Du haut de mon balcon fleuri

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 Vaincu et inutile depuis bien longtemps, je vous regarde du haut de mon balcon que j’ai fleuri d’un œillet dérisoire, symbole d’une myriade d’espoirs déçus et de blessures profondes. Ayant, depuis quelques années, dans un confort suffisant et paisible, le temps de réfléchir, nager et me souvenir, lire (quel doux parfum que la lecture !), observer et décortiquer, ce mélange détonant qui se déroule et s’enroule sous mes yeux me fait aujourd’hui exploser. De terreur.

  Mais « Nom de Zeus », essayez, essayons de regarder au-delà du quotidien. Projetez-vous, projetons-nous dans quelques mois, une poignée d’années ou plus loin encore (je ne serai plus parmi vous). Imaginons ce que nous deviendrons et deviendront vos fils et…ma petite nièce que je chéris tellement, si nous ne refusons pas le chemin que ceux que j’appellerai les « puissants de l’ombre » veulent nous faire suivre…

 Voilà longtemps que les épures du futur, qui sera le vôtre plus que le mien, ont commencé de m’effrayer puis de me mettre en colère. Surtout depuis que j’ai planté ma tente, au soleil et à la campagne, au sein d’une société qui continue de vivre à « l’échelle humaine » (pour plus longtemps encore hélas), en cultivant ses traditions pour mieux s’offrir quelques pincées de « modernisme » (ce mot commence à m’irriter car il est devenu le plus vil des alibis). Une société souvent pauvre dans le sens où nous, occidentaux, avides d’inutile, concevons la pauvreté, mais plus riche que la nôtre en attentions, éducation, tendresse, générosité, humilité, tolérance, respect de l’autre et de la nature, où la famille demeure le maillon essentiel. Une société où l’on ripaille aussi bien pour les naissances que les décès, car elle a su depuis toujours que là sont les deux seules vérités de la vie.

 Rassurez-vous, il ne s’agit pas de propos d’ancien combattant ou de fieffé « nostalgique ». Non. Il s’agit plutôt d’une évidence. Le paradis est ici bas et nulle part ailleurs comme on veut nous le faire admettre, histoire de mieux marner dans l’ineptie plutôt que la souffrance. Et à l’allure où va ce que les autres, sales menteurs, nomment « l’évolution, dans l’égalité de la race sur la planète », ce paradis, transformé depuis quelque temps en purgatoire, sera un enfer pour la plus grande majorité. Quelle soit blanche, rouge, noire ou jaune, française, indienne, anglaise, chinoise ou apatride, juive, chrétienne ou musulmane ou que sais-je encore ?

 La mondialisation ? Voilà le grand sujet qui devrait animer la plupart, sinon la totalité, des réflexions. Sur ce site, en France, en Europe et partout, y compris dans les pays dits émergents.

 A l’heure où la vitesse de la communication comme celle des échanges a rendu la planète pareille à un village et a détruit le rêve, cette « nouvelle invention », système ignoble, a plongé le monde entier dans l’ère de la civilisation des « marchands » et uniquement « des marchands ». Un énorme souk à grande échelle dans lequel les nations, par la volonté de financiers apatrides de haut vol, se disputent les meilleures places et les plus gros profits, sans jamais se pencher, ou presque, sur les déboires qu’ils engendrent pour leurs propres peuples et encore moins sur ceux, plus terribles encore, qu’ils exploitent, un peu partout dans le tiers monde, et qui sont devenus soudain, sans même s’en rendre compte, les esclaves du XXI° siècle.

 Au-delà des crises, au plutôt des purges, provoquées par elles-mêmes, la bourse et les banques, armes favorites des multinationales, y règnent effrontément et, toujours aussi vorace, le grand capital qui ne s’est jamais aussi bien porté malgré une poignée de faillites, jongle avec les usines ou les sociétés, ainsi qu’avec des millions et des millions d’hommes et de femmes. Un Monopoly planétaire où on vend au plus haut après avoir acheté au plus bas, où on délocalise, licencie à tour de bras, investit ailleurs. Où on tue « à petit feu ».Toujours dans le même but : la recherche quasi permanente du profit. Enorme et rapide, bien entendu.

 Dans les pays dits civilisés, la mondialisation n’a que faire des chômeurs et des « érémistes », des sans abris et de la misère qu’elle sème. Mieux, toujours aussi affamée, elle s’apprête même à dévorer puis gérer les piliers que sont dans certains d’entre eux (en France surtout) les services sociaux nationaux, y flairant depuis des lustres, la masse de « fric » qui y transite. Et il n’est pas loin le jour où elle aura ligoté sans effort aucun des pays entiers. Allez demander un peu aux grecs ce qu’ils en pensent. 

 Dans les pays dits émergents, si étendus soient-ils, où le syndicalisme n’existe pas ou si peu, le dédain de la mondialisation pour l’Homme est tout aussi malfaisant. Avec la complicité de sous-traitants locaux, elle ferme, par exemple, les yeux sur les millions d’humains qui turbinent pour elle une douzaine d’heures au quotidien, du lundi au dimanche inclus, sans couverture sociale et pour des salaires dérisoires que l’on paye souvent avec deux à trois mois de retard.

 En quelques années cette pieuvre venimeuse s’est installée partout, et, gavée à en vomir, deviendra bientôt le pire cataclysme que la Terre ait enfanté. Et je n’ai pas encore entendu une seule voix ou une plume, visionnaire et puissante, qui martèle ce terrible danger qui nous guette. Chez nous comme ailleurs et a fortiori en France où depuis plusieurs décennies, ne vous en déplaise, les philosophes, grands écrivains, architectes du futur ou même politiques honnêtes, ont disparu.

Auteur de l'article

Henri François

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