Edition : Les invités de Mediapart

Alors que le conseil de Paris se réunit ces lundi et mardi, Alexis Corbière, premier adjoint au maire du XIIe arrondissement et secrétaire national du Parti de gauche (PG), s'insurge contre l'absentéisme de la ministre des Finances, également élue municipale qui n'a jamais siégé dans son conseil d'arrondissement.

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puceinvite.jpgChristine Lagarde, ministre des finances, est aussi une élue UMP de Paris depuis mars 2008. Pourtant, depuis cette date, soit près de trois ans, elle n'est jamais venue siéger dans le Conseil d'arrondissement du XIIe dont elle est l'élue. Jamais. Cela représente plus de 30 séances durant lesquelles sa chaise est restée vide. Le système électoral parisien est tel qu'elle est aussi élue au Conseil de Paris qui se réunit tous les mois durant deux jours. Aux séances du Conseil de Paris, Mme Lagarde passe une heure une à deux fois par an, généralement lors du débat sur le budget, puis s'éclipse rapidement, souvent après une intervention dans laquelle elle pourfend la gestion municipale de la majorité de gauche.

Pour cette présence réduite en séance, ne dépassant pas au mieux les deux heures chaque année, et son absence systématique au Conseil d'arrondissement du XIIe, elle perçoit pourtant, comme tous ses collègues, une indemnité de plus de 3.400 euros nets tous les mois.

A mes yeux, ce comportement est scandaleux. Depuis des mois, je considère qu'elle devrait démissionner de son mandat puisque manifestement, elle ne peut l'exercer. Le respect de la démocratie et des électeurs exige, selon moi, que l'on participe aux instances dans lesquelles on a l'honneur d'avoir été élu. Les rares fois où nous nous sommes croisés, je lui ai fait savoir mon opinion. Elle m'avait répondu alors: «Ce que vous faites Monsieur est profondément inélégant. Je fais plusieurs milliers de kilomètres tous les mois, je parcours la planète. Pensez-vous que j'ai le temps de venir?» Devant mon insistance, et mes arguments lui disant que, précisément, puisqu'elle ne pouvait honorer le mandat qui lui avait été confié, elle ferait mieux de démissionner, elle m'avait répondu: «Pas question». Et elle m'avait rétorqué que je m'acharnais contre elle de façon politicienne, alors que je ne disais mot concernant les élus de gauche dans la même situation, puisque le comédien Philippe Torreton, lui aussi Conseiller de Paris, était lui aussi souvent absent. Cet argument, bien faible selon moi, était censé me clouer le bec.

Manque de chance pour Mme. Lagarde, Philippe Torreton, constatant que son activité professionnelle ne lui permettait plus d'exercer son mandat, vient de prendre, il y a un mois, la décision de démissionner. Aura-t-elle la même lucidité?

Je ne le crois pas. D'autant que, nouvelle surprise,  Le Monde  nous apprend que Mme Lagarde prévoit de se faire élire députée, à l'occasion des élections législatives de 2012, dans la circonscription de... New York! En effet, une réforme, impulsée par Nicolas Sarkozy, a récemment crée onze nouvelles circonscriptions pour les français de l'étranger. Comme on s'en doute, celle dans laquelle se présenterait Mme Lagarde est, à priori, particulièrement favorable à l'UMP.

Je dois avouer que cette information m'a particulièrement révolté. Voilà une dame qui, depuis 2008, n'a pas de temps à consacrer à son mandat qui concerne l'arrondissement dans lequel se trouve le bâtiment de son ministère de Bercy, mais qui considère avoir la possibilité de mener une campagne électorale de l'autre coté de l'atlantique. Rien que ça. Et quand ira-t-elle rencontrer les français qui vivent sur la côte est des Etats-Unis? A l'occasion de ses déplacements ministériels?

Je vois dans le comportement de Mme Lagarde une forme d'arrogance qui la caractérise depuis plusieurs années. Prête pour exercer des responsabilités majeures qui ont de lourdes conséquences dans la vie quotidienne de chacun d'entre nous, elle ne souhaite pas en réalité rendre des comptes au peuple. Pour elle une élection doit être une désignation. Mener campagne ne l'intéresse pas et respecter ses électeurs non plus. Aime-t-elle le peuple français d'ailleurs? Je n'en suis pas si sûr. Elle avouait dernièrement dans une interview pour le journal La Tribune, qu'à son retour en France, après de longues années passées aux Etats-Unis: «Ce qui m'a sidéré, c'était la propension des Français à parler de leurs week-ends, des ponts, des RTT, les vacances, le focus sur le temps libre.» Peu professionnels les français? Pas assez motivés à la tâche? Pardon pour la trivialité, mais elle est vraiment gonflée de porter un tel regard sur les salariés lorsque l'on sait que son propre comportement d'absentéiste chronique n'aurait jamais été toléré dans le moindre emploi public ou privé de ce pays. On peut d'ailleurs douter qu'elle eut osé avoir une telle attitude lorsqu'elle travaillait dans le cabinet d'affaires Baker & Mackenzie. Les électeurs du XIIe arrondissement n'ont-ils pas le droit au même respect que les clients et associés de son ancien cabinet d'avocat?

Drôle de personnage que notre ministre des finances, si complaisante envers les puissants, mais si dure pour la grande majorité des français qui ont des fins de mois difficiles. Être élu du peuple est un honneur, cela exige qui ceux qui exercent cette charge en soit digne. Pour moi, ce n'est pas le cas de Mme Christine Lagarde. Mais, c'est aussi la marque du Sarkozysme.

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