Attention, danger : vote du TSCG au Parlement

L'heure est grave. Et je ne parle pas de l'arrestation musclée de groupes potentiellement dangereux. Je parle des choix politiques et économiques qu'implique la signature prochaine du traité de stabilité (TSCG) et globalement des trois traités européens, choix qui sont dissimulés à la population, laquelle n'est pas conviée à donner son avis.

Mais, est-ce que la situation est si dramatique que cela ?

Pour l'instant, la plupart d'entre nous ont gardé leur travail. Et si notre pouvoir d'achat a diminué, cela s'est fait en douceur, sans qu'un effondrement soudain n'ait pu éveiller en nous un véritable sentiment de révolte.

Pour l'instant, nous avons réduit nos durées de vacances, nos déplacements, nos achats. Mais ceux qui ont de quoi vivre disent qu'il ne faut pas se plaindre, que cela pourrait être pire. Et ils lorgnent avec commisération du côté des grecs et des espagnols.

Oui, mais ces derniers, dit-on, seraient de pauvres inconscients impécunieux, qui ont vécu « au-dessus de leurs moyens » : ils n'ont pas collecté assez d'impôts, pour les uns, ils ont constitué bêtement une bulle immobilière, pour les autres, ils ne travaillaient pas assez, pour tous, partaient à la retraite trop tôt... Bref, ils n'ont que ce qu'ils méritent, entend-on. Ce qui veut dire que nous, peuple vertueux, nous ne risquons en aucune manière le même sort. Voilà comment on se rassure à peu de frais...

Et puis il y a ceux qui vivaient d'intérim et ne trouvent plus de poste, ceux qui ont perdu leur emploi et n'en retrouvent plus, ceux qui avaient des revenus très bas et qui ne s'en sortent plus avec l’enchérissement de la vie, etc. Pour tous ceux-là, et pour tous les blessés du système, la catastrophe a déjà commencé.

Mais ceux-là, ils sont tellement écrases déjà par la dureté du quotidien, et les infinis calculs à faire pour gérer un budget minuscule, ils sont tellement infériorisés et humiliés de leur situation, ils s'en sentent tellement coupables parfois, qu'ils ne parviennent pas à réagir. Et, s'ils serrent les poings souvent, ils ne les lèvent pas souvent ensemble. Et, s'ils le font, le vingt-heures ne leur donne pourtant pas la parole.

Comment soumettre un peuple ? Comment lui faire admettre de voter pour ce qui va lui faire du tort ? En le faisant vivre dans la peur. En lui faisant croire que sa soumission est moins dangereuse pour lui que sa révolte. En le convainquant que toute opposition est inutile (d'où la non réponse systématique aux expressions populaires de lutte : rien n'est obtenu par des millions de personnes dans la rue, et une manifestation sur le net d'entrepreneurs mécontents obtient aussitôt satisfaction !).

Mais, aussi et surtout, en le mettant en état d'infériorité, en l'assommant d'informations contradictoires qui ne lui permettent plus de garder assez de sérénité pour analyser calmement la situation. En le culpabilisant de ses malheurs : son chômage, sa maladie, son handicap, sa vieillesse, sa pauvreté... Et en répétant des slogans en boucle qui pénètrent son inconscient sans qu'il le sache.

Peu conscient de la gravité de ce qui est susceptible de se passer, ou trop las et désespéré pour agir, le peuple ne bouge pas beaucoup, et tend le cou au bourreau.

Alors, comment faire ?

Le TSCG va être voté, alors que c'est le texte de loi que je considère comme le plus destructeur de notre économie et de notre démocratie depuis plusieurs dizaines d'années. Voté sans information populaire, sans débat, sans référendum... Voté sans que les médias fassent véritablement leur travail d'information.

Voté alors que la politique d'austérité qu'il rend définitive dans notre propre pays, est appliquée à la Grèce depuis des années avec le résultat catastrophique que l'on sait.

Je rappelle juste que l'austérité n'a jamais, nulle part, aidé à la restauration économique d'un pays. Et c'est facilement compréhensible : si l’État réduit ses dépenses, il crée du chômage, et il diminue les investissements, donc il ralentit l'économie. Ceci diminue les recettes fiscales, ce qui augmente les impôts de ceux qui en paient, le pouvoir d'achat de ces derniers va donc diminuer, ce qui ralentit encore l'économie, et ce qui augmente la dette de l’État que l'austérité était censée réduire.

Cependant la psychologie joue aussi dans l'économie et, à part les spéculateurs qui vont trouver à racheter des biens et services publics pour une bouchée de pain, les citoyens vont se réfugier dans des investissements sûrs, et réduire leurs dépenses, ce qui est logique quand on ne sait pas de quoi demain sera fait.

La machine économique va donc rapidement se mettre en panne. L'austérité va conduire à la récession, qui va permettre aux grands groupes et aux investisseurs de se goinfrer sur la bête (cf le film « Catastroïka » : http://blogs.mediapart.fr/blog/liliane-baie/140812/privatisation-des-services-publics-la-catastrophe-qui-vient-catastroik ; c'est bien filmé, et très clair)

Et nous avons voté il y a moins de six mois pour ceux qui vont décider de cela sans se poser la moindre question...

Mais il y a peut-être quelque chose à faire.

Quelle est notre marge de manœuvre, à nous, citoyens qui ne voulons pas de cette politique d'austérité, non pas pour nous enrichir tandis que la bateau coule ( non, ça ce serait plutôt l'attitude des financiers et des possédants) mais pour trouver des solutions pour rééquilibrer notre économie, la rendre moins dépendante des banques, et ne pas payer à celles-ci de dette indue ? Comment pouvons-nous arriver à faire capoter le projet actuel, et œuvrer à la mise en place d'une politique européenne respectueuse des peuples et de la démocratie, en sortant du néolibéralisme qui gangrène toute la politique européenne depuis des décennies ? Comment parvenir à rendre à la BCE la possibilité de création monétaire à destination des États, sans passer par les banques qui prélèvent des dividendes au passage ? Comment réguler les marchés financiers, taxer les revenus du capital, séparer activités commerciales des banques et spéculation ?

Il faut faire comprendre à l'oligarchie capitaliste qui nous gouverne que nous ne sommes pas d'accord.

Quelles sont les outils dont nous disposons ?

Une chose est systématiquement passée sous silence : c'est que le système ne fonctionne que parce que nous consommons. Et c'est nous qui faisons la force des grands groupes et des grands établissements financiers. Une de nos forces est là. Non que je conseille de ne plus consommer, ni de boycotter telle ou telle marque. Non, je vais juste me permettre d'émettre la suggestion de consommer « utile ». C'est quoi, selon moi, consommer utile ? C'est consommer d'une façon que l'on peut considérer comme juste et solidaire, favorisant les producteurs et commerçants individuels ou faisant partie de PME correctes.

Et que l'on ne me dise pas que choisir d'acheter près de chez soi va paupériser les travailleurs des pays étrangers. S'il est vrai qu'un certain nombre de multinationales exploitent les populations de pays aux règles bien moins protectrices des citoyens que les nôtres, c'est leur responsabilité à elles, pas la nôtre. Et rien ne dit que notre consommation est finalement globalement favorable à ces travailleurs : c'est aux actionnaires, que celle-ci est surtout favorable... En revanche, il est certain que acheter directement au producteur va aider celui-ci à vivre correctement.

Un autre outil est la toile : faire savoir notre désaccord, de nos jours, est beaucoup plus facile sur le net que dans la rue. Il est très facile de minimiser une manifestation (pour la dernière du 30 septembre, la préfecture n'a, à ma connaissance, pas évalué le nombre de manifestants, contrairement à d'habitude...). Mais quelque chose qui fait le buzz est incontournable.

Nous ne bénéficierons pas toujours de cette possibilité-là, je le crains. Utilisons-là au maximum.

Et puis usons de notre imagination, de notre créativité. J'avais suggéré d'écrire « NON ! » (http://www.agoravox.fr/tribune-libr... ) partout, du revers de notre sac à nos courriers administratifs. Mais je pense que toutes sortes de choses sont à inventer pour ne pas avoir à subir un traité qui risque de conduire rapidement un peuple en souffrance et exaspéré à se révolter.

La force du peuple est collective. Cessons de nous diviser : il ne s'agit pas d'être tous pareils ou de penser la même chose pour pouvoir agir. Il n'est même pas besoin d'avoir la même vision, il suffit d'avoir le même projet : arrêter la machine folle d'une législation européenne qui, non seulement enferme de plus en plus celle-ci dans la gangue d'un néolibéralisme destructeur de nos modèles sociaux et augmentant dramatiquement le nombre de barreaux de l'échelle sociale, mais surtout qui entend appliquer par voie bureaucratique des mesures qui ne vont bénéficier qu'aux établissements financiers, en créant une récession telle que l'Europe n'en a jamais connu.

Auteur de l'article

LilianeBaie

Sur : agoravox

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