A l’heure où chacun s’efforce de remplir sa déclaration d’impôts à temps, le magazine “Spécial investigation” se penche sur le problème des gens riches et célèbres : comment échapper au fisc ? A défaut d’être concerné, c’est l’occasion de comprendre enfin la différence entre l’exil et l’évasion fiscale ou ce qu’est une SCI. En 2009, Nicolas Sarkozy déclarait qu’“à Londres, la France s’était battue pour que les paradis fiscaux, le secret bancaire, la fraude organisée, ça soit terminé”. Las, chaque année, entre 30 et 50 milliards d’euros échapperaient encore à l’Etat. Un chiffre pas tellement surprenant, surtout dans un pays où se soustraire à l’impôt relève presque du sport national.

Première combine, a priori la plus simple : placer son argent dans des paradis fiscaux (il en existe une quarantaine) comme Panamá, les îles Caïmans, les îles Vierges britanniques, les Seychelles, le Luxembourg ou Singapour. A voir Isabelle, qui joue les candidates à l’évasion fiscale, il suffit de contacter des conseillers via un des nombreux sites internet qui proposent leurs services en la matière, de les rencontrer – de préférence, pas sur le territoire – puis de créer une société off shore et une autre qui fait office de paravent, chaque fois avec un prête-nom. Filmé en caméra cachée, le conseiller explique ensuite que, pour rapatrier l’argent, sa “cliente” doit seulement ouvrir un compte dans un pays protégé par le secret bancaire et effectuer des retraits sur ce compte à l’aide d’une carte de crédit sans nom. La prestation est facturée 5 000 euros. Mais c’est peu au regard des quelque 80 000 euros d’impôts économisés par une entreprise qui réaliserait 250 000 euros de bénéfices !

Sans compter que, de l’aveu même d’un fiscaliste, il est rare d’être pris la main dans le sac. Johnny Hallyday, Charles Aznavour, Alain Delon, Amélie Mauresmo ou Emmanuelle Béart ont, eux, préféré s’exiler fiscalement en Belgique ou en Suisse, un procédé tout à fait légal, à condition de vivre six mois par an sur place. Pourtant, ce n’est pas toujours le cas. L’ancien roi du textile Maurice Bidermann est ainsi soupçonné de ne pas résider au Maroc mais dans le 7e arrondissement de Paris. Or l’octogénaire est membre du Premier Cercle, le club des donateurs les plus généreux de l’UMP. D’où l’embarras de Bercy dans ce dossier. Détenir un compte secret en Suisse est une autre manière de se jouer de l’administration fiscale. Si cette technique est largement médiatisée depuis l’affaire Bettencourt, les agissements de banquiers suisses venus démarcher politiques, people, sportifs ou industriels français le sont moins. Selon d’anciens cadres d’UBS, qui témoignent à visage caché, la banque helvète aurait à elle seule permis la fuite de 70 à 100 millions d’euros par an ces dernières années.

Une information judiciaire a été ouverte en avril pour démarchage illicite et blanchiment de fraude fiscale en bande organisée. Pour les besoins de l’enquête, Stéphane Malterre et Nicolas Bourgouin s’intéressent à une autre manière de frauder le fisc : la dissimulation de patrimoine. Un délit qui pourrait valoir à Ziad Takieddine un redressement sur dix ans, une amende d’un million d’euros et une peine de sept ans de prison. Dénoncé par son ex-femme Nicola Johnson, à qui il refusait de verser une pension alimentaire, l’homme d’affaires franco-libanais l’assure : “Même mes ennemis, je leur souhaite de ne pas avoir un divorce aussi horrible et difficile.” L’anecdote prête à sourire… Takieddine a beau être à la tête d’un patrimoine évalué à 100 millions d’euros (collection de voitures de luxe, résidence au cap d’Antibes, yacht, maison à Londres, château au Liban…), il ne paierait pas d’impôts.

De fait, l’intermédiaire en armement se louerait à lui-même son hôtel particulier de 600 mètres carrés au Trocadéro, via une société civile immobilière. Histoire de minorer d’autant ses déclarations au fisc. Grâce au système dit des poupées russes, impossible de remonter jusqu’à lui. Au mieux, la piste mène-t-elle jusqu’à une société basée au Panamá, qui préserve l’anonymat de son propriétaire grâce à ce qu’on appelle des actions au porteur, c’est-à-dire non nominatives. Alors, tous égaux devant l’impôt, fait mine de s’interroger le reportage. Rien de moins sûr. Surtout quand, comme Ziad Takieddine, on est proche d’un certain Jean-François Copé, un temps ministre délégué au Budget. Cela n’empêche pas Takieddine d’être aujourd’hui visé par une enquête préliminaire pour fraude fiscale.

Flore de Bodman

Pour SPECIAL INVESTIGATION, Stéphane Malterre et Nicolas Bourgouin ont enquêté sur les riches et célèbres qui s'exonèrent de l'impôt, un luxe, qui n'est pas à portée de tous...

Il est vain d’espérer redresser une situation économique en imposant toujours plus la classe moyenne. Les pauvres ne peuvent plus payer d’impôts et les riches y échappent. Tout ce que l’oligarchie arrivera à faire, c’est de déprimer davantage l’économie.

Les pauvres et la classe moyenne dépensent presque tout leur argent et font donc tourner l’économie. Les plus riches placent leur argent dans la spéculation, ce qui provoque deux effets délétères; une augmentation des prix de certaines matières premières et une pression accrue sur ceux qui ont encore du travail pour augmenter leur productivité.

Voir aussi : ils-se-croyaient-intouchables-la-saga-takieddine-lire-durgence

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