Olé !

Comme annoncé samedi dernier, le sauvetage record de Bankia et l'Espagne faisaient la Une lundi sur les marchés, doutant que celle-ci puisse affronter seule les besoins en capitaux de son secteur bancaire, ce qui contraindrait la quatrième économie de la zone euro à demander une aide extérieure.

Sans surprise, la Bourse madrilène (qui a baissé de plus de 30% depuis le 1er janvier) a ouvert dans le rouge lundi, Bankia s'effondrant de près de 27% dès sa reprise de cotation. Mais les opérateurs « responsables » veillaient au grain et le choc boursier a été reporté jusqu’à mardi après-midi, moment où le gouverneur de la Banque d’Espagne a présenté sa démission.
 
La facture est lourde et pourrait encore s'alourdir : selon El Mundo, l'État devra injecter 30 milliards de fonds publics dans les trois établissements bancaires placés sous sa tutelle en raison de leurs grandes difficultés : CatalunyaCaixa, NovacaixaGalicia et Banco de Valencia. Ce qui ferait donc un total de plus de 50 milliards d'euros que l'Espagne devra allouer à ses banques, de quoi susciter des doutes sur sa capacité à apporter seule ces fonds, à un moment où sa discipline budgétaire est étroitement surveillée par les marchés et l'Union européenne.
 
Appel à l’aide européenne ?
 
« Après avoir été forcé par les membres de l'eurozone à mettre en œuvre des mesures d'austérité au prix d'un sacrifice politique très élevé, le parti en place en Espagne ne veut pas être davantage humilié en demandant à bénéficier du fonds de sauvetage européen. Même à ce stade, les proches du gouvernement semblent davantage préoccupés par les partis politiques que par le sauvetage du pays et de l'euro », estime Max Bruche, conférencier en finance à la Cass Business School, à Londres. Le recours à l'aide européenne a aussi l'inconvénient d'être négocié en échange d'un plan d'ajustement économique, semblable à ceux imposés à la Grèce, à l'Irlande et au Portugal. Mettre la quatrième économie européenne sous tutelle serait en outre porter un rude coup à l’orgueil espagnol. Les Espagnols ne sont pas prêts à supporter un mépris semblable à celui affiché ce week-end par Madame Lagarde à l’égard des Grecs.
 
Madrid préfère donc étudier la possibilité d'injecter les 19 milliards d'euros dans Bankia sous forme de titres de dette publique, afin de lui permettre d'obtenir des liquidités auprès de la Banque centrale européenne, en échange d'un collatéral encore jugé sûr ( ! ) . Mais le montage aurait été sèchement retoqué par la BCE, au motif que cela reviendrait à financer l'État espagnol par l'institution monétaire, a affirmé le Financial Times mercredi matin. L'autre option envisagée par Madrid, beaucoup plus classique, consisterait à recapitaliser Bankia via le fonds de restructuration bancaire (Frob), dont les emprunts sur le marché sont garantis par l'État. Le déficit public n'en serait pas creusé, mais cela pourrait coûter très cher à l'État espagnol étant donné les taux demandés à Madrid (plus de 6,5%). Des rumeurs ont fait état également d’un appel à l’aide qui serait lancé par l’Espagne au F.M.I.
 
Crise bancaire et crise souveraine
 
Après cinq mois de progression, le volume de dette souveraine détenue par le secteur bancaire a reculé le mois dernier, d'après les données publiées hier par la Banque centrale européenne. Les banques espagnoles en particulier se sont montrées plus prudentes. Leur détention a reculé de 3,6 milliards d'euros à 261,3 milliards en avril, après avoir grimpé de 86,7 milliards en quatre mois. Les données de la BCE ne précisent pas la nationalité des titres détenus mais il s'agit évidemment d'emprunts souverains domestiques, les établissements nationaux s'étant substitués aux non-résidents, vendeurs nets de titres d'État espagnols depuis février. Les taux s’en sont sacrément ressentis : le rendement à dix ans sur la dette espagnole est monté hier à 6,61%, tout proche de son record de novembre 2011.
 
Question de dire que l’Espagne ne pourra certainement pas tenir ses engagements, la Commission européenne s’est dite « prête à envisager de prolonger d'un an le délai pour que l'Espagne atteigne ses objectifs budgétaires (3% de déficit maximum) », a précisé le commissaire aux Affaires économiques, Olli Rehn. Madrid a vu son déficit atteindre 8,9% du PIB l'an dernier et prévoit de le réduire à 5,3% cette année et à 3% en 2013, mais ces objectifs sont définitivement hors de portée en raison notamment de la récession qui frappe le pays.
 
La crise espagnole actuelle met en valeur le lien étroit entre les deux crises que traverse l’Europe : celle de la Dette des États (Crise souveraine ! cela fait plus chic) et la crise bancaire. Comme je le rappelais récemment, les États soutiennent les banques. Depuis la crise de l’automne 2008, elles ont bénéficié d’un appui massif qui a contribué à accroître la dette des États. Ceux-ci attendent que les banques contribuent à refinancer leur dette roulante, sur base d’un point de non-retour : pas de nouvelles dettes, donc l’équilibre des budgets. Les États n’y arrivant pas doivent passer à la trappe. Si la situation espagnole (de même que celle du Portugal et de l’Italie) est plus qu’inquiétante aujourd’hui, c’est que les calculs budgétaires font état d’un maximum de 6% sur les emprunts d’État à dix ans. Un niveau franchi en période de crise à la fin 2011. Où pourra s’établir le nouveau standard sans tuer la poule… ?
 8d6b9814
 
Récession
 
Ce qui va considérablement plomber l’économie dans les mois qui viennent, c’est l’impossibilité pour les régions de trouver de l’argent frais. C’est ce que révélait l’appel du président de la région Catalogne vendredi dernier. La situation n’est pas très différente de la France. Selon une enquête de l'Assemblée des départements de France (ADF), en moyenne début 2012, les banques ont proposé de prêter aux départements 35% de la somme qu'ils demandaient au titre des emprunts à long terme. Le taux était de 49% l'an passé. Et il y a quelques années, les élus locaux trouvaient plus de crédit qu'ils n'en avaient besoin. La pénurie touche également les lignes de trésorerie, la réponse des banques couvrant seulement 44% des montants demandés par les départements. Ceux-ci, comme les municipalités, vont sacrément réduire leur train de vie, faute de susciter une révolte des contribuables à l’automne. Déjà de la façon dont cela se présente – vous le verrez à vos impôts sur le revenu et aux impôts locaux - la situation sera difficile à gérer à la rentrée et on comprendra alors tout le sens caché de l’appel de Madame Lagarde aux Grecs : « Payez vos impôts ! » Par contrecoup, ce sont « des milliers d'emplois en jeu » a alerté à la conférence de l'Association des maires de France Patrick Bernasconi, président – comme par hasard - de la Fédération nationale des travaux publics.
 
Il n’est pas fortuit que, parlant de l’Espagne, je vous donne des exemples relatifs à la France, car la situation des deux pays est très semblable. Si ce n’est qu’en Espagne, la crise immobilière est ouverte, alors qu’elle ne va pas tarder à éclater en France. Des deux côtés, le système bancaire est peu fiable. Et des deux côtés, c’est le budget des régions et des municipalités qui va complètement déstabiliser la situation et faire plonger les pays dans une récession grave, laquelle plombera définitivement le budget des États, etc., etc. Ceci mettra en valeur toute l’absurdité des mouvements désordonnés et désespérés des politicards français et espagnols pour favoriser la relance, sur laquelle tout le monde est forcément d’accord mais pour laquelle on ne trouvera pas le premier centime… !
arton18371_3633e 
 
L’euro
 
En attendant, le phénomène majeur de la semaine, c’est que l’Euro est au plus bas, en tout cas de plus en plus bas. C’est un signe indubitable que les capitaux fuient la zone. S’oriente-t-on vers une baisse de la monnaie unique au niveau de 1 € = 1 $ ? Et pourquoi n’arrimerait-on pas l’euro au dollar américain pour former une monnaie unique mondiale ? Ce possible recours explique en tout cas pourquoi lors de la création de l’euro, on a fixé ce nouvel étalon si proche du dollar, l’autre explication étant qu’étant pris très haut pour tous les Européens, ce choix rendait une sacrée inflation difficilement mesurable, en tout cas facilement niable. Il n’est pas exclu que la baisse de l’euro s’accentue dans les semaines et les mois à venir. Mais on dépend là d’autres facteurs de la situation internationale : une crise politique en Chine ou une guerre au Moyen-Orient par exemple, des facteurs qui feraient incontestablement pencher la balance en défaveur du dollar et ralentiraient la baisse de la monnaie européenne.
 
Je le répète : nous vivons les étapes intermédiaires préliminaires à un éclatement général. Contrairement à l’illustration choisie pour cet article, le taureau est loin d’être mort ! Lorsqu’il le sera, nous n’aurons pas de difficulté à nous en rendre compte : la baisse ne frappera pas l’euro face au dollar ou le dollar face à l’euro, elle frappera toutes les monnaies dont elle mettra en valeur l’être véritable, celui de monnaies de singe !

Auteur de l'article

maltagliati

291989_2209947692663_1366596100_32290558_1897058626_n1