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Luca giordano, La mort de Sénèque, vers 1684

 

L'histoire

L'historien Tacite dans le livre XV des Annales relate la mort de Sénèque, l'ancien précepteur de Néron. L'empereur avait fait une première tentative pour se débarrasser de Sénèque : l'affranchi Cléonicus avait préparé le poison mais l'opération avait échoué. Tacite avance deux hypothèses pour expliquer cet échec : la révélation de l'affranchi auprès de Sénèque ou la propre méfiance du philosophe qu'une grande abstinence protégeait.

La conjuration de Pison contre l'empereur servit de prétexte à Néron pour réussir son funeste projet.

Les circonstances de la mort :

Le philosophe soupait en compagnie de son épouse Pompeia Paulina et de deux de ses amis quand le tribun de la cohorte prétorienne, Gavius Silvanus, lui fit part des instructions de l'empereur l'invitant à se donner la mort.

Le philosophe face à ses disciples : 

Lui, sans se troubler réclame les tablettes de son testament ; et devant l'opposition du centurion, se tournant vers ses amis, il les prend à témoin, puisqu'on lui interdisait de reconnaître leurs services, qu'il leur laisse le seul bien qui lui reste et néanmoins le plus beau, l'image de sa vie ; s'ils en gardaient le souvenir, leur inaltérable amitié y trouverait satisfaction dans le renom de vertu. En même temps, devant leurs larmes, tantôt sur le ton de la conversation, tantôt avec plus de sévérité, à la manière d'un censeur, il les rappelle à la fermeté, leur demandant avec instance où étaient les préceptes de sagesse où était la pensée méditée pendant tant d'années pour faire face à l'adversité. En effet, à qui la cruauté de Néron était-elle inconnue ? il ne lui restait rien d'autre à ajouter, après le meurtre de sa mère et de son frère que la mort de celui qui l'avait éduqué et instruit. 

Le philosophe face à sa femme :

Après ces recommandations et d'autres semblables qui pouvaient s'adresser à tous, il embrasse sa femme et un peu attendri en dépit de sa force d'âme présente, il prie et supplie sa femme de tempérer sa douleur, de ne pas l'entretenir éternellement, mais de trouver dans la contemplation d'une vie vouée à la vertu de nobles consolations à la privation d'un mari. Elle, au contraire, affirme qu'il lui faut aussi mourir et elle réclame une main pour en finir. Alors Sénèque ne voulant pas être contraire à la gloire de son épouse et aussi par amour afin de ne pas abandonner aux outrages celle qu'il chérissait par-dessus tout.

Les derniers instants de Sénèque :

Après cela, du même coup, ils s'ouvrent avec le fer les veines du bras. Sénèque, devant le lent écoulement du sang qui affectait son corps sénile et affaibli par les privations, se rompt aussi les veines des jambes et des jarrets ; épuisé par de cruelles tortures, ayant peur de briser par sa souffrance le courage de son épouse et lui-même, en voyant les tourments de sa femme de s'abandonner à la faiblesse, il la persuade de se retirer dans une autre chambre. Et, même au moment fatal, gardant toute la maîtrise de son éloquence, il appela ses secrétaires et leur livra longuement ses réflexions. (...) "