« C’est en plongeant les masses dans le chaos que les élites peuvent aspirer à la stabilité de leur position » Léo Strauss

FAIRE DE LA POLITIQUE, C’EST QUOI ?

FAIRE DE LA POLITIQUE, C'EST QUOI ?

Pour la plupart des gens, la politique, ça se résume à un combat des chefs que l’on tranche, de temps à autre, d’un négligent bulletin de vote. Et après, on s’étonne que le petit peuple se désintéresse de la chose publique ! En quoi les petits soldats de l’économie de marché triomphante et indépassable — que nous sommes tous — sont-ils intéressés par les luttes de pouvoir des laquais des grandes fortunes et des multinationales

le petit peuple doit surtout s’appliquer aux petites choses essentielles à la bonne marche du monde tel qu’il est : trimer comme des bœufs, consommer comme des porcs et voter comme des moutons quand on lui intime l’ordre de le faire et pour les bonnes personnes, de préférence.

Nous sommes en mesure de voir quels sont leurs actions, leurs décisions et leurs résultats. Et nous voyons que le programme politique qu’ils suivent est bien loin de celui qu’ils nous vendent chaque jour. Tout est politique. J’entends souvent des gens qui m’assurent, la main sur le cœur, comme un gage de bonne santé mentale, que la politique ne les intéresse pas du tout. Ce à quoi je réponds toujours doctement : Si tu ne t’intéresses pas à la politique, elle, elle s’intéresse toujours à toi.

Se lever tôt est déjà un acte politique. Ce que l’on mange est politique : malbouffe industrielle, produits de saison, cuisiné main ? L’air que l’on respire et l’incinération des déchets dépendent de décisions politiques. Quand je me déplace quel est le moyen de transport le plus efficace et le plus cohérent pour la société. Chaque moment de notre vie, chaque décision que nous prenons ou que nous laissons d’autres prendre pour nous sont politiques

Dans ce monde, dans cette société : est-ce que je traite convenablement chaque personne que je côtoie dans la journée : la caissière, le facteur, le passant, l’autre connard qui conduit si mal ? Est-ce que je consacre mon temps aux choses vraiment importantes ou est-ce que je le gaspille ?

Qu’est-ce qui aura le plus de sens dans mon rapport au monde : glisser un bout de papier dans l’urne de temps à autre et laisser d’autres vaquer aux affaires collectives, en râlant abondamment au bistrot du commerce contre leurs petites inaptitudes ou grandes trahisons ou sortir de chez moi, de mon petit confort égoïste et planter allègrement les deux mains dans la merde du monde qui vit, qui bouge et qui évolue ?

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La politique, c’est l’action citoyenne, chaque jour, tout le temps. Aujourd’hui, l’essentiel de la force politique est utilisée à nous convaincre de notre impuissance en tant que citoyen et de la nécessité indépassable de nous soumettre à la loi du Marché. Santé, travail, éducation, vieillesse, tout ne peut plus se penser que comme des activités que l’on doit absolument rentabiliser c’est pour cela que nous devons être compétitifs.

Nous pouvons pérorer sans fin sur les qualités et défauts supposés de tel ou tel personnage de la « commedia politica », commenter les paroles de l’un, les vêtements de l’autre, nous extasier ou nous indigner des manœuvres de tout ce petit monde pour approcher sa chaise de la table du banquet. Dans la fonction publique, dans le privé se mêler de ce qui nous concerne c’est intervenir dans ce qui nous regarde ! Faire de la politique c’est faire du syndicalisme, faire de la politique c’est militer, faire de la politique c’est de ne pas gober tout ce que l’on nous dit a la télé! Faire de la politique, c’est exister !

 D’après un texte d’Agnès Maillard  Publié dans « DOCADOC » de l’ Union  CGT de l’ Académie de Lille

Posté par 2ccr

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