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Dominique Strauss-Kahn tel qu’en lui-même

Au-delà des spéculations, toujours un peu dérisoires, sur la culpabilité ou l’innocence de Dominique Strauss-Kahn, et des hypothèses complotistes, il reste une réalité du directeur général du FMI qui était bien antérieure à l’affaire du Sofitel, et qui n’est pas à l’avantage de ceux qui ont hissé cette personnalité sur des sommets d’où la chute est particulièrement rude.

En politique, on ne marque pas forcément des points parce qu’on a raison contre (presque) tout le monde, ou parce qu’on dit la vérité quand (presque) tout le monde se complaît dans le mensonge, l’hypocrisie ou le déni de réalité. Si tel était le cas, c’est Marine Le Pen qui serait la grande gagnante de l’affaire Strauss-Kahn.

Quoi qu’il en soit, en refusant de jouer le jeu corporatiste des copains et des coquins, elle ne s’est assurément pas fait beaucoup de nouveaux amis dans le microcosme. Dimanche matin, vers 9 heures, elle déclarait sur BFM-TV :

«  … Il y a la présomption d’innocence qui reste intacte, mais la vérité - tout le monde le sait - c’est que Paris bruisse depuis des mois, sinon des années, dans les milieux politiques et journalistiques, de la relation assez pathologique qu’entretient M. Strauss-Kahn à l'égard des femmes. Certains, pudiquement, appellent ça une fragilité, d'autres une addiction. »

Et elle ajoutait, mettant le doigt sur l’un des aspects majeurs – la plausibilité - de l’affaire que tout le monde, une fois encore, affecte d’ignorer : « Quoi qu’il en soit, c’est une réalité qui fait que l’information de ce matin ne m’a pas fait tomber de ma chaise.  »

Cette plausibilité est certes accablante pour Dominique Strauss-Kahn lui-même, mais aussi pour ceux qui l’ont placé là où il est, c’est-à-dire à la tête du FMI et en position de présidentiable dans la perspective du vote de 2012. Parce qu’il y avait tout de même sensiblement plus que des rumeurs.

Il y a trois ans et demi, Dominique Strauss-Kahn sortait blanchi de l’affaire Piroska Nagy, du nom de cette collaboratrice du FMI, maîtresse du « patron », qui était soupçonné d’avoir fait preuve de favoritisme à son égard.

Le quotidien suisse « Le Temps » publiait alors, le 29 octobre 2008, sous la signature de Sylvain Besson, son envoyé permanent à Paris, un portrait de Dominique Strauss-Kahn ressemblant fâcheusement à celui d’un satyre présumé ayant sévi dans la suite 2806 de l’hôtel Sofitel de Times Square, à New York :

« Le tout-Paris médiatique connaissait l’insatiable appétit sexuel de l’ancien ministre socialiste.",

« ...l’affaire a aussi délié les langues, à la fois sur le rapport aux femmes des politiciens français et sur le tempérament singulier de Dominique Strauss-Kahn. »

« ...un comportement pesant, presque obsessionnel envers les femmes, que le contexte permissif du milieu politique français a sans doute encouragé. »

« J’ai déjà croisé des dragueurs un peu lourds. Mais là, c’était effrayant. Il n’était plus lui-même. » (Tristane Banon, citée dans l’article)

« ...l’avocat parisien Emmanuel Pierrat explique avoir été approché par une femme gravitant dans le milieu politique, qui avait répondu à une “annonce censée améliorer sa situation professionnelle”. Confrontée à des avances pressantes du politicien, elle a “pris la poudre d’escampette avant que les choses ne dégénèrent”, affirme l’avocat. »

« Aurélie Filippetti, aujourd’hui porte-parole du groupe socialiste à l’Assemblée nationale, a gardé un mauvais souvenir d’une tentative de drague “très lourde, très appuyée” de son camarade de parti. »

« D’autres témoignages décrivent ­toujours le même comportement : une ­sollicitation immédiate, insistante et directe, suivie de coups de téléphone et d’envois de SMS qui peuvent durer des jours. »

« Dans le cas de Dominique Strauss-Kahn, le problème semble aller au-delà d’un manque de maîtrise vis-à-vis des femmes. “ Il a un comportement transgressif, il considère que les règles ne s’appliquent pas à lui”, confie une personne qui a travaillé à ses côtés...
 »

 Donc, tout était connu, accessible au grand public et, par conséquent, à la classe politique comme à la nébuleuse médiatique. L’information, c’est à préciser, ne passa pas inaperçue puisqu’elle fut reprise par « Courrier international » à la page 19 de son numéro 940 (7 novembre 2008), sous un titre aguicheur, « DSK ou l’archétype du “Sexus politicus” », puis plus rien.

 En vertu de quoi, Dominique Strauss-Kahn, se retrouvait en juillet 2009, avec 73 % d’avis favorables, « personnalité politique préférée des Français » dans le baromètre IFOP de Paris-Match. La route de l’Elysée était ouverte, comme le confirmeront tous les sondages ultérieurs.

A partir de là, deux pistes de réflexion s’ouvrent à l’observateur. La première, qui devrait ravir les conspirationnistes, porte sur la collusion médiatico-politique qui va du « Figaro-Magazine » à « L’Humanité », mais aussi de l’UMPS, toutes chapelles confondues, et du Modem à Duflot-Joly-Mélenchon – qui, le cas échéant, auraient demandé à leurs électeurs de voter Strauss-Kahn au deuxième tour.

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Quant à la seconde, elle porte sur la capacité du « sympathisant » à occulter, voire à refouler, tout ce qui porte atteinte à l’image de l’objet de sa sympathie. Une attitude qu’on observe à longueur de journée puisque la plupart de ceux qui s’expriment en boucle à la télévision, les Moscovici, Dray, Cambadélis, Désir, Sabban, Hamon, Aubry et consorts, ne tiennent aucun compte de la personnalité réelle de l’inculpé, c’est-à-dire de ses détestables antécédents.

Comme si sa mise hors de cause dans l’agression du Sofitel restituerait Dominique Gaston André Strauss-Kahn aussi blanc que neige à l’affection des siens, de ses camarades de parti, des médiateux qui l’ont si « scrupuleusement » ménagé jusqu’à présent, et tant des électeurs que des électrices, féministes ou non.

 P.S. On a appris dans la matinée que le Club DSK a demandé aux instances nationales du PS de retarder les primaires pour lesquelles le dépôt des candidatures devait être effectué entre le 28 juin et le 13 juillet, afin que Dominique Strauss-Kahn puisse défendre ses chances à égalité avec les autres candidats.

Auteur de l'article : Marc Gelone

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