Une révolutionnaire égyptienne pose nue pour la liberté

Photo publiée sur le blog d'Aliaa Elmahdy
 
Elle se revendique comme une "égyptienne non religieuse, libérale, végétarienne et individualiste", sur son compte Twitter. Sur le réseau social, elle dispose aussi de son propre hashtag, #NudePhotoRevolutionary. Pour dénoncer le conservatisme de la société égyptienne, Aliaa Elmahdy a posé nue sur son blog. Une démarche qui suscite de nombreuses réactions, quelques jours avant les 1ères élections depuis la chute de Hosni Moubarak.

Si cette photo dénudée crée le buzz, le combat d'Aliaa Elmahdy pour la liberté des femmes ne s'arrête pas là. Elle est aussi à l'origine du mouvement "Les hommes devraient porter le voile", qui se fait "l'écho des cris contre une société de violence, de racisme, de sexisme, de harcèlement sexuel et d'hypocrisie". Plusieurs hommes soutiennent son action et ont posté des photos d'eux-mêmes en hijab. Une manifestation est même prévue sur la place Tahrir du Caire, le centre de la révolution qui a chassé Moubarak du pouvoir. (CD)
15/11/11 11h42
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Aliaa Elmahdy habillée
Pour l'autre vraie interrogation que celle de savoir s'il faut interdire le voile ? On peut se poser la question : Comment les Egyptiennes qui vivaient presque nues dans l'antiquité se sont-elles retrouvées ainsi cloîtrées vestimentairement parlant dans leur vie quotidienne ? Sûrement pas à cause du réchauffement climatique en tout cas !

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Il est vrai que ce ne sont pas les militaires qui gouvernent en sous-main d'une poigne de fer ce
pays depuis des décennies qui feront évoluer favorablement les choses dans ce domaine là
aussi…

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Publié par
biere2011

Courageuse ou suicidaire ? Militante ou provocatrice ? Féministe ou aguicheuse ? Aliaa Almahdy, une jeune Egyptienne qui a posté une photo d’elle nue sur son blog, est devenue le principal sujet de discussion de la Toile égyptienne. Sa renommée est d’ailleurs en train de s’étendre à tout le monde arabe et à la blogosphère mondiale, tant sa démarche, dans un pays très conservateur et à la veille d’une victoire historique des islamistes, étonne et questionne.

 

La photo dénote un goût très arty : Aliaa Almahdy pose debout, de face, en collants et ballerines, un pied appuyé sur un tabouret, un chouchou dans les cheveux. Le cliché, en noir et blanc, est égayé par le rouge vif des ballerines et du chouchou, colorisés. Dessous, en couleur, un jeune homme pensif pose assis avec une guitare à la main.

Dans le court texte posté entre les deux photos, Aliaa, qui se présente comme une étudiante en médias et communication, regrette que les modèles nus aient été interdits à la faculté des beaux-arts, que les livres d’arts soient désormais expurgés de toute nudité, que les statues antiques soient brisées. Elle revendique haut et fort sa « liberté d’expression ». Aliaa Almahdy, dont le blog s’intitule « Confessions calmes », se dit clairement « athée et individualiste ». Elle milite « contre une société de violence, de racisme, de sexisme, de harcèlement sexuel et d’hypocrisie ».

Le 1er novembre, elle avait déjà créé la sensation en demandant aux hommes de se voiler. Plusieurs hommes, essentiellement occidentaux, avaient posté leur photo, avec un voile, sur sa page personnelle, en signe de solidarité.

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CONTEXTE DE RADICALISATION DU DISCOURS RELIGIEUX

Aliaa n’est pas une blogueuse politique mais une militante de la liberté personnelle. « J’ai le droit de vivre librement n’importe où », revendique-t-elle. Sa démarche est sans précédent. Elle a suscité une avalanche de reproches mais aussi des commentaires de soutien. La presse égyptienne s’est fait l’écho de cette initiative et des débats mais n’a pas reproduit la photo d’Aliaa Almahdy.

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Pour l’instant, la jeune femme ne fait pas l’objet d’une campagne des salafistes, ces fondamentalistes musulmans de plus en plus visibles et influents depuis la révolution de février qui a chassé le président Hosni Moubarak. Dans le contexte actuel de radicalisation du discours religieux, plusieurs blogueurs disent craindre pour la vie d’Aliaa. Se dire athée et montrer son corps revient à briser deux fondamentaux tabous de la société égyptienne.

En revanche, le geste d’Aliaa Almahdy et les encouragements qu’elle a reçus témoignent d’une fragmentation et d’une individualisation croissantes de la société. De plus en plus de jeunes, souvent engagés dans le mouvement révolutionnaire, revendiquent haut et fort le droit de vivre et penser comme bon leur semble.

Aliaa Almahdy est la petite amie de Karim Amer. Ce dernier, originaire d’Alexandrie, avait été condamné à quatre ans de prison en 2007 pour « insulte à l’islam » : il avait, en fait, reproché à l’Université d’Al-Azhar, vitrine de l’islam officiel égyptien, sa dérive fondamentaliste.

Auteur Christophe Ayad
Source Le Monde

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