapades italiennes et coûteuses... Tout cela allait faire pschitt ! Depuis les révélations en décembre 2008, d'un rapport du ministère des Finances s'interrogeant sur le train de vie dispendieux de Julien Dray, le député promet de rétablir la vérité. et son honneur ! La cellule anti-blanchiment de Bercy le soupçonne en effet d'avoir détourné de l'argent des comptes de SOS-Racisme et d'un syndicat de lycéens pour améliorer son ordinaire d'une part, et d'avoir par ailleurs bénéficié des largesses de quelques entreprises de son département et de nombreux commerçants.

En quelques mois, près de cent soixante personnes de son entourage ont été interrogées en qualité de simples témoins. Dès le début de l'affaire, Dray avait fait une promesse solennelle : la création d'une commission des Sages à qui serait confiée la mission d'éplucher ses comptes. On veut sa peau. Ses amis de gauche,ses ennemis de droite, ou peut-être l'inverse ? Au fil des mois, la situation ne s'est guère éclaircie. Disparus les témoins de moralité ! Envolées, les explications complètes et détaillées longtemps annoncées ! La justice, comme à son habitude, prend son temps. Le procureur a conservé par-devers lui le dossier avec un éventuel renvoi devant la justice. Dray a déserté la scène politique. Il a consulté cinq avocats pour préparer sa défense... Depuis près de quarante ans, petites lunettes rondes cerclées de fer-blanc, cet admirateur de Clémenceau balade son imposante stature dans tous les congrès socialistes et les AG d'étudiants. Il est l'idole des jeunes qu'il a formé au militantisme. Ils se feraient tuer pour lui. Certes, Julien aime le jeu, les montres, mais ce n'est pas un homme d'argent, ils le disent volontiers. D'ailleurs il n'en a jamais sur lui. Souvent il taxe les copains. Certains se rassurent : " Ce n'est pas parce qu'il dépense beaucoup qu'il est malhonnête... Pour comprendre les turpitudes qui hantent Julien Dray, il faut emprunter un petit chemin qui descend à travers les arbres, longer des villas protégées par des haies denses et poser des questions aux voisins. " Où se trouve la maison ? C'est un peu plus bas ", indique un autochtone, le doigt pointé vers une grande bâtisse protégée par des arbres. La demeure se situe au bout d'un chemin, à Vallauris, charmante petite ville qui surplombe Cannes... Pas de signe extérieur de richesse. Juste une belle demeure de vacances bien protégée des regards... Au fil des ans, le militant socialiste a découvert le charme de la région ; il s'est fait construire une piscine a aménagé des petits studios... Dray l'aurait mise en vente quelques années auparavant. " Pour 800 000 euros environ ", soit cinq fois la mise de départ. Une résidence secondaire sans histoire ? Pas tout à fait.

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Comme tous les élus, Julien Dray est tenu de faire régulièrement une déclaration de patrimoine auprès de cette fameuse Commission pour la transparence financière de la vie politique (CTFVP) qui est censée faire trembler les élus. Régulièrement, il y faisait figurer sa villa, mais pour n montant tellement bas qu'il a fini par éveiller l(attention des membres de la commission. Et il leur en faut beaucoup. Ils se sont posé une question : est-elle sous évaluée ? Intrépides, ils se sont ensuite interrogés : comment a-t-elle été financé ? A-t-il vendu un autre bien immobilier ? Convoqué, le député est sommé d'apporter quelques éclaircissements. Il montre rapidement des signes de nervosité, car il a du mal à justifier les modalités de financement. Et pour cause : plus de dix ans après, cette villa ne lui a pas coûté un centime. Il bénéficie d'un emprunt, dont il n'a rien remboursé. De plus, l'identité du généreux "banquier" est totalement inconnue. Une situation plus que contestable, qui s'apparente à un "emprunt déguisé". L'élu est alors mis en demeure de régulariser sa situation. Décision rarissime : il est convoqué dans l'imposant salon du Conseil d'Etat, qui sert pour les réunions plénières de la CTFVP. De l'ombre des figuiers provençaus aux hauts plafonds de la République. Transition brutale...

" C'était extrêmement humiliant pour lui ", se souvient l'un des participants. Le député est pâle, regarde ses chaussures et joue profil bas. En substance, il explique dans un filet de voix ne pas avoir mesuré l'ampleur de la faute commise : " Je pensais rembourser plus tard...". L'indentification du mystérieux " créancier " : le célèbre Pierre Bergé. L'homme est un vieil ami du parti socialiste et de Julien Dray. Pendant la présidentielle de 2007, il s'est rallié à la candidature de Ségolène Royal. Le mécène à les moyens de ses amitiés : c'st un homme qui se déplace volontiers en hélicoptère pour aller dîner au Château de Codignat, un restaurant étoilé, près de Clermont-Ferrand. Cela tombe bien, son nouvel ami, quoique moins aisé, a aussi le goût des jolies choses. Il a aussi une passion pour les belles montres. Une passion coûteuse qui avait failli lui avoir d'autres ennuis judiciaires...

"L'argent des politiques" (Christophe Dubois Marie-Christine Tabet) 2009