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Danses.

J’étais un guerrier à la large poitrine, comme disait Homère ; tu étais la fille du chef de ce peuple. Et c’est à moi qu’il t’a donnée, dans la plaine couverte de tentes. J’ai regardé tes yeux, j’ai su que nous étions égaux. Nous marcherions d’un même pas. Dans la foule des hommes, il y en avait un qui n’acceptait pas cela. L’un des jeunes guerriers. Son cœur brûlait pour toi. Je suis allé à lui et lui ai dit : je ne te tuerai pas, car toi aussi, tu es digne d'elle ; sois mon frère. C’est difficile.

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Plus tard, à Buenos Aires, tu t’enroulais autour de moi sur le parquet de danse. J’étais droit comme un mât, et tu faisais le tour du monde au plus loin, du bout des doigts, et le fil se tendait, comme si tu avais voulu t’échapper. La foule suivait des yeux ton corps cambré et le rouge de ta bouche et le noir de tes robes et le frisson de tes jupons. Au dernier instant, avant que tu ne franchisses la ligne, je t’ai ramenée à moi d’un coup sec du poignet.

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Puis nous fûmes des oiseaux. Notre vol était encore une danse serrée, tendue. Nous filions comme des flèches véloces, et entre nos deux corps l’air passait comme une autre flèche, un javelot ou un torrent rapide et dur. Nous dansions une courbe large vers le ciel puis plongions vers le sol, en rafale de vent, ployant les herbes.

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Enfin, nous courûmes dans les rues d’une grande ville ; nous avions 8 ou 10 ans, et nous tenions par la main, rieurs. Nous avons dévalé les rues, allant vers le port, ne négligeant de visiter aucune cachette. Nous étions curieux de tout. Je t’ai dit : n’aie pas peur, tout est permis.   

C’est, mon amour, les quatre images que j’ai retenues de nous, venues de l’entrelacement des existences.

Source : http://www.vieux-jade.com/

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