Légalisation de la drogue, justice sociale, vieilles chaussures, et décontraction... Le président de ce petit pays d'Amérique latine cultive un style et une politique bien à lui.

José Mujica © Maxppp Paolo Aguilar

Il est la une du magazine Courrier International. Il apparaît assis, en jeans, sur une chaise en plastique, devant sa maison près de Montevido. Silhouette bedonnante, sourire tranquille, pas de cravate, de vieilles chaussures... José Mujica, surnommé "Pepe" Mujica, est à la tête d'un petit pays - seulement trois millions d'habitants. Pourtant, depuis 2009, depuis qu'il est président, il fait sensation. Il a dépénalisé l'avortement, sous certaines conditions. Et il s'apprête à légaliser la vente de cannabis : l'Uruguay va autoriser les habitants à cultiver cette drogue pour leur usage personnel. L'État se chargera lui-même de vendre la marijuana. Ça semble incroyable, mais pour les défenseurs du projet, ce système est bon moyen de lutter contre la délinquance, et aussi d'informer la population sur les effets nocifs de la drogue.

Pepe Mujica assume cette politique, comme il assume son style et son parcours chaotique. Avant d'arriver à la présidence, à 59 ans, il a passé quinze ans en prison, dont neuf ans à l'isolement total. Il a payé très cher son engagement chez les Tupamaros, la principale guérilla urbaine du pays, qui luttait contre la dictature. Quand il était derrière les barreaux, il est presque devenu fou. Il entendait des bruits. La lecture et l'écriture lui ont sauvé la vie. Lorsque la démocratie est revenue, Pepe Mujica s'est lancé en politique, à gauche, jusqu'à son élection il y a trois ans.

Dans Courrier international, la presse d'Amerique du sud reste ébahie par le style de Pepe Mujica. Le président refuse d'habiter le palais présidentiel. Il préfère vivre dans une ferme, avec son épouse qui est sénatrice. La maison est sommaire : une seule chambre et un toit en zinc. En tant que président, Pepe Mujica touche 10.000 euros d'indemnités, mais il en reverse 90%, notamment à un programme de logement des habitants les plus pauvres. Est-ce de la démagogie ? Apparemment non. Le seul "luxe" du président est une Coccinelle bleue, achetée en 1987. Pepe Mujica refuse la société de consommation. Il cite les philosophes de l'antiquité : "le pauvre, c'est celui qui a besoin de beaucoup".

Parfois, il va trop loin. Un jour, dans un accès de franchise, il a insulté plusieurs dirigeants des pays voisins. Il a traité le couple Kirchner, à la tête de l'Argentine, de "péronistes délinquants", et l'ancien président Carlos Menem de "mafieux" et de "voleur". Sur le plan politique, il a aussi des difficultés. Chez lui, il doit faire face à une hausse de la criminalité, qui reste quand même beaucoup moins élevée qu'ailleurs. L'Uruguay est le pays le moins corrompu du continent, et un des plus heureux.

Source :http://www.franceinfo.fr/societe/l-histoire-du-jour/en-uruguay-jose-mujica-le-president-philosophe-817097-2012-11-29

 

Uruguay : le vrai président normal

L’élection, en 2009, de José Mujica, deuxième président de gauche de l’histoire de l’Uruguay, ce petit pays souvent en avance sur son temps, aurait pu passer quasi inaperçue. Ce n’est pas le premier dirigeant de la région à ne pas appartenir au sérail politique. Et la presse tant latino-américaine qu’internationale l’a longtemps ignoré. Mais ce vieux guérillero rescapé des cachots de la dictature a une vraie particularité : il semble insensible aux sirènes du pouvoir, ­cultive son quotidien d’“homme normal”, en refusant tout protocole et 90 % de son salaire présidentiel. Il continue à dire ce qu’il pense – au grand dam de ceux qui souhaiteraient un président avec plus de prestance… Et n’a pas peur de lancer des pavés dans la mare, telle la légalisation totale du cannabis dans une région où la lutte contre le trafic de drogue est une question prioritaire. Un président normal, un vrai, en somme ? 

Ecrasé par deux géants, le Brésil et l’Argentine, le minuscule Uruguay aurait pu ne jamais exister. Les soubresauts de l’Histoire en ont décidé autrement, et c’est heureux. Ce nain géographique a souvent pesé beaucoup plus, en Amérique latine et dans le monde entier, que sa maigre démographie. L’Uruguay fut l’un des premiers pays du monde à abolir la peine de mort, en 1907. Six ans plus tard, il autorisait les femmes à réclamer le divorce. Mais déjà, en 1877, il n’avait pas attendu Jules Ferry pour décréter l’école publique, gratuite – et quasi laïque – sous l’influence de penseurs et d’hommes politiques libéraux, au sens politique et noble du terme.
Un an plus tard naissait Horacio Quiroga, ce que l’Uruguay a légué de plus beau au monde de la littérature, donc au monde tout court. Encore un précurseur ? Ce poète et surtout nouvelliste inimitable fut, plus tard, qualifié de “père” du réalisme magique latino-américain – Alejo Carpentier, Julio Cortázar, Gabriel Garcia Márquez, etc. Pas sûr que cet esprit libre et inclassable aurait apprécié d’entrer ainsi dans une case. José Mujica, le président uruguayen, décalé, libre et inclassable lui aussi, aurait presque pu être l’un des personnages du grand recueil de nouvelles d’Horacio Quiroga Contes d’amour, de folie et de mort* – à lire et à relire – si ceux-ci n’étaient pas aussi terrifiants et tourmentés.

“Pepe” Mujica, lui, a les pieds bien accrochés à cette terre qu’il aime. Et c’est un précurseur. Seul au monde, il lance un grand projet : l’Etat uruguayen va contrôler la production et assurer lui-même la commercialisation du cannabis. Pour lutter contre la criminalité et la délinquance et tenter de soigner, avec un programme de santé publique adéquat, les accros du pétard. Une bombe.

L'édito de Jean-Hébert Armengaud

 

 

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José Mujica: "Je ne suis pas un président pauvre, j'ai besoin de peu."

MONTEVIDEO - "Je ne suis pas un président pauvre, j'ai besoin de peu", explique à l'AFP l'iconoclaste président uruguayen José Mujica, qui reverse presque 90% de son salaire de 9.300 euros à une organisation d'aide au logement et critique la "société de consommation" ainsi que son "hypocrisie" sur la toxicomanie ou l'avortement.

Le président uruguayen José Mujica s'exprime le 5 septembre 2012 dans son bureau à Montevidéo

"Je vis dans l'austérité, la renonciation. J'ai besoin de peu pour vivre. Je suis arrivé à cette conclusion parce que j'ai été prisonnier durant 14 ans, dont 10 où si la nuit, on me donnait un matelas, j'étais content", raconte cet ancien guérillero tupamaro, emprisonné sous la dictature (1973-1985). 

Elu président de l'Uruguay en 2010 sous la bannière d'une coalition de gauche, "Pépé", comme le surnomment les Uruguayens, affiche en effet de solides convictions concernant l'"esclavagisme" moderne consistant "à vivre pour travailler" au lieu de "travailler pour vivre". 

"Le bonheur sur terre (...) ce sont quatre ou cinq choses, les mêmes depuis l'époque de Homère: l'amour, les enfants, une poignée d'amis...", énumère ce président moustachu à l'allure débonnaire, qui ne porte jamais de cravate et apprécie peu les gardes du corps. 

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Une antienne développée à la tribune du Sommet de l'ONU pour la Terre de Rio, fin juin, et son discours a depuis été vu plusieurs dizaines de milliers de fois sur des sites de partage de vidéo, lui attirant une renommée mondiale. 

"Les pauvres ne sont pas ceux qui ont peu mais ceux qui veulent beaucoup", répète-t-il au cours d'un entretien accordé à l'AFP dans son bureau de la présidence encombré de maquettes, poupées et statuettes, offertes en grande partie par des investisseurs chinois. 

Sa plus grande richesse ' Le temps. "Quand j'achète quelque chose avec de l'argent, je le paie avec le temps que j'ai passé à gagner cet argent", souligne celui qui a déclaré en mars 2012, à 76 ans, un patrimoine de 170.000 euros, constitué de sa ferme, deux vieilles Volkswagen, trois tracteurs et du matériel agricole. 

Théoricien, il n'en reste pas moins politique. Et pragmatique. "Nous serions des imbéciles si nous n'intégrions pas (le Mercosur) celui qui a l'énergie", déclare-t-il notamment à propos de l'entrée récente du Venezuela dans le marché commun constitué de l'Argentine, du Brésil, du Paraguay et de l'Uruguay. 

"Je ne crois pas que la géopolitique détermine seule l'Histoire, mais elle existe, et il est très important" d'en tenir compte, explique-t-il. 

Critiquant "l'hypocrisie" des sociétés modernes et des dirigeants mondiaux, il a aussi lancé en juin un vaste débat, qui a dépassé les frontières de ce petit pays de 3,3 millions d'habitants, sur la production et la vente de cannabis sous contrôle de l'Etat, afin de lutter contre le trafic et la toxicomanie. 

"Toutes les addictions sont mauvaises", estime M. Mujica, pour autant, "il y a toujours eu de la drogue, les drogues sont bibliques" et "certains n'auraient pas peint ce qu'ils ont peint s'ils n'avaient pas consommé de la drogue...", ajoute-t-il, un sourire provocateur aux lèvres.

Interrogé sur l'interdiction de l'avortement alors que la gauche dirige le pays depuis 2005, il reconnaît des blocages "philosophiques, religieux, intimes", jusque dans les rangs de son parti. 

Cette question "devrait être résolue par un vote direct de toutes les femmes d'Uruguay. Et que nous, les hommes, nous nous taisions !", s'emporte-t-il. 

A propos de la France, il déclare, ironique: "En bon pays sous-développé, nous admirons Paris". Et poursuit: "Paris m'émerveille parce que toutes les formes de négritude qui existent au monde (y) sont représentées". Avant de se réjouir: les Parisiens "vont tous finir café au lait !"

afp.com/Miguel Rojo

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 Le grand prix
hors compétition
du jury de la modestie 2012
est décerné cette année
à notre roi des rois national : VGE !

Pétard ! Au secours ! J'hallucine !
"Vous ne verrez jamais dans votre vie un homme d'État de cette stature." Celui qui s'est adressé, le 14 novembre 2012, en ces termes [en parlant de lui-même] à un parterre de lycéens européens réunis à la Mutualité, c'est Valéry Giscard d'Estaing, l'homme du "oui, mais", l'homme du non au référendum du 27 avril 1969. Celui qui voyait la France au fond des yeux !

Franchement il y a des jours où on se demande pourquoi on n'aurait pas mieux fait d'élire pour les pays européens et à l'UE, un type comme le Président de l'Uruguay ! Au moins ça aurait plus de gueule que toutes ces tranches de cakes qui nous gouvernent avec prétention et orgueil depuis des décennies…

Car le Président citoyen José Mujica, c'est plus qu'un pétard hallucinogène qu'il nous propose : Le bonheur au quotidien ! 
http://www.courrierinternational.com/magazine/2012/1152-uruguay-le-vrai-president-normal
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