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Jean-Louis Borloo, les Gaz de Schiste et son avenir politique

Jean-Louis Borloo semble avoir de grandes ambitions politiques.

C’est peut-être pourquoi il refuse de répondre à toute question concernant les gaz de schiste. Mais de quoi a-t-il peur ?

On ne l’a pas entendu lors du débat sur les gaz de schiste à l’Assemblée Nationale, à peine entrevu sur la chaîne de télévision parlementaire lors de questions au gouvernement laissant, d’un air dégagé et indifférent, Nathalie Kosciusco-Morizet, son successeur, se débrouiller tant bien que mal du sujet.

 Interrogé il y a peu sur Antenne 2, la question des gaz et huile de schiste n’a pas non plus été abordée. « Question interdite » selon la chaîne.

 Nous avons donc décidé de lui poser directement quelques questions par mail, le 27 mars dernier, à son adresse de l’Assemblée Nationale mais n’avons pour l’heure reçu aucune réponse. Voici le texte de notre mail (pour plus de certitude quant à sa bonne réception, nous l’avons retransféré le 30 mars 2011)

 

Monsieur le Ministre,

Nous ne vous avons pas entendu exprimer votre avis dans le débat qui occupe de nombreux Français à propos des gaz de schiste.

Aussi nous souhaitons vous demander des réponses à quelques questions :

Les permis « Gaz de schiste » :

Vous avez accepté des permis d’une activité hautement agressive pour l’environnement sur des zones incluant notamment des parcs naturels. Pourquoi ? Que saviez-vous de la technique d’exploration ou d’extraction des gaz de schiste ?

Vous avez accordé (Villeneuve de Berg) ou jugé recevable (Brignoles) des permis d’exploration d’une entreprise, Schuepbach, annonçant un capital social ridiculement faible de 5,2 millions de Dollars (moins de 4 millions d’€uros).

 Pensez-vous réellement que cette société a les capacités d’entreprendre des travaux lourds d’exploration ou, à terme, d’exploitation de gaz de schiste, sans équipement industriel à la mesure de la chose ?

Qu’est-ce qu’un fournisseur de gaz naturel dans votre esprit ?

Pour nous, c’est un distributeur. Mais pour vous ?

Une fois qu’il sera extrait (s’il l’est un jour), ce fameux gaz dit « de schiste » mais qui n’est autre qu’un « gaz naturel », il faudra bien le distribuer.

Vous avez accepté, par décret, de nouveaux opérateurs sur le marché de la fourniture de gaz (donc de la distribution ?) dont … des banques. Nous ne savions pas encore que les banques étaient des entreprises industrielles confirmées et spécialistes de la distribution du gaz !

Parmi ces banques élues au nirvana de la fourniture (distribution ?) de gaz en France :

- JP Morgan par votre arrêté du 5 janvier 2010 : banque poursuivie pour 6,4 milliards de dollars pour avoir hébergé les « comptes Madoff ». (Une banque clairvoyante ?)

- Goldman Sachs, par votre arrêté du 19 janvier 2010 : la banque championne des subprimes qu’il a fallu que les Etats-Unis renflouent en hâte en 2008, sans quoi le système financier mondial s’autodétruisait. (Une banque exemplaire ?)

- La Société Générale, par votre arrêté du 22 septembre 2010 : la banque à qui son employé Kerviel a coûté plus de 5 milliards d’euros. (Une banque bien gérée ?)

- Le Crédit Agricole : cette fois-ci, l’arrêté, plus tardif a été signé par Eric. Besson, le 20 janvier 2011. (Si les agriculteurs ne peuvent plus exploiter le sol, qu’au moins la banque profite du sous-sol. Le bon sens près de chez nous ?)

Les banques sont-elles vraiment les meilleurs « fournisseurs » de gaz naturel possibles en France ?

Vous avez également accepté (toujours par décret), la société italienne A2A Trading. Nous ne la connaissions pas mais un petit tour sur son site internet (mot clé sur Google : A2A trading) nous permet de lire :

 The environment as an opportunity

The A2A Group has always taken great care over the close link between energy and the environment, and as such, is one of Italy’s principal hydroelectric producers which sees renewable energy as an opportunity to :

  • produce clean energy : offering third party producers the possibility of selling electricity in a manner that will take the specific characteristics of the source and added environmental value into consideration ;
     
  • market clean energy : offering structured “CO2 free” products that come from renewable sources ; 
     
  • consume clean energy  : adhering to certification systems guaranteeing that energy is from a renewable source, which can be used for marketing and communications (Renewable Energy Certificate System, RECS, Marchio “100% energia verde”, etc.). 

Croyez-vous réellement, Monsieur Borloo, que le gaz de schiste soit une énergie “clean” et que le gaz naturel ne produise  pas de CO2 et qu’il est issu d’une énergie renouvelable ?

Nous nous permettons modestement de vous rappeler 3 formules chimiques apprises en classe de 1ère D, il y a quelques années :

Combustion du propane : 1 C3H8 + 5O2 = 3 CO2 + 4H2O (+ énergie)

Combustion du butane : 2 C4H10 + 13 O2 = 10 H2O + 8 CO2 (+énergie)

Combustion du méthane : 1 CH4 + 2 O2 = 1 CO2 + 2 H20 (+énergie)

Mais peut-être que la combustion des gaz a changé ces dernières années ?

Voici, Monsieur Borloo, les 1ères questions que nous souhaitions vous poser.

Dans l’attente de votre réponse, nous vous prions d’agréer, Monsieur le Ministre, nos salutations distinguées

Brigitte Grivet

Apparemment donc, Monsieur Borloo ne souhaite pas s’exprimer sur les gaz ou huile de schiste et les permis qu’il a signés pour la France. Que craint-il ? Que ces gaz de schiste ne deviennent pour lui ce que les diamants de Bokassa ont été pour Valéry Giscard d’Estaing ou son appartement de fonction pour Hervé Gaymard ? Un coup de frein à sa carrière politique ? La ruine de ses espérances à de hautes fonctions nationales ?

Sans réponse de sa part, rester dans ce qui semblera être un déni de ses responsabilités aux yeux de nombreux électeurs (dont certains qui pourraient lui être favorables tant la question des gaz de schiste est « trans-partisane ») le sera assurément.

Des éclaircissements de ses décisions antérieures et des explications claires, qu’il est sûrement en mesure d’apporter, ne peuvent que lui être favorables. Alors ? Nous attendons … mais notre patience a des limites !

Brigitte Grivet sur Agoravox

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Pour mon amie Jane qui se bat contre l'extraction du gaz de schiste dans notre région :

 

Début janvier, peu de médias en avaient parlé avant nous. Dans l’indifférence générale, le 30 mai 2010, le Ministère de l’Écologie décidait d’octroyer trois permis d’exploration de gaz de schistes aux groupes Total, GDF-Suez et Schuepbach Energy dans une zone d’environ 10 000 km² s’étendant de Montélimar (Drôme) à Montpellier (Hérault) couvrant ainsi une partie des départements de l’Hérault, de l’Aveyron, de la Lozère, de l’Ardèche et de la Drôme. Pourtant, les risques environnementaux entourant l’extraction de ce gaz pourraient être considérables. Depuis la mobilisation citoyenne s’organise avec des manifestations partout en France, les élus de tous bords refusent cette fatalité. Le film Gasland diffusé dans une trentaine de cinémas à partir du 6 avril prochain (après une diffusion sur Canal + le 4 avril) ne va pas faciliter la fin du moratoire (prévu le 31 mai) décidé par le gouvernement. Ainsi, Christian Jacob, le patron des députés UMP, s’est prononcé ce 28 mars contre le forage de gaz de schiste, "compte tenu du risque sur le plan écologique" et "souhaite clairement que le moratoire soit prolongé ad vitam aeternam"...

 

Le gaz de schiste se différencie du gaz conventionnel car il est réparti de manière diffuse dans les couches géologiques et ne peut être exploité de manière classique. Pour l’extraire, il est donc nécessaire de forer des puits horizontaux à partir d’un puits vertical, puis de fracturer la roche par injection d’eau sous forte pression avec du sable fin et des produits chimiques pour éviter que les fractures ne se referment. Jusqu’au début des années 2000, le coût d’extraction de ce gaz était trop important pour développer massivement l’exploitation. Mais la hausse, mondiale et continue, du prix du gaz a changé la donne.

Le site NOVETHIC révèle que derrière ce regain d’intérêt se cache un enjeu géopolitique majeur, les réserves de gaz non conventionnels étant estimées au double de celles du gaz conventionnel. C’est donc toute la question de l’indépendance énergétique des pays qui est en jeu. Ainsi, aux Etats-Unis, "la proportion de gaz de schistes pourrait atteindre 25% en 2030 permettant à ce pays d’être auto-suffisant, alors que des importations massives de gaz liquéfiés (GNL) transportés par bateau étaient envisagées", analyse l’IFP énergies nouvelles. En Europe, les réserves potentielles de gaz de schistes (de 3 000 à 12 000 Mdm3, selon le CERA) pourraient permettre de multiplier par 2 la durée de vie des réserves actuelles et réduire la dépendance en importation, notamment en provenance de la Russie. L’IFP est actuellement impliqué dans le consortium GASH (avec Total GDF Suez, Repsol, ExxonMobil, etc) qui a pour mission de mieux cerner le potentiel exploitable en Europe. En France, "la géologie des différents bassins sédimentaires est plutôt favorable à leur développement, notamment dans le bassin du Sud-est, dans le triangle valence-Montpellier-Nice", estime Roland Vially, géologue à l’IFP énergies nouvelles. À en croire un document interne de Total cité par Les Échos, les ­gisements du sud de la France renfermeraient 2380 milliards de mètres cubes de gaz, soit cinquante ans de consommation natio­nale.

Ainsi, depuis le début du printemps 2010, le géant pétrolier français TOTAL et le Texan Schuepbach sont libres d’explorer 9672 km² dans le Sud de la France, un terrain de prospection grand comme la Gironde. Signés par Jean-Louis Borloo, trois permis exclusifs de recherche (Permis de Montélimar ; Permis de Nant, Permis de Villeneuve de Berg) dessinent un gigantesque V de Montelimar au Nord de Montpellier, remontant à l’Ouest le long du parc naturel des Cévennes. Pour obtenir deux des trois permis, l’Américain a cependant du rassurer les autorités françaises en s’alliant à GDF : "S’il y a un problème, ils sont juste là", confie au site OWNI, Charles Lamiraux, géologue à la direction générale de l’énergie et du climat (ministère de l’écologie) et en charge du dossier, en pointant la tour du gazier français depuis son bureau dans l’Arche de La Défense. Encore novices dans l’exploitation des gaz de schistes, les groupes français ne peuvent se passer de partenaires américains, les seuls à maîtriser la technique clef d’extraction de ces nouvelles ressources. Et c’est bien ce qui inquiète les ONG et les militants écologistes...

Depuis le début du printemps le géant pétrolier français et le Texan Schuepbach sont libres d'explorer 9672 km² dans le Sud de la France, un terrain de prospection grand comme la Gironde. Signés par Jean-Louis Borloo, trois permis exclusifs de recherche (Permis de Montélimar ; Permis de Nant, Permis de Villeneuve de Berg)) dessinent un gigantesque V de Montelimar au Nord de Montpellier, remontant à l'Ouest le long du parc naturel des Cévennes. Source de la carte : OWNI

Quels impacts ?

Le gaz de schiste est un gaz naturel contenu dans des profondes roches sédimentaires. Le mode d’extraction de ce gaz pose de nombreux problèmes environnementaux.

- L’impact sur le paysage, d’abord : sachant que les puits s’épuisent rapidement, il faut régulièrement en forer de nouveaux. On peut ainsi en trouver tous les 500 mètres. Aux Etats-Unis, on compte plus de 500 000 puits répartis dans 31 Etats.

- Les ressources en eau, ensuite : pour exploiter cette énergie fossile et non-renouvelable, il faut recourir à la technique dite de "fracturation hydraulique". D’énormes quantités d’eau et de produits chimiques sont injectées à très haute pression afin de fracturer la roche et d’extraire le gaz. On estime qu’entre 10 à 15 millions de litres d’eau sont nécessaires pour une seule opération de fracturation. De plus, plusieurs associations américaines ont fait état de contaminations des nappes phréatiques à proximité des sites d’extraction de gaz de schistes. Car, outre Atlantique, aux millions de litres d’eau les exploitants rajoutent des produits chimiques (un cocktail d’antibactériens, de biocides, d’anticorrosifs) dont la composition exacte est pour partie inconnue du public. Et pour cause : que ce soit au Canada ou aux États-Unis, la recette de ces additifs est protégée par le secret industriel. Et même si l’Agence américaine de protection de l’environnement (EPA) a sommé en septembre dernier le groupe Halliburton, à l’origine de cette mixture, d’en révéler les composants, le groupe texan n’a jamais voulu céder sur ce point. L’ancien PDG d’Halliburton avait fait voter une loi en 2005 qui empêchait l’EPA d’analyser les eaux utilisées pour les fracturations. Il s’appelait Dick Cheney, il était alors le vice-président de George W. Bush. Une étude de l’EPA évalue actuellement l’impact de cette exploitation sur la santé et l’environnement. L’EPA a déjà retrouvé des composés hautement cancérigènes, tandis que 3 ou 4 cas de pollution des nappes aquifères adjacentes et de contamination de l’eau ont été relevés aux USA. Les résultats de cette étude, attendue dans 2 ans, pourrait déboucher sur une nouvelle réglementation limitant ou décourageant l’exploitation de gaz de schistes, entraînant un intense lobbying de la part des pétroliers. En se basant sur l’étude menée l’Université de Cornell, l’Etat de New York a décrété un moratoire sur l’exploitation du gaz de schistes pour protéger ses réserves d’eau potable. Suivi par le conseil municipal de Pittsburg. 50 représentants de la Chambre des représentants ont aussi présenté un projet de loi pour remettre en cause la loi Dick Cheney.

La résistance s’organise en France

En France, les Amis de la Terre demandent fermement le respect du principe de précaution et la publication d’une étude exhaustive sur les risques sanitaires et environnementaux liés à l’exploitation de cette ressource. "Les gaz de schiste se situent au même niveau que les sables bitumineux : toujours plus loin, toujours plus profond, toujours plus sales. Notre environnement mérite mieux que ça ! Il est plus que temps de rompre notre dépendance aux énergies fossiles", dénonce ainsi Aloys Ligault, chargé de campagne responsabilité sociale et environnementale des entreprises pour les Amis de la terre qui demande une étude exhaustive sur les risques sanitaires et environnementaux de cette exploitation. Quant au parti politique Cap 21, il demande un moratoire européen. "En plus des dégâts de cette technique, cette nouvelle énergie peut freiner le développement des énergies renouvelables", craint Eric Delhaye, le président délégué de Cap 21 qui a réalisé une étude sur le sujet que vous pouvez consulter ci-dessous (Pour plus d’infos, consultez aussi le site De l’eau dans le gaz)

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