Avant la tempête

[...] En 2007, le journal espagnol El Pais publiait un supplément week-end consacré au "miracle islandais". Le ton du journal était empreint d'une grande bienveillance: économie, société, l'Islande était à la pointe de l'humanité. Je me rappelle surtout d'un trait d'esprit du journaliste qui mettait en opposition, classements à l'appui, ce petit paradis avec la lie de l'Europe: la Russie. Un pays miné par la grisaille, la déprime et la vodka. Ces lignes, ce ton, m'avaient indigné, même si je ne pouvais deviner le krach qu'allait connaître le "miracle islandais", et bien d'autres miracles tout aussi illusoires, comme celui de l'Espagne ou encore des "tigres baltes".

Le temps passant, c'est désormais l'ensemble du "miracle européen" qui est au bord du gouffre. A mesure que le système sur lequel s'est érigée la prospérité de l'après-guerre se fissure, la crise nous renvoie à une question essentielle: sur quoi repose réellement la richesse des nations? N'étant pas économiste, je ne cherche nullement à dresser ici une analyse technique de la situation mondiale dans ce domaine. Toujours est-il qu'une rencontre fortuite m'a poussé à y réfléchir.

La scène se passait dans un café du centre de Moscou. Je liai la conversation avec mon voisin de table, un homme d'affaires russophone originaire des républiques baltes qui s'était reconverti dans la vente d'or. Je lui fis remarquer que les affaires devaient bien marcher dernièrement. Après avoir évoqué la ruée vers l'or actuelle des épargnants, il fit une remarque assez juste, que je résumerai comme suit: "L'or est indépendant de toutes les magouilles d'un marché dont la valeur ne repose sur rien et s'écroulera prochainement. Vous autres Européens allez particulièrement souffrir. Vos dirigeants ont fait le choix de former des générations de nantis qui ont perdu tout contact avec la réalité, le concret. En Russie, les gens ont connu un défaut de paiement il y a 13 ans, et n'ont pas encore confiance dans le système financier. Ils auront moins de mal à prendre une bêche, un râteau et à aller cultiver le jardin de leur datcha". [...]

Hugo Natowicz

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