" Il y a en moi un puits très profond. Et dans ce puits, il y a Dieu. Parfois je parviens à l'atteindre. Mais le plus souvent, des pierres et des gravats obstruent ce puits, et Dieu est enseveli. Alors il faut le mettre au jour.
Il y a des gens, je suppose, qui prient les yeux levés vers le ciel. ceux-là cherchent Dieu en dehors d'eux. Il en est d'autres qui penchent la tête et la cache dans leurs mains, je pense que ceux-ci cherchent Dieu en eux-mêmes. "

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En se décrivant elle-même, Etty hillesum décrit du même coup les possibilité humaines de chacun. En même temps se développe chez Etty un sentiment religieux. Elle est une " chercheuse de Dieu "; elle finit par éprouver dans sa vie même la certitude de l'existence de " Dieu ". De ses premiers cahiers, on relève le mot " Dieu ", mais il y semble employé de façon presque inconsciente. Lentement mais sûrement se produit un glissement vers une expérience presque ininterrompue de la présence de Dieu. Les écrits d'Etty prennent un ton particulier lorsqu'elle s'adresse à Dieu. Elle le fait très directement sans l'ombre d'une gêne.
Le sentiment religieux d'Etty n'est pas conventionnel ; elle n"appartient à aucune communauté ni à la synagogue, ni à aucune Église ; elle vivait sa foi selon son propre rythme. Dogmes, théologie et système en la matière lui étaient totalement étrangers. Elle s'adresse à Dieu comme à elle-même.
Elle écrit : " Quand je prie, je ne prie jamais pour moi, toujours pour d'autres, ou bien je poursuis un dialogue extravagant, infantile ou terriblement grave avec ce qu'il y a de plus profond en moi et que pour plus de commodité j'appelle " Dieu ". "
Etait-ce une mystique ? Sans doute, mais une mystique capable d'écrire : " Tout mysticisme doit reposer sur une sincérité d'une pureté cristalline. Il faut avoir pénétré jusqu'à la réalité la plus nue des choses. "
Sous la plume d'Etty, le nom de Dieu semble dépouillé de toute tradition ; des siècles de judaïsme et de chrétienté semblent n'avoir laissé aucune trace.
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" Le sentiment de la vie est si fort en moi, si grand, si serein, si plein de gratitude, que je ne chercherai pas un instant à l'exprimer d'un seul mot. j'ai en moi un bonheur si complet et si parfait, mon Dieu. Ce qui l'exprime encore le mieux, ce sont ses mots à lui ( le dernier amour d'Etty, le psychologue Julius Spier) : " se recueillir en soi-même. " C'est peut-être l'expression la plus profonde de mon sentiment de la vie : je me recueille en moi-même. Et ce moi-même ", cette couche la plus profonde et la plus riche en moi où je me recueille, je l'appelle " Dieu ". Dans le journal de Tide, j'ai rencontré cette phrase : "Prenez-le-doucement dans vos bras, Père. " Et c'est bien mon sentiment perpétuel et constant : celui d'être dans tes bras, mon Dieu, protégée, abritée, imprégnée d'un sentiment d'éternité. Tout se passe comme si chacun de mes souffles était pénétré de ce sentiment d'éternité, comme si le moindre de mes actes, la parole la plus anodine s'inscrivait sur un fond de grandeur, avait un sens plus profond... Il vaut certainement mieux que tu aies amené mon corps à crier " halte-là ", mon Dieu. Je dois absolument retrouver la santé pour accomplir tout ce qui m'attend. Ou bien n'est-ce qu'une vision conventionnelle de plus ? Même un corps maladif n'empêchera pas l'esprit de continuer à fonctionner et à porter ses fruits. Ni de continuer à aimer, à être à l'écoute de soi-même, des autres, de la logique de cette vie et de toi. " Écouter au dedans ", je voudrais disposer d'un verbe bien hollandais pour dire la même chose. De fait, ma vie n'est qu'une perpétuelle écoute " au-dedans de moi-même, des autres, de Dieu. Et quand je dis que j'écoute " au-dedans ", en réalité c'est plutôt Dieu en moi qui est à l'écoute. Ce qu'il y a de plus essentiel et de plus profond en moi écoute l'essence et la profondeur de l'autre. Dieu écoute Dieu. "