Tu parles d'or...

C'est la méthode Sarkozy dans toute sa splendeur : imaginer un truc qui ne sert à rien à part piéger  le PS, et prétendre que ce truc est formidable, d'intérêt public, u grand pas en avant, y a que moi qui ose, etc. Le truc, cette fois-ci, consiste à proposer d'inscrire dans la Constitution l'interdiction des déficits publics, ou du moins leur limitation drastique. Pour cela, il faudrait convoquer les deux Assemblées, solennellement réunies en congrès, et obtenir les trois cinquièmes des voix des parlementaires.

Les socialistes ont déjà grimpé aux rideaux. "Grotesque" s'est écriée Martine Aubry. Du coup,ils ne voteront pas cette "réforme", laquelle ne passera donc pas. Si sa "réforme" est repoussée, Sarkozy pourra les traiter d'irresponsables, de dilapideurs des deniers publics. D'ailleurs, il a déjà menacé : "Au PS de reconnaître qu'il ne veut pas mettre un peu dordre dans les finances publiques !"

Et si la réforme passe, admirablement qualifiée de "règle d'or" matière d'équilibre des fonds publics, elle ne le concernera pas puisqu'elle ne s'appliquera qu'au prochain gouvernement...

Le piège est grossier. Surtout de la part de celui qui a mis un sacré désordre dans les finances publiques. Le déficit budgétaire a en effet atteint 149,8 milliards d'euros l'an dernier, soit environ 7,7% du produit intérieur brut -le pourcentage définitif sera connu en mars. Comme le note le socialiste Michel Sapin, "ce gouvernement est celui qui a le plus creusé les déficits depuis 1945". Il pulvérise notamment les engagements du traité de Maastricht, par lesquels les pays européens s'obligent à rester sous la barre des 3%...

Mais voilà : la crise ayant bon dos, on multiplie les cadeaux fiscaux aux plus riches, on offre 73 milliards d'euros d'exonérations fiscales aux entreprises, bref on creuse le trou à larges pelletées, et ensuite on veut inscrire dans la Constitution la rigueur, le serrage de ceinture généralisé, la baisse des dépenses publiques... Pourquoi ne pas y inscrire carrément la méthode Sarkozy ?

J.L.P. Le Canard enchaîné

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