Libye : une diplomatie européenne molle, indécise et irresponsable ? La peur du boomerang, toujours...

Ils se sont réunis pour trouver une option commune au problème libyen, ils n’ont rien trouvé, ils restent divisés. Comme toujours. « Ils », les dirigeants européens, n’arrivent pas à valider l’option militaire proposée par Cameron et Sarkozy craignant un débordement de situation plus à l’aise dans le rien faire que dans l’action.

Option qui serait ratifiée par la Ligue arabe bien sûr et appelée de ses vœux par une représentation libyenne en accord avec les modalités de frappe. Le problème de cette représentation libyenne reste chaud car non réglé du fait de la reconnaissance uniquement franco-britannique d’une opposition libyenne en laquelle les autres Européens ne voient qu’une fraction insurgée sans mandat crédible. De ce dernier point de vue, on ne peut le leur reprocher, mais est-ce suffisant ?

L’enjeu unique de protection des populations ne l’a pas emporté, trop risqué, trop dangereux, trop marqué. Les motifs de non engagement restent donc de mise dans cette Europe molle qui pense que la situation s’arrangera bien toute seule, la peur de déplaire au monde arabe, la peur tout court, l’emportant sur toute intervention militaro humanitaire.

Officiellement c’est la crainte de l’escalade qui est mise en avant, personne ne veut se « compromettre » et pourtant, des bases légales sont posées : il y aurait intervention qu’en cas d’agression massive sur la population, l’exemple d’une attaque chimique ayant été évoqué.

L’Allemagne, en substance, prône l’unité, mais l’unité d’un signal fort dans le « rien faire » puisqu’elle se refuse à entreprendre quoi que ce soit qui puisse déraper. Une opération de bombardement serait donc la mauvaise option mais on pourrait faire gronder la diplomatie et ses stylos sans promettre une fessée que l’on ne pourrait donner. On a vu le résultat jusqu’à aujourd’hui. La Suède se bat pour vendre ses avions de combat mais elle reste opposée à toute intervention se reposant sur les grandes organisations ONU et OTAN.

Les Européens ont peut-être été sensibles aux menaces du colonel, seul rempart autoproclamé contre le terrorisme et l’immigration massive, nous promettant le pire si nous avions l’idée de nous mêler d’un peu trop près à ses massacres. En attendant c’est lui qui progresse, et pas diplomatiquement, à coups de roquette et d’invasions urbaines mécanisées, laminant une opposition en manque de soutien étrangers et de moyens militaires.

L’Europe reste donc, sur ce dossier , « prudente et avisée »… En attendant, aujourd’hui, un tsunami relègue la Libye à un arrière plan médiatique dont elle aura du mal à s’extraire ; un peu comme en Côte d’Ivoire où on massacre en loucedé...

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Kadhafi fait bombarder son peuple par les avions d’Alliot-Marie

J'avais un doute encore, mais je ne l'ai plus. Le sanguinaire colonel utilise bel et bien des avions Dassault pour écraser la révolte de son propre peuple. Vous allez me dire, quand on vend des armes, on ne sait pas nécessairement à quoi elles vont servir exactement (enfin pas toujours...). Il n'empêche : en acceptant de remettre à neuf douze de ses trente-huit Mirage F1 d'origine, la ministre de la Défense française a fait une grave erreur d'appréciation. Ou plutôt, son compagnon a beaucoup œuvré pour qu'elle la fasse. Créateur de l'improbable association France-Libye, c'est bien lui qui est à l'origine des liens étroits de Kadhafi avec les lobbys de vendeurs d'armes français. Si bien qu'on assiste à ce paradoxe extraordinaire, en ce moment même : des manifestants révolutionnaires brandissent des pancartes remerciant Nicolas Sarkozy de les avoir reconnus, alors qu'ils reçoivent sur la figure des bombes larguées d'avions français remis en état par la décision de celle qui fut sa ministre aux armées... même un BHL au pire de sa forme n'aurait jamais pu imaginer pareil scénario.

En ce moment aussi, on tombe aussi au hasard des journaux surréalistes de J-P Pernaut entre la saga des carnavals, la météo et la grande enquête sur le pouvoir d'achat de la ménagère en Europe, on tombe sur des perles, qui ne durent que quelques secondes. Ainsi début mars, au hasard d'une caserne abandonnée visitée par le cameraman de TF1,  on tombe sur des missiles Strela, russes, bien plus efficaces que les canons de DCA des insurgés inexpérimentés, mais aussi encore sagement rangés dans leurs caisses des missiles anti chars français : des SS-11, quidés par fil (vendus aux américains !). Les révolutionnaires sauront néanmoins se servir des Strela 9K32 (SA 7 Grail),il semble bien... le tout étant de savoir combien ils en ont pu en subtiliser dans les casernes vandalisées....

On a beaucoup vendu d'armes au dictateur, en effet, et la France y a pris bonne place. Et un homme y est pour quelque chose, nous rappelle le Monde du 17 février dernier : "En 2004, le général Rondot commence à enquêter sur les amitiés libyennes de M. Ollier. "Compromission de POL. Irak, Libye, Syrie", note l'espion dans ses fameux petits carnets. POL est son code pour le compagnon de Michèle Alliot-Marie, alors ministre de la défense. Pour le général, il est soupçonné d'avoir avec certains pays arabes des "accointances excessives". Sacré "POL" dirait-on aujourd'hui ! "Un article de France Soir, en mars 2005, insinue que M. Ollier est soupçonné d'avoir proposé à Thales, entreprise travaillant notamment pour le ministère de la défense, de l'aider à négocier un gros contrat avec le régime libyen. Il est également dit que Thales aurait alors enquêté sur lui. Furieux, M. Ollier sommeDenis Ranque, président du groupe, de démentir, ce que ce dernier fait sans rechigner. Il affirme par la suite qu'un ancien de Thalès, membre de la DGSE, alimente le général Rondot en rumeurs contre lui."  Bref, il a même failli être la victime des réglements de comptes entre fournisseurs d'armes (en l'occurence Thales contre EADS). Des compromissions toujours plus grandes, visiblement : "à partir de 2006, Patrick Ollier fut l'artisan d'une tentative de rapprochement avec la Libye, dont le point d'orgue fut le projet de vendre un réacteur nucléaire civil au pays. M. Ollier explique alors que "Tripoli veut retrouver sa place dans le concert des nations et a engagé l'ouverture de son économie à l'Occident". Ce qui exactement le propos de Nicolas Sarkozy pour nous "vendre" un Kadhafi repenti redevenu vierge de tout attentat... Et pendant que le mari s'activait à faire obtenir le juteux contrat de la mise à niveau des 12 Mirage F-1... c'est sa propre femme qui finalisait le contrat ! Avec comme co-signataire Marwan Lahoud, le frère de l'autre, représentant EADS. Voilà qui valait bien un petit tour en vacances... au Qatar, tiens... comme ici (à droite) lors d'un voyage officiel en 2004...

Le doute restant sur l'usage des avions de MAM pour écraser les résistants au dictateur sanguinaire a disparu en une seule séquence télévisée. Après celle de l'atterrissage à Malte de deux Mirage fraîchements repeints munis de leurs paniers plein de roquettes TDA 68 françaises elles (celles aussi du Jaguar) aussi que leurs pilotes n'ont pas voulu larguer, il restait cependant un doute encore, sur l'utilisation réelle de ces engins.  Car jusqu'alors, c'était bien du soviétique qui avait servi. Lors d'un premier reportage signé toujours TF1 ; le 9 mars, on avait pu entrevoir au loin dans le ciel un lourd appareil. Un russe, un Sukkhoï 22, caractérisé par ses moignons d'ailes orientables et son gros fuselage cylindrique, l'entrée d'air étant à l'avant du cockpit en une seule bouche d'aspiration. Visiblement, ce n'était donc pas un Mirage signé Dassault ce jour là dans le ciel de Libye. On retrouvera un appareil de ce type crashé un peu plus tard. Le 23 février, un avion s'était déjà crashé. Une photo de la BBC montrera plus en détail un de ces lourds chasseurs, un des deux régulièrement vu en état de vol, très certainement... suite très longue ici :  kadhafi-fait-bombarder-son-peuple