DSK II : le retour de la vengeance (et de l’hystérie médiatique collective)

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L’heure de gloire des otages et l’hystérie autour de leur libération n’aura pas duré longtemps : une journée très exactement ! Instantanément balayée par les rebondissements dans l’affaire DSK ! Et encore, ils ont eu de la chance, ils auraient pu être libérés aujourd’hui !

Aussitôt, la transe médiatique, du même niveau que celle qui a démarré le 15 mai au matin, se remet en branle. Ah, c’est sûr, il va s’en vendre du papier, et le prix du spot de pub va de nouveau monter en flèche !

Comme il y a 1 mois et demi, la nouvelle nous a tous cueillis au réveil. Incroyable rebondissement, parti d’un article du très sérieux New York Times : l’accusation est au bord du collapsus, car la victime présumée, qui vient subitement d’être déclassée au rang de “victime prétendue”, serait une vilaine fabulatrice, qui aurait menti à plusieurs reprises.

L’envoyée spéciale de France Inter à New York, Fabienne Sintès a d’ailleurs commis une erreur assez marrante ce matin à l’aube : elle a dit à l’antenne que l’affaire venait de faire un virage à 360 degrés… On peut certes supposer qu’elle a séché les cours de géométrie lorsqu’elle était à l’école, mais on peut aussi penser que c’est une manière de dire que malgré les derniers rebondissements de l’affaire, on en est toujours au même point : même partiellement libre, DSK est toujours accusé de viol.

Les derniers rebondissements, ce sont les mensonges (présumés) de la femme de chambre. Elle aurait d’abord menti il y a dix ans lors de sa demande d’asile aux Etats-Unis. On apprend également que 100 000 dollars en liquide auraient transité par son compte. Le lendemain des faits, elle aurait téléphoné à un dealer de ses amis, en taule, pour discuter de la manière de faire de l’argent avec cette affaire. Et on apprend encore ce soir, de la bouche du procureur, qu’elle aurait caché au “Grand Jury” qu’après le viol (présumé, donc), elle aurait entrepris de faire le ménage dans une autre chambre avant de se raviser et d’aller se plaindre.

C’est assez cocasse, car tout comme moi, le New York Times avait depuis le début pris le parti de cette salope de menteuse la victime prétendument présumée, et n’avait rien épargné à DSK.

D’où la déduction, plutôt hâtive, de tous nos amis les journalistes-aux-ordres de la grande presse française : DSK est innocent, il va être libéré, il va revenir en France, se présenter aux primaires, et être élu triomphalement en mai 2012, reprenant ainsi le scénario prévu de longue date, et juste provisoirement interrompu par cette petite péripétie sans importance. Voilà voilà. Ou, à peine, plus raisonnable, il va former un “ticket” avec Aubry et devenir son premier ministre. Plus raisonnable, mais plus vicieux, car ainsi DSK pourrait revenir en s’affranchissant d’une élection forcément périlleuse vu son pedigree, et utiliser Martine Aubry comme un cheval de Troie… Une raison de plus pour ne pas voter “socialiste”.

J’avais narré l’ambiance funèbre qui régnait à la rédaction de France Inter le matin du 15 mai : tous les amis de DSK, les Cambadelis, les Le Guen (bref une bonne partie de ceux qui avaient été accusés avec leur patron d’avoir tapé dans la caisse de la MNEF…) étaient venu crier leur incompréhension, leur douleur de voir leur gourou jeté aux chiens par la justice américaine, et accessoirement leur peine personnelle de voir s’éloigner le maroquin qu’ils désiraient depuis tant d’années, (sans même se demander une seconde ce qui, hormis leur proximité amicale avec le Chef, aurait pu justifier un tel honneur…)…

J’avais aussi narré comment l’inénarrable Pascale Clark, en deuil, les yeux rougis de larmes, tentait vainement de réconforter un Jean-Marie Le Guen, au bord du suicide…

Ce matin, même délire, mais à l’envers. Alors que le 15 mai on avait l’impression d’entendre le Requiem de Mozart en musique de fond, aujourd’hui c’était tout juste si on n’entendait pas le bruit des bouchons de champagne qui sautaient (heu, pardon, “qui pétaient”, s’agissant de DSK il convient de choisir ses mots pour éviter tout malentendu), des flûtes (heu, pardon, des coupes, s’agissant de DSK il convient de choisir ses mots pour éviter tout malentendu) en cristal qui s’entrechoquaient, des cotillons qui volaient… J’exagère ? A peine… Réécoutez la chronique de Pascale Clark, cette fois hilare, qui avait invité ce matin François Pupponi, ce grand homme, dont le principal (et à ma connaissance seul) titre de gloire est d’être le successeur de DSK à Sarcelles, ville dont DSK fut jadis l’élu alors qu’il habitait Neuilly, mais on ne va pas s’arrêter à des broutilles pareilles…), qui n’avait évidemment rien à dire, mais qui était venu crier son amour pour son mentor, renouveler la certitude éternelle de son innocence, et brâmer sa joie de l’espérer enfin libre.

Quelques minutes plus tard, à 8h20, c’était de nouveau Jean-Marie Le Guen qui confirmait la monopolisation  de l’antenne par la clique totalement ragaillardie de DSK.

Pupponi et Le Guen ont d’ailleurs avoué benoîtement qu’on les avait réveillés à l’aube pour leur apprendre la bonne nouvelle. On peut donc supputer qu’avant le lever du jour, la clique de Ramzy Khiroun et de ses compères d’EuroRSCG était déjà à l’œuvre pour inventer une histoire et envoyer tous les DSKolâtres la répéter dans les médias. Ce qui fut donc promptement fait. On peut certes objecter que Sarkozy fait exactement la même chose. A un détail près : Sarkozy, on n’en veut plus,  ce n’est pas pour laisser s’installer à sa place son clone, en pire.

A France Inter, toute la rédaction était à l’unisson, même Thomas Legrand qu’on a connu plus critique… Et ça continuait de plus belle ce soir, puisque lors de mon trajet retour, j’ai eu le plaisir d’écouter, outre Thomas Legrand qui faisait des heures sup (détaxées ?), Marisol Touraine et Michel Destot, deux autres DSKolâtres béats jusqu’à la caricature. Et encore, j’ai échappé pour cette fois à cette sommité dans l’insignifiance et la flagornerie qu’est Michèle Sabban…

Cette confiscation de l’antenne, cette négation de toute objectivité, devenait tellement grossière que le chef d’orchestre, Patrick Cohen, croulant sous les appels d’auditeurs offusqués, s’est senti obligé de tempérer un peu l’ambiance en diffusant quelques messages d’auditeurs courroucés. Fort judicieux les messages : un auditeur a ainsi émis l’hypothèse qu’aux Etats-Unis, on pourrait donc impunément violer une menteuse. C’est marrant, c’est exactement la réflexion que je me faisais, bouillant dans ma bagnole immobilisée dans un gros bouchon sur une autoroute luxembourgeoise totalement bloquée en raison d’un incendie dans un tunnel.

Il faut comprendre : ce rebondissement est prometteur d’un audimat record, mais requalifie également l’hypothèse du choc tant attendu entre DSK, maître du monde et du FMI réunis, et Sarkozy, maître du G8 et du Fouquet’s réunis…

C’est quand même autre chose qu’un deuxième tour avec la ringardissime Aubry, qui ressasse depuis 20 ans les même salamalecs usés, ou avec ce pauvre Hollande, qui ne peut susciter que les sourires compassés quand il prend son ton de Président…

Bon, les enfants, c’est fini ce cirque ? On arrête de s’emballer, et on examine les faits.

D’abord, il est assez étrange que la prophétie de certains (et il faut bien le dire et leur rendre hommage, surtout de certaines) se réalise, à savoir que la situation est en train de se retourner : celle qui passait naguère pour la victime parfaite n’a pas résisté au système judiciaire américain, et à la malédiction qui frappe tant de femmes violées : la victime présumée est désormais en position d’accusée pour un inventaire à la Prévert  qu’on a bien du mal à rattacher aux faits.

L’évocation de prétendus mensonges datant de 10 ans est parfaitement hors sujet.

Le fait qu’elle se soit interrogée sur la possibilité de toucher le pactole ne veut rien dire non plus. D’abord c’était après-coup (si j’ose dire), et cela semble simplement montrer que l’argent l’intéresse, ce qui est sans doute une tare… Mais quand une tare est partagée par 99% de ses compatriotes, que c’est même le leitmotiv du “rêve américain” (pour ne rien dire du rapport à l’argent de DSK lui-même), je ne vois pas en quoi cela pourrait être retenu contre elle.

Sa fréquentation de petits malfrats est certes regrettable. Mais ce n’est pas un scoop que de constater que les petits malfrats fréquentent les petites gens, alors que les grands malfrats préfèrent fréquenter les riches et les puissants, politiques ou autres. Et encore une fois, je ne vois pas le rapport avec l’affaire, sauf à affirmer que ce sont ces malfrats qui auraient monté un traquenard à but lucratif contre DSK en utilisant leur copine insoupçonnable comme arme par destination… Je n’aime guère la science-fiction en général, et encore moins quand un politique est l’un des personnages du roman.

En fait, le seul élément lié à l’affaire, c’est celui donné par le procureur lui-même, à savoir le fait qu’elle ait entrepris de faire le ménage dans une autre piaule avant d’appeler au secours. Et ça, c’est un détail que les journalistes présents ont trouvé décisif.

Mouais… Comme l’a très bien fait remarquer la seule intervenante qui n’était pas aveuglée par l’aura renaissante de DSK, le comportement d’une femme après un viol n’est pas toujours très rationnel aux yeux d’un observateur extérieur. Ici, la victime (présumée…) a suffisamment insisté sur sa peur de perdre son boulot pour se sentir obligée de continuer quoi qu’il arrive…

Je me demande donc pourquoi le procureur n’a pas ouvert deux autres affaires : l’une concernant un mensonge présumé auprès des services de l’immigration, et une autre pour complicité présumée avec une bande de petits trafiquants de drogues. Cela aurait évité le mélange des genres.

Je suis également étonné qu’on parle des mensonges supposés de la victime (supposée aussi), mais qu’on ne mette pas dans la balance les mensonges de DSK, qui est pourtant un maître notoire en la matière !  On se rappellera la MNEF, la cassette Méry, ou l’affaire Lagerfeld…

Autre effet collatéral, le retour à l’écran de ces caricatures d’avocats de DSK, et notamment de Ben Brafman, le meilleur (et donc le pire) de tous. Evidemment, ils plastronnaient. D’ailleurs plastronner, c’est quand même ce qu’ils savent faire de mieux. Et de répéter en boucle le même message, le seul qu’ils connaissent : mon client est innocent, et il sera disculpé. On n’en est pas encore là. Dans l’article du NYT que je mentionnais plus haut, l’avocat de la victime encore putative disait :

Nothing changes one very important fact, namely, that Dominique Strauss-Kahn violently sexually assaulted the victim inside of that hotel room at the Sofitel,”

Rien ne remet en cause un fait très important, en l’occurrence que DSK a violemment agressé la victime dans cette chambre du Sofitel

Tout à l’heure, la télé a diffusé l’audience du jour, et si les journalistes ont seulement retenu que DSK était libéré “sur parole”, j’ai pourtant distinctement entendu le juge dire “Of course the case is not over” (“Evidemment l’affaire n’est pas terminée”), ce qui est évidemment le fait le plus important.

Si effectivement, et qu’on le veuille ou non, la parole de la victime (présumée) est désormais plus difficile à entendre, il reste les preuves matérielles, qui sont elles indiscutables : des taches de foutre, des hématomes…

Il y aussi un “détail” troublant : depuis le début de l’affaire, ni DSK ni ses avocats pourtant omniprésents devant les micros n’ont livré le moindre récit cohérent des faits. Ils se sont contentés de répéter comme des robots que leur client était innocent. La raison, on la devine : pouvoir faire la girouette et retomber sur leurs pattes en inventant de nouveaux bobards à chaque fois que les précédents ne tiennent plus. C’est d’ailleurs ce qui s’est passé au début de l’affaire : confrontée à l’évidence, la défense est passée de “il n’a rien fait” à “il l’a niquée, mais elle était consentante

Un innocent, lui, aurait probablement immédiatement livré sa version, n’en aurait plus bougé, et aurait été conforté par l’enquête. DSK, lui, a commencé par invoquer son immunité de directeur du FMI… Même s’il devait, comme c’est désormais à craindre, être acquitté faute de preuves, il faudra pourtant bien qu’il s’explique. Et tout Euro RSCG réuni ne sera pas de trop…

Encore une chose : je ne sais pas si tous ces journalistes et ces naïfs qui évoquent le retour prochain et triomphal de DSK dans le jeu politique, et même sa candidature à la primaire, ont bien évalué une chose : grâce à cette affaire, et indépendamment de celle-ci, chacun a pu se faire une image précise de ce qu’est réellement DSK : une caricature de politicard, avec un train de vie indécent, se vautrant comme un porc dans un luxe inimaginable, cornaqué par une clique de communicants qui mène grand train et roule en Porsche. Et d’autant plus qu’il se dit “de gauche” et qu’il prétend diriger un pays qui compte 4 millions et demi de chômeurs officiels, autant de précaires, et une masse de salariés dont les revenus moyens avoisinent les 1500 euros…

Il suffit de demander aux Grecs, ils sont les mieux placés pour parler du système DSK, puisqu’ils le subissent en ce moment par tous les trous, obligés qu’ils sont de payer au prix fort les turpitudes de politiciens incapables et corrompus, de baisser leurs salaires, de brader leur secteur public au grand capital. Tout ça, rappelons-le, sur ordre du FMI, et pour maintenir les bénéfices des banksters, ceux-là même qui ont corrompu les politicards.

En fait, si DSK veut revenir faire de la politique en France, qu’il le fasse à l’UMP, il en a toutes les caractéristiques !

Pour finir, une petite devinette. De qui parle-ton ?

Il plaide d’abord non-coupable, espérant se tirer d’affaire grâce au paiement d’une caution.”

il fit arranger sa cellule luxueusement (moquette et meubles anciens)

Il avait un train de vie très dispendieux

Ses méthodes d’intimidation étaient telles que, faute de témoins à charge, il ne fut jamais poursuivi, même pour des crimes notoires.”

On voyait partout dans le pays des entreprises faire faillite et des sommes folles être englouties par la bourse

DSK ? Non, Al Capone ! …

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