Le problème d’Arnaud Montebourg, c’est sa famille d’accueil

Cher Arnaud Montebourg,
Le 9 octobre 2011, j’ai sorti un euro de ma poche pour signer une certaine reconnaissance aux idées anti-mondialistes que vous portiez. Ne vous affolez pas, je ne vous redemanderais pas cette somme, mais il est vrai que cette monétarisation subite de mon affection aux valeurs de la gauche, m’a interpellé, moi qui fut élevé dans une région minière ou ceci n’avait jamais besoin d’être prouvé.

J’ai soupesé longtemps les propos sur la démondialisation.
Il y avait la radio.
Mais son flux constant éparpille, et je m’en sert plutôt comme harpon pour regarder ailleurs.
Il y avait le monde diplomatique. Je l’achète quelquefois, comme je prenait Pif le Chien,
Il y avait les articles indigestes, mais documentés du mouvement Attac, en fonction de leurs périples universitaires.
Et puis il y avait vos écrits et discours télévisuels, qui je l’avoue, m’ont séduit.
Car vous parlez bien, votre apparence est franche, et vos énoncés limpides.

Je me suis donc déplacé pour ce vote.
Je dois vous préciser que je n’ai jamais été militant d’aucun parti.
Même si j’ai travaillé pour des organismes alternatifs miraculeusement mis sur pied par l’état dans les années 80, même si toutes les entreprises (dont plusieurs SCOPs) que j’ai créées firent que le moins argenté des salariés fut toujours moi-même, même si je me sens communiste en esprit et en actes jusqu’au bout des ongles, et que je suis assez fier d’avoir communiqué ce virus à mes enfants et à quelques amis, j’ai résisté pendant 30 ans à l’idée de participer à toute officine politique, tellement les discours que j’y entendis m’ont paru glauques.

Je fait également partie de ces gens un peu timides, comme ces artisans incapables d’exploiter un apprenti, ces paysans incapables de sacrifier les efforts de leurs anciens pour massacrer leurs terre, ces médecins qui ne font pas toujours payer, des petits patrons qui pleurent en silence à ne plus pouvoir résister à la concurrence hystérique des marchés, ou ces ouvriers qui s’associent dans l'ombre pour sauver leur outil de travail.

Vous pourriez également me prendre pour un anarchiste individualiste, voire hédoniste.
Car d’après nos brillants observateurs politiques, soit les gens ne pensent pas, ne votent pas, mais se marrent en crachant sur le politique, soit ils sont abonnés à un parti, avec toutes les conséquences heureuses ou désastreuses que cela peut engendrer, soit ils pensent à l’intérêt de voter pour une chose en fonction de leurs peurs ou de leurs fantasmes, soit ce sont des anarchistes réfractaires à notre système démocratique.
Mais non, j’ai bien essayé Michel Onfray mais je l’ai trouvé un peu scolaire, dans la forme bien sûr, alors j’ai arrêté.
Je me suis même mis à voter, il y a 15 ans. Sans passion, toujours pour conjurer des catastrophes. Qui n’ont jamais manqué hélas de se produire.

Et j’ai donc voté avec joie pour vous, devant les yeux éberlués de deux préposés qui n’en revenaient pas d'une telle conviction, dans un bureau de vote glacial qui n’empilait depuis le matin que des voix pour Martine Aubry.

Il y avait plusieurs attitudes dans ce vote, et vous l’avez bien compris.
Dans le plus intelligible de votre jargon, vous devez appeler cela une dynamique liée à un courant d’idée.
En réalité, il y a beaucoup de gens qui ont voté pour vous, comme on donne rageusement un coup de pied dans une poubelle.
Ca fait un peu mal, ça ne sert pas à grand chose, mais ça soulage.
C’était un peu mon cas. Pas pour démolir le PS bien sûr, mais pour espérer le requalifier grâce à ce que vous représentiez.

Donc, comme beaucoup, on vous a attendu au tournant. Une semaine, deux semaines.
On attendait votre parole tranchée, et la petite fissure qui aurait tant pu faire revivre ce grand parti.
Et puis rien n’est venu. Sinon votre ralliement inconditionnel à ce candidat dont vous aviez tant critiqué les lignes politiques.
Et puis vous êtes remonté sur votre petit vélo, écarté de l’équipe de campagne des présidentielles, mais autorisé à vous faire hisser dans les montées par son autobus poussif, et toujours prêt à vous lâcher dans les descentes, avec les envolées lyriques dont vous avez le secret.

Vous avez inventé ce mouvement "La Rose et le réséda", bourré de bonnes intentions, mais aujourd'hui incapable de porter plus haut l’élan du grand patriotisme industriel antimondialiste qui brillait pourtant de tout ses feux dans la nuit des primaires socialistes.
Toutes vos belles idées sont aujourd’hui à l’actif du Front de gauche, et ceux qui vous aimaient, écrivent sur votre blog, pour les excuser de vouloir voter Mélenchon. Ne restent que quelques inconditionnels qui vous implorent de repartir au front pour faire « changer le PS de l’intérieur », mais qui au fond d’eux-mêmes, ne semblent ne plus trop y croire.

Vous étiez pourtant quand même gonflé.
En annonçant aux Français que « le plus gros problème de Ségolène Royal, c’était son compagnon », vous avez signé pour 3 raisons l’une des paroles politique les plus lumineuses que votre parti n’a jamais exprimé depuis 10 ans :
Vous aviez défendu l’honneur d’une femme, et sur ce point, tout le monde a apprécié.
Vous vous êtes montré gougeât, mais comme l’outrecuidance du propos en dépassait l’indélicatesse, c'était enfin une parole qui ridiculisait toutes les langues de bois.
Enfin, vous vous êtes montré extra lucide, en montrant que le besoin de tout dominer de quelques uns, pouvait aller jusqu’à refuser pendant 5 longues années l’accession au pouvoir d’une famille politique toute entière, et un peu de bonheur à la France.

Désolé donc pour le titre de mon article, mais vous aurez compris qu’il est plutôt flatteur.
Car laissez nous croire encore que l’ignominie vient de ceux qui vous permettent d’avoir une existence parallèle, mais ne se sentent en rien solidaires de vos idées.

Pourtant :
Etiez-vous obligé de vous excuser dans votre déclaration du 22 Février, d’avoir laissé voter par votre abstention le traité du MES, et de permettre ainsi à des dizaines de députés de se dispenser de toute explication ?
Etiez-vous obligé de dire que voter de cette manière à ce traité ignoble était une façon de donner la confiance en François Hollande ?
Etes vous sûr comme vous le dites, qu’une division sur ce sujet ne vous grandirait pas aux yeux des Français, et de toute la gauche, même socialiste ?
Et quelle tête ferez-vous dans quelque mois si votre candidat est élu et nous annonce qu’il ne peut rien renégocier, ou quelques broutilles ?

Auteur de l'article

nacomeda

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