"Les petits de la Passiflore"

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Extrait :

La fillette ne dormait pas. Pelotonnée dans son lit, son pouce dans la bouche, les yeux ouverts, elle guettait le moindre bruit de cette nouvelle chambre où on l’avait mise.

Un enfant qu’elle ne connaissait pas grogna dans son sommeil, et la fillette pensa à son frère Benoît, qui était resté là-bas, chez la méchante femme. On lui avait permis d’emporter son doudou, alors elle le serra plus fort. Pourquoi Benoît n’était-il pas ici avec elle ?  Ils n’avaient jamais été séparés, et aujourd’hui Maëva faisait la première expérience de la solitude, et cette expérience était cruelle. Son grand frère, son soutien de toujours, lui manquait terriblement, il lui semblait que la seule flamme qui réchauffait sa misérable vie avait été soufflée, et elle ressentait le froid jusqu’au plus profond de son âme. Elle ressentait ce manque comme un abandon, comme un saut dans l’inconnu. Certes, elle avait vécu dans le calme cette première soirée au foyer, et cela était nouveau depuis longtemps, depuis les jours heureux à la Passiflore, mais ces jours lui semblaient si loin que le goût du bonheur avait depuis longtemps perdu sa saveur.

A la solitude et au calme de ce lieu, s’opposaient la présence de son frère et les brimades de la méchante femme. A tout prendre, elle se demandait ce qui lui pesait le moins, être au calme mais sans son frère, ou être avec lui mais subir les coups de la méchante femme.

D’ailleurs avait-elle jamais connu autre chose que les brimades, les cris et les coups ? Elle n’avait plus la réponse à cette question, désormais s’imposait dans son esprit, l’idée que la vie était ainsi, cruelle et insupportable, et que les grandes personnes étaient toutes méchantes.

C’est pour cela qu’elle n’avait pas répondu aux questions de la maîtresse qui s’inquiétait des marques sur son visage ; elle avait aussi refusé de parler aux gendarmes qui l’avait questionnée parce qu’ils l’effrayaient, et elle n’avait pas non plus parlé à l’assistant social, qui était arrivé d’urgence sur sa moto, et qui l’avait ensuite conduite dans ce lieu où vivaient déjà de nombreux enfants. C’est dans la voiture qu’elle avait pleuré, parce que c’était à ce moment qu’elle avait ressenti le plus intensément l’absence de son grand frère.

La fillette était là dans ce lit qu’elle ne connaissait pas, parmi d’autres enfants qu’elle ne connaissait pas, loin de son frère qui lui manquait, et c’est ainsi qu’était sa vie désormais. Alors privée de son seul soutien, elle ferma son esprit pour combattre la frayeur qui l’assaillait. Elle tissa autour d’elle une enveloppe de silence et de mutisme que personne ne pourrait rompre. Ils pouvaient bien la maltraiter, la frapper, crier sur elle, plus jamais ils ne l’atteindraient, enfermée qu’elle était dans cette bulle protectrice, ultime refuge de son âme.

Le livre ici : unepagedevie.canalblog.com

Et voici ce que l'amour, qui a gagné sur la bêtise humaine, a donné de plus beau : Noélie née le 1 décembre...

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