L’Etonnante Inquiétude Du Citoyen Jean-Michel Aphatie

Jean-Michel Aphatie est « inquiet »... Et si il l’est, écrit-il le 13 de ce mois d’avril 2012, c’est parce que « cette campagne ne sert pas à grand-chose ». Les grands sujets, les périls, immédiats ou lointains, qui nous menacent, les errements de nos dirigeants successifs, etc., aucun de ces points n’est sérieusement abordé, disséqué, débattu.

Quoi que l’on pense, a priori, de M. Aphatie, il me semble difficile, sur ce constat, de lui donner tort. A moins, bien sûr, d’être un partisan, un militant, un supporteur, bref un aveugle et sourd, un embrigadé jusqu’au cul. Ceci étant, il n’est pas inopportun de se demander, après lecture de cette prose lucide, à quoi il sert, Aphatie ! Et avec lui, un certain journalisme français.

Car après tout, dans cette campagne de premier tour, les candidats, grands ou petits, seront venus exposer leurs programmes, leurs idées, leurs projets ; partout. Je veux dire : dans tous les médias. N’était-ce pas l’occasion rêvée pour les placer face à leurs contradictions, leurs insuffisances, parfois même leurs mensonges ? N’était-ce pas le moment, enfin, de leur poser les bonnes questions, et de s’y tenir ? J’entends par "s’y tenir", faire fi des diversions, des sourires connivents, de la petite phrase qui noie le poisson, de ces figures de style qui ravissent les imbéciles. "S’y tenir" signifiant : faire son métier. Celui de journaliste. Vaille que vaille. Et quoi qu’il en coûte.

Seulement voilà, nonobstant le fait que cela impliquerait que ledit journaliste oubliât, le cas échéant, l’annonceur, l’actionnaire, ou l’industriel qui l’emploie, il conviendrait itou qu’il traitât d’égale façon chaque candidat. Or, et très manifestement, d’Aphatie à Elkabbach en passant par Cohen, on se complaît à être dur avec les présumés faibles, beaucoup moins avec les supposés forts. Ce qui n’est pas (bien qu’outrés, ils le nient) chose nouvelle. Au contraire ! C’est une triste constante.
Le problème, voyez-vous, c’est que, cette complaisance ça prend de la place, pour ne pas dire trop de place. De fait, il n’en reste pas lerche pour aborder l’essentiel. Comme l’avenir d’un pays. En déclin.
Alors après, venir s’étonner, comme Aphatie, que, dans cette campagne présidentielle, « les grandes choses n’y prennent pas une grande place » c’est l’hôpital qui se fout ouvertement de la charité.

Oh j’entends bien que tous ces journalistes et autres éditocrates (Duhamel, Joffrin, Barbier, etc.), pour beaucoup starifiés, militent pour une présidentielle à l’américaine. Soit : deux candidats principaux (UMP, PS) et un troisième (Modéré) pour tenir la chandelle. Pour eux, ne devraient pouvoir se présenter à ce scrutin, dit majeur, que ceux qu’ont véritablement une chance d’être élus.
Qui ne l’a pas encore compris ?

Mais dix candidats, non ; ça les emmerde. Pis : ça désacralise la présidentielle. Ca la folklorise, qu’ils disent... Doit-on comprendre que si effectivement, nous n’avions à choisir qu’entre trois candidats (et non : trois options) ces journalistes feraient alors leur métier ?
Permettez-moi d’en douter...Suite ici

Philippe Sage